5 systèmes en transitions

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VILLE



« La question est de regarder comment nous urbanisons 
la technologie, comment nous adaptons ou essayons d’adapter 
la technologie à la ville. »

Saskia Sassen, Conférence d’ouverture de Lift France, 2013



CINQ IDÉES FORTES

  1. Le numérique fait monter en compétences les citadins : ne pas s’en saisir serait une erreur pour les acteurs urbains historiques.
  2. Le théâtre urbain se diversifie avec l’arrivée d’acteurs du numérique, qui bouleversent les rapports de force et les services existants.
  3. À rebours d’une approche ‘smart’ et intégrée, la ville de demain articulera grands et petits systèmes.
  4. Les transformations urbaines dessinent une ville plus agile, réactive et expérimentale, qui réinvente ses processus en continu.
  5. La ville devra mobiliser ces nouvelles ressources pour relever les défis auxquels elle fait face et devenir ‘durable’, dans un contexte de crises plurielles.


L’urbain, qui héberge aujourd’hui plus de la moitié de la population mondiale, est un puissant condensé des transitions à l’œuvre : écologique, énergétique, démocratique, du travail et des organisations, de l’éducation...

Face à l’ampleur de défis qui deviennent plus transversaux, les méthodes d’hier ne permettent plus de résoudre des problèmes toujours plus complexes. Et le contexte de crises cumulées (économique, sociale, environnementale, budgétaire...) qui touche la plupart des acteurs territoriaux annonce une période où les acteurs publics devront mobiliser de nouvelles ressources pour répondre aux défis urbains des décennies à venir.

Les territoires urbains entrent aussi et surtout en mutation avec l’émergence de forces puissantes, du côté de nouveaux acteurs :

  1. Des acteurs du numérique viennent transformer la donne en proposant de nouveaux services et infrastructures ;
  2. Les citoyens adoptent de nouveaux usages qui transforment leurs pratiques sociales, de travail, d’habitat, d’alimentation, de loisir,... et leur permettent de s’engager dans de nouvelles causes urbaines.

Le rôle du numérique dans la ville est aujourd’hui ambigu : il catalyse les transformations et les accompagne ; il est tantôt mis au service d’un meilleur pilotage et de l’optimisation, tantôt ‘saisi’ par les citadins et innovateurs pour outiller leurs pratiques. Dans le premier cas, on lui reproche son usage ‘technique’ et le peu de cas qu’il fait des problématiques sociales, culturelles, démocratiques,...
Dans le second, les initiatives ascendantes peinent à passer à l’échelle ou à s’articuler avec les grands systèmes urbains.

Les transitions urbaines semblent bel et bien engagées : mais se montreront-elles à la hauteur des enjeux? Et comment y impliquer les acteurs du territoire, ce qui suppose qu’ils y trouvent leur intérêt ou en conçoivent le désir ?

TERRITOIRE DE LA TRANSITION

POURQUOI LA SITUATION ACTUELLE N’EST PAS DURABLE


DES TENDANCES LOURDES

Alors que 80% de la population mondiale devrait être urbaine d’ici 2050, les défis environnementaux, sociaux, économiques deviennent plus pressants, de nouveaux sujets urbains ‘durs’ voient le jour : problématiques de santé avec un vieillissement des populations couplé à des enjeux sanitaires (qualité de l’air, pesticides,...), d’alimentation urbaine, d’aménagement du travail.

Le numérique perturbe tout autant qu’il accompagne ces changements : accélération des rythmes de vie, évolution des pratiques professionnelles, sociales, personnelles... Loin de faire disparaître les distances, il n’a pas non plus aboli les mobilités. L’étalement urbain continue, les disparités entre les territoires et leurs populations tendent plutôt à s’accroître.

-> Les acteurs urbains publics et privés face au renforcement des défis urbains ; des citadins au coeur de nouvelles problématiques

DES TENSIONS INTERNES

Les leviers traditionnels de l’action urbaine, qu’ils soient publics ou qu’ils reposent sur des partenariats public-privé (PPP), connaissent aujourd’hui leurs limites. Ils ne parviennent plus à répondre, seuls, aux enjeux des territoires urbains. La recherche d’une ville durable à long terme, peine à devenir une réalité à plus court terme. Les acteurs urbains se lancent dans une course au ‘smart’, visant à améliorer et optimiser flux et consommations, à décloisonner et accroître l’efficacité des services de la ville, à répondre à des enjeux environnementaux.
Mais la ville intelligente oublie trop souvent que ceux qui l’habitent ne sont pas que ses usagers, et vice versa. Elle propose peu de réponses aux enjeux de citoyenneté, alors que c’est probablement du côté des citoyens que pourraient émerger des pistes nouvelles. Et elle ne propose pas de solution du tout à ceux qui souffrent des fractures sociales, économiques et urbaines.

-> Un enjeu de réinvention des politiques urbaines ; des formes d’intelligence urbaine à diversifier

DES ÉMERGENCES

Deux phénomènes ‘numériques’ viennent bouleverser le paysage urbain :

  1. La massification des usages de l’internet
et du mobile est allée de pair avec une montée en compétences des citadins. Ils ont trouvé dans le numérique les outils, méthodes, idées et interlocuteurs pour inventer de nouvelles formes d’activisme urbain, et ainsi renouvelé et enrichi les manières de s’opposer localement à un projet, de proposer de nouvelles réponses aux besoins des communautés de quartier, de contribuer aux grandes causes globales ou simplement de profiter au mieux de la ville.
  2. De nouveaux acteurs entrent dans le jeu urbain, produisant innovations et tensions avec les acteurs installés : mobilité, habitat, tourisme... la taille critique atteinte par certaines plateformes pose des problèmes de régulation inédits. Leur succès donne un ‘coup de vieux’ aux systèmes traditionnels... Ces nouvelles propositions constituent néanmoins pour les acteurs urbains une nouvelle ressource dont ils doivent se saisir.

« Le désir de participation, le désir de contri­buer et de coproduire la société n’a jamais été aussi haut, non seulement en France, mais dans la plupart des pays européens. (...) Nous sommes en crise, on devrait avoir un repli des gens sur leur pré carré et sur la problé­matique économique et identitaire : nous voyons l’inverse. »

Fabrique de la Cité, « De l’activisme urbain », Michel Ladet, Vice-Président de Sociovision

« Ce que les entreprises et les applications de partage nous invitent à faire est de trans­ former une plus grande partie de nos vies en capital, notre temps libre en temps de travail par hasard, étendant ainsi la portée du capi­talisme et reconnaissant toujours plus avant le marché comme le moyen le plus approprié, efficace et bénéfique pour la médiation
des interactions entre individus. Pour l’écono­mie du partage, les relations de marché sont les seules relations sociales. »

Rob honing, Rédacteur en chef du New Inquiry, cité dans Internet Actu, 2014


-> Les citadins, nouveaux activistes urbains ; les startups et acteurs du numérique, qui bousculent les acteurs installés


LES ‘ÉLÉMENTS PERTURBATEURS’ SOURCES DE LA TRANSITION


UNE CRISE DE LA QUALITÉ DE VIE

Montée des problèmes environnementaux


Pollution, gestion des déchets, biodiversité, événements climatiques, consommation d’énergie, émissions de CO2...

« Comment rendre la ville à la fois plus viable et plus vivable ? Comment rendre la ville acceptable d’un point de vue environ­nemental et comment rendre l’environne­ ment urbain plus confortable pour l’homme ? Autrement dit, comment adapter la ville à l’homme et non l’inverse ? Cette question se pose depuis des décennies, mais elle prend une dimension particulière à l’aune des nouveaux enjeux du XXIe siècle que sont notamment l’explosion démographique, le changement climatique et la demande exponentielle des mobilités.
En somme, un des leviers majeurs du changement conceptuel de la ville repose alors sur une articulation – voire une réconci­liation – du temps long de l’écologie et des transformations rapides de la ville. »

Comité 21, rapport « La ville, nouvel écosys- tème du xxIe siècle », 2012


Précarités cumulées : sociale, économique, du logement...


Crise du logement (3,5 millions de ‘mal logés’ en France) ; fractures territoriales intra- urbaines ; 12 % de la population française en insécurité alimentaire...

Crises du quotidien

Insécurité, urgence permanente, congestions, surconsommation, épisodes de pollution, difficulté d’accès aux services essentiels, inadaptation aux besoins des ‘anciens’... Vers des ‘burn-outs’ urbains ?

DES PRATIQUES EN MUTATION

Nouveaux usages du numérique

Réseaux sociaux ; services en ligne de mobi- lité, de commerce, d’administration ; travail connecté ;‘consommation collaborative’ ;
jeux ; médias participatifs ; services contributifs (cartographie, financement participatif...), etc.

« Des efforts expérimentaux massifs sont entrepris pour améliorer les interactions sociales en ligne. L’internet serait-­il en train de faire au lien social (en l’améliorant) l’inverse de ce que les villes ont fait aux interactions physiques (en les détériorant) ? Partie d’expérimentations fébriles et peu convaincantes, la vie en ligne serait­-elle en train de faire naître de la cohérence, des rites, une intelligibilité et plus important encore, de la sérendipité : une étincelle d’humanité ? »

Tim Stonor, Digital Urbanism, « The Academy of Urbanism », 2014

Empowerment et nouvel activisme urbain


Interventions dans l’espace urbain ; économie collaborative ;Do ItYourself ;‘villes en transition’ ; circuits courts...


UNE GOUVERNANCE URBAINE BOUSCULÉE

Essoufflement des leviers traditionnels de l’action urbaine

Transports publics, environnement, action sociale, éducation, infrastructures, énergie, etc. ; difficultés de l’intervention publique directe comme des partenariats public-privé...

Nouvelles formes de participation, ‘ouvertures’


Co-conception et co-design ; living labs ; données et API (interfaces de programmation) ouvertes ; hackathons ; budget participatif...

UNE TRANSFORMATION DES SERVICES

Nouveaux acteurs numériques des services urbains


IBM, Cisco dans la ‘smart city’ ; Booking, Airbnb, Uber,Waze dans le tourisme et la mobilité ; LeBonCoin dans le commerce et l’immobilier ; Google en surplomb...

« Avec le développement fulgurant des objets connectés, le numérique envahit notre environnement quotidien. L’habitat et le bâtiment sont donc des terrains privilégiés d’épanouissement des innovations numé­riques. (...) Les obstacles sont aussi nombreux : en matière de construction et d’immobilier, les frictions sont permanentes, le temps est toujours long, on ne peut agir qu’à la marge. Il n’y a là rien de rassurant pour les entreprises en place : au contraire, c’est cette difficulté à changer qui fait de l’habitat et de la cons­truction des secteurs particulièrement vulnérables à la disruption numérique. »

The Family, « Les Barbares attaquent » #11, 2013

Décloisonnement des services, de l’information


Big Data ; analyses prédictives ; cartes et modèles ; intermodalité ; innovation ouverte...

Promesse de services ‘smart’

Une promesse multidimensionnelle de productivité, de sobriété, de qualité servicielle, de personnalisation et de participation, fondée sur une approche systémique de la ville.

« Par­-delà l’intégration informatique et télématique des services urbains en réseaux, par-­delà l’information en temps réel de l’usager, autrement dit – par­-delà les process et les fonctionnalités, la smart city se carac­térise par l’explosion du nombre de données (...) Cette question de la donnée s’impose aujourd’hui aux villes comme un défi de plu­sieurs natures (...). Il y a la question de la production de ces données, la question de leur propriété et celle de leur usage. »


« Gouverner la ville par la donnée ? Des usages démocratiques de l’open data », séminaires sur la ville Intelligente, PUCA, 2014

UNE TRANSFORMATION DES LIEUX

Nouveaux lieux partagés

Lieux de travail : coworking, télécentres ; lieux de création et de projets : Fab Labs, hackerspaces, Repair Cafés ; lieux d’innovation : incubateurs et labs ; lieux de services : maison de services publics, commerces multiservices...

« Les impacts des nouveaux moyens de com­ munication virtuels sur l’espace urbain sont puissants et indéniables, mais ils passent en quelque sorte par un ‘détour de produc­ tion’. De facto, ils affectent plus les modes de vie et les expériences individuelles et sociales de la ville que les aménagements physiques, la morphologie des quartiers et la physionomie des bâtiments. à cet égard, les réflexions de Rem Koolhaas visent juste lorsqu’il déclare que la métropole hypermo­derne est moins marquée par une transfor­mation des lieux que par une montée en flèche des flux matériels et virtuels qui relient ces mêmes lieux. »


Serge Wachter, « La ville numérique : quels enjeux pour demain ? », Métropolitiques, 2011

La couche servicielle des lieux

Lieux hybrides ; conciergeries ; mobiliers urbains connectés ; capteurs dans l’espace public et ‘citoyen’ ; cartes et géolocalisation...



QUELQUES MODÈLES
‘PRÊTS À L’EMPLOI’


Ces ‘modèles’ existent aujourd’hui dans le débat public, portés par tels ou tels acteurs qui les proposent comme des horizons désirables ou au contraire, comme des anti-modèles à éviter.


LA VILLE DURABLE

La ville organise son action autour des principes du développement durable, avec une priorité environnementale : réduire sa consommation d’énergie et son empreinte écologique, favoriser l’économie circulaire, recréer de la biodiversité... L’enjeu est également social. Il s’agit de faire des solidarités urbaines et du lien social un atout pour la ville durable, y compris en matière économique.

Acteurs dominants
LES ACTEURS PUBLICS DE L’ENVIRONNEMENT, LES OPÉRATEURS DE SERVICES, LES CONSTRUCTEURS

« La ville durable est indispensable, tant les défis environnementaux qui nous attendent sont considérables : réchauffement climatique, effondre­ ment de la biodiversité, épuisement des ressources naturelles, montée des nuisances (...) La ville durable n’est donc pas une option, mais une nécessité, un projet à mener sans attendre d’être au pied du mur. »
F. Héran, « La ville durable, nouveau modèle urbain ou changement de paradigme ? » in www.metropolitiques.eu


LA VILLE CRÉATIVE

La ville met la créativité au service de son attractivité. Elle repose sur 3 facteurs : la rencontre avec la ‘classe créative’ (artistes, innovateurs, ingénieurs,...) ; un climat de tolérance globale ; l’utilisation des technologies au service de l’innovation. La priorité va au bien-être, à la qualité de vie et à la prospérité de la ville et de ses habitants, grâce à des actions culturelles spécifiques et des espaces d’échanges plus solidaires.

Acteurs dominants
LES ENTREPRENEURS, DESIGNERS, ACTIVISTES, INNOVATEURS SOCIAUX ET COMMUNICANTS

« Géographe de formation, Richard Florida considère qu’une ville est créative si elle entremêle au mieux les trois ‘T’ (Technologie, Talent et Tolérance), qui reposent sur les trois composantes de la classe créative, à savoir les mordus des technologies de pointe (qui déposent des brevets et sont perfor­mants en data et autres applications numéri­ques), les ‘bohémiens’ (ou artistes qui expriment le talent dans sa diversité) et les gays (qui assurent un haut degré de tolérance). »
T. Paquot et J. Damon, « Ville créative » Les 100 mots de la ville, PUF, 2014


LA VILLE SMART

La ‘Smart City’ mobilise l’information et la technologie au service de nouvelles solutions urbaines. Elle poursuit plusieurs objectifs simultanés : une gestion plus efficiente et efficace de la ville (optimisation des flux de transport, d’énergie, gestion des crises...) ; une réponse opérationnelle à certains défis du développement durable ; des services plus efficients et plus personnalisés à la fois....

Acteurs dominants
LES INDUSTRIELS DU NUMÉRIQUE (CISCO, IBM,...), GAFA, OPÉRATEURS DE SERVICES URBAINS

« Les villes plus intelligentes encouragent une croissance économique durable et apportent la pros­périté à leurs citoyens. Leurs dirigeants disposent des outils nécessaires pour ana­lyser des données et prendre de meilleures décisions, anticiper les problèmes pour les résoudre de manière proactive et coordonner leurs ressources pour agir efficacement. »

IBM, « Des villes plus intelligentes », présentation institutionnelle


LES VILLES EN TRANSITIONS

Le mouvement des Villes en Transition se focalise sur la ‘résilience urbaine’, c’est-à-dire sa capacité à anticiper le pic pétrolier et à encaisser les chocs économiques et écologiques à venir. Il s’appuie avant tout sur des communautés locales invitées à inventer et mettre en œuvre des actions concrètes : systèmes d’échanges locaux, habitat participatif et durable, circuits courts, agriculture urbaine, tri des déchets, etc.

Acteurs dominants
LES COLLECTIFS DE CITOYENS, LES ACTEURS ASSOCIATIFS, LES MILITANTS ÉCOLOGIQUES, LA PETITE ÉCONOMIE LOCALE

« Un futur sans pétrole est préférable à notre situation actuelle, pourvu qu’on y consacre de l’imagination, de la créativité et de la flexi­bilité. (...) En appréciant et en quittant ce que le pétrole a fait pour nous, nous sommes capables de commencer à créer un monde plus résilient, plus nourrissant et qui nous ira mieux, dans lequel nous serons plus compétents et davantage connectés les uns aux autres. »
Rob hopkins, fondateur du mouvement Villes en transition, cité dans Consoglobe, 2013




Histoire de transition
LA VILLE DES INNOVATEURS, EXPÉRIMENTALE ET AGILE


La vision d’une ville gouvernée, gérée, fabriquée par les grands acteurs urbains, publics et privés, a fait long feu. Elle est désormais décentralisée, décloisonnée,... A l’image de l’internet, l’intelligence est distribuée aux ‘extrémités’ de cette ville plateforme. Les normes et les règles qui empêchaient les innovateurs en tout genre d’intervenir librement dans l’espace urbain se sont assouplies. Hier contraints de contourner ces règles pour innover, ou bien de créer ‘à la marge’ (des services en zone grise réglementaires, des interventions éphémères...), ils sont désormais invités à inventer des réponses nouvelles aux défis urbains : ‘tous innovateurs urbains!’

Afin de diffuser la culture de l’innovation et de l’expérimentation auprès du plus grand nombre, les acteurs urbains ‘classiques’ (acteurs publics, collectifs, associations,...) ont fait de la diffusion d’une culture du ‘faire’ et de l’expérimentation, une priorité. L’éducation elle-même s’est saisie de ces questions afin de diffuser une culture de l’innovation et de l’entrepreneuriat, de dédramatiser l’échec et de valoriser les processus d’essai-erreur.

La ville devient quasiment reconfigurable à l’infini. Un grand nombre de services, de plateformes, d’infrastructures nouveaux y sont sans cesse proposés et expérimentés par les innovateurs sociaux, économiques ou technologiques. Certains échouent, d’autres se réadaptent ou s’ajustent. Les acteurs publics innovent eux-mêmes et adoptent des méthodes agiles. Ils stimulent l’émergence de ces innovations, les accompagnent, se saisissent de certaines, mais s’assurent également qu’elles ne se font pas au détriment des citadins. Ils assurent le maintien d’un écosystème ouvert et vivant, en évitant notamment la formation de monopoles qui pourraient mettre fin aux dynamiques d’innovation.




Quels acteurs-clés ?
--> Les startups

--> Les entrepreneurs sociaux, acteurs du collaboratif, makers...
--> Les grands acteurs du numérique, depuis les grandes plateformes commerciales jusqu’aux projets collaboratifs (Open Street Map...)

--> Des laboratoires des usages, qui stimulent les frictions et les contributions des innovateurs

--> L’acteur public comme orchestrateur


Quelles controverses ?
Des débats autour de 4 sujets :
--> La question de la propriété intellectuelle

--> La régulation et le cadre juridique, politique et économique : quelle gouvernance, quels modèles économiques, quel passage à l’échelle, etc.

--> Le caractère inclusif et équitable du système, qui risque de créer des territoires à plusieurs vitesses
--> La place (trop ?) importante des ‘technos’


Quel rôle pour le numérique ?
--> L’ouverture des données publiques des opérateurs de services urbains, leur mise à disposition des innovateurs urbains est essentielle

--> L’outillage des innovateurs intervenant dans l’espace urbain, la documentation des expérimentations, qui permet d’assurer leur reproductibilité

--> De nombreux projets collectifs et collaboratifs reposent sur des plateformes numériques

--> Les lieux pour l’innovation se multiplient et s’interconnectent



Histoire de transition
LA VILLE ORCHESTRE


Le territoire urbain est désormais vécu comme un vaste réseau d’initiatives diverses, portées par les citadins regroupés au sein de ‘micro-communautés’ thématiques ou de quartier. L’intelligence collective de proximité est au cœur de ce nouveau modèle, permettant l’émergence de nouvelles pratiques, de nouveaux lieux, de nouveaux systèmes techniques urbains ainsi que de nouveaux services, souvent beaucoup plus modestes, voire artisanaux, que leurs prédécesseurs. Les communautés s’emparent dans certains cas de leviers low-tech en s’inspirant des mouvements des Villes en Transition, mais elles s’appuient aussi sur les usages individuels et collectifs du numérique.


Acteurs et grands systèmes n’ont pas disparu. Orchestrateurs des dynamiques, ils dialoguent avec les micro-communautés, dans un aller-retour permanent qui leur permet d’agir
à l’échelle de tout le territoire. Les acteurs publics assurent la séparation structurelle entre infrastructures et services urbains, afin de limiter les concentrations et de réintroduire du jeu dans les systèmes. L’articulation des nombreuses initiatives citoyennes avec les grands systèmes urbains permet d’organiser et de massifier, à l’échelle de territoires entiers, l’économie circulaire, le recyclage, la gestion des déchets, le partage de l’énergie produite localement de pair à pair, des monnaies locales... Mais aussi de réinventer certains systèmes : une école plus ouverte sur son environnement, des réseaux de patients concourant à la santé publique...

Des lieux animés sont créés afin de faciliter l’émergence et la pérennisation de projets collectifs hyperlocaux ; une forte médiation s’y met en place encourageant la participation du plus grand nombre. De nouvelles prises sont données à tous les acteurs, petits et grands : l’ouverture des données permet de lancer de nouveaux débats publics, de repérer les besoins, d’identifier les réponses à apporter.




Quels acteurs-clés ?
Quels acteurs-clés ?
--> Les ‘micro-communautés’, de citadins

--> Les acteurs publics, qui orchestrent ces dynamiques
--> Les opérateurs de réseaux et de services urbains, qui initient de nouvelles formes de collaboration avec les communautés

--> Des plateformes ouvertes et ‘libres’ de collaboration, d’échange et d’hébergement de micro-services


Quelles controverses ?
L’émergence de modèle suscite trois critiques majeures :
--> Une ville communautariste : Comment assurer que ces communautés ne soient ni excluantes, ni refermées sur elles-mêmes, mais ouvertes et en réseau ?

--> Une nouvelle ‘big society’ : un acteur public accusé de se reposer sur les citadins pour organiser leur propre repli.

--> Comment prendre en compte la volonté de certains de ne pas participer activement à la marche de leurs territoires ?


Quel rôle pour le numérique ?
--> Il permet le développement de ‘communs’ numériques urbains, contributifs, exploitables par les collectifs de citadins, adaptables sur chaque territoire.
--> Il facilite l’articulation des petits systèmes techniques entre eux et avec des grands systèmes urbains.

--> Il s’hybride de dispositifs plus low tech, afin d’outiller le dialogue, la collaboration, les échanges, le partage, etc.



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