5 systèmes en transitions

← TRAVAIL → ÉCOLE


TRAVAIL



« Oui, on n’a plus besoin de caissière, et on n’aura bientôt plus besoin de chauffeurs de camion, ni de nombreux techniciens, ingénieurs, etc. Ce qui est en train d’advenir, c’est la disparition de l’emploi. »

Bernard Stiegler, interview du 27 | 06 | 2014 pour Rue89.com



CINQ IDÉES FORTES

  1. Le numérique porte les germes d’une transformation profonde du travail qui, à son tour, façonnera la société de demain.
  2. Les organisations productives de demain se caractériseront par : l’usage massif de données et d’automates ; le mode projet ; le brouillage des frontières et la reconfiguration continue.
  3. Demain, les individus instruits, en réseau, attendront de leurs expériences profession­nelles qu’elles concourent à la construction de leur évolu­tion personnelle et à leur émancipation.
  4. L’ouverture et la collaboration feront naître de nouveaux types d’organisation.
  5. Le numérique, en tant qu’outil de mesure, sous­-tendra de nouvelles formes d’activité et de rémunération.


Le chômage ne baisse plus en Europe. En France et dans de nombreux autres pays, les seniors sont sortis prématurément des entreprises et les jeunes mettent en moyenne cinq à dix ans à trouver un ‘véritable’ emploi.

Des études annoncent que la robotique et les systèmes ‘intelligents’ continueront à détruire des emplois – y compris des emplois qualifiés, relationnels et de conception. Ils transformeront également le contenu des métiers que les humains continueront d’exercer.

La mutation ne fait que commencer. Nos conceptions du travail, de l’emploi et de l’entreprise sont amenées à changer en profondeur pour au moins quatre raisons :

  1. La valeur se déplace des stocks aux flux, des produits aux services puis à la relation, voire à l’intermédiation sur des grandes plateformes qui réorganisent les marchés autour d’elles ;
  2. La mobilité des biens, des idées, des tâches et des personnes, la porosité des temps et des sphères relationnelles, l’éclatement des chaînes de valeur, rendent caduques les frontières traditionnelles des organisations, du travail, des communautés, des États ;
  3. L’automatisation, parfois la taylorisation, s’étend potentiellement à tous les métiers, y compris aux métiers de service ou aux tâches créatives ;
  4. Les outils de la rationalisation, du contrôle et de la disponibilité permanente confèrent aussi aux individus et aux collectifs de nouvelles capacités d’action, d’organisation, d’auto-détermination : la tension entre ces deux forces, centripète et centrifuge, est au cœur des transformations des organisations.

Faire évoluer le travail, c’est faire évoluer toute la société. Car si le travail structure aujourd’hui l’accès à la rémunération et à un ensemble de droits sociaux, c’est aussi un facteur de socialisation et d’épanouissement personnel. Et demain ? Est-ce que le travail trouvera une nouvelle noblesse ou bien n’occupera-t-il que l’espace laissé provisoirement vide par les machines? Ou faudra-t-il chercher la source de notre émancipation et notre place dans la société ?


TERRITOIRE DE LA TRANSITION

POURQUOI LA SITUATION ACTUELLE N’EST PAS DURABLE

DES TENDANCES LOURDES

Le système économique qui prévaut depuis la fin de la seconde guerre mondiale repose sur trois piliers : la croissance, la consommation, l’emploi. Or, depuis 20 ans, tous les pays de l’OCDE affichent une croissance en berne et un taux de chômage élevé, handicapant, par ricochet, le financement de la santé et des retraites. Si l’emploi salarié à temps plein reste dominant, il s’érode petit à petit au profit d’emplois ‘précaires’ (contrats à durée déterminée, temps partiel, travail intermittent, auto-emploi : en France le CDD représentait 95% des créations d’emplois en 2013).
Ni nos institutions sociales, ni notre service public de l’emploi, ni nos systèmes de formation, ne sont adaptés à une telle situation.

-> Le ‘retour de la croissance’ ne suffira plus : les institutions, les entreprises et les individus, doivent inventer autre chose

DES TENSIONS INTERNES

Le travail devient de plus en plus immatériel : les tâches, les gestes sont désormais presque partout interfacés par des écrans. Cette dématérialisation produit des effets contradictoires. D’un côté, la rationalisation et l’automatisation intensifient le travail et produisent plus de rigidité et de contrôle. De l’autre, elles libèrent du temps pour des tâches plus diverses et plus créatives. Les ‘classes créatives’ profitent pleinement de cette possibilité, les autres (pour l’instant ?) moins. Le travail s’effectue alors dans un nouveau rapport au temps et à l’espace. L’entreprise étendue produit aussi des collectifs de travail ‘en réseau’, à cheval entre l’interne et l’externe, bousculant les frontières des organisations et les organigrammes.

-> De nouveaux rapports au travail : les managers en première ligne

DES ÉMERGENCES

Redistribution des capacités innovatrices

Des outils de conception et de prototypage accessibles (dont les Fab Labs), une mise en production et en vente facilitée par le numérique, des réseaux mondiaux d’innovateurs qui n’hésitent plus à ‘disrupter’ les acteurs les plus installés, dans tous les secteurs. Relocalisation de la production industrielle ? 
L’informatique a rendu possible la mondialisation de la production industrielle, le numérique la relocalisera-t-il ? Les Fab Labs, l’impression 3D, concernent en général la conception plutôt que la production. En revanche, la robotisation (qui limite l’impact relatif du coût du travail) et la recherche de circuits courts ou ‘circulaires’, peuvent faciliter une certaine relocalisation.

Nouveaux modèles productifs

Contributifs (‘communs’, ex.Wikipédia), collaboratifs (logiciel libre, open hardware), à la tâche (places de marché, crowdsourcing), digital labor (plateformes grand public produisant des données massives, des cartes, etc.)...

Nouvelles formes de valeur

La traçabilité numérique quantifie des phénomènes invisibles jusqu’alors, comme des interactions, des relations, des contributions. Cette mise en visibilité ouvre sur de nouvelles valorisations symboliques (réputation, influence...) ou économiques (mesure de la contribution, monnaies alternatives...).

« Les nouveaux mouvements sont enracinés dans l’expression personnelle des indivi­dus, mais ils ne sont en rien individualistes dans le sens néolibéral du terme. Ils visent 
à développer des communautés d’amitiés, d’intérêts partagés, de pratiques communes ou de voisinage dont les produits sont placés sous des statuts de communs librement utilisables ou partagés (selon leur nature). Ces communautés peuvent développer des activités commerciales ou de mutuali­sation monétaire, mais comme un moyen parmi d’autres d’assurer leur soutenabilité. Les individus participent fréquemment à plusieurs communautés et leur implication prend la forme d’une participation aux activi­tés plutôt que d’une appartenance ou
 d’une affiliation. »

Philippe Aigrain, « Les actions décentralisées des citoyens peuvent-­elles régénérer la démocratie ? » Internet Actu, 2014


-> Le numérique étend et rend visible le travail au-delà des frontières des entreprises


LES ‘ÉLÉMENTS PERTURBATEURS’ SOURCES DE LA TRANSITION


INDIVIDUALISATiON ET ÉCLATEMENT DE LA SPHÈRE DU TRAVAIL

Travail ubiquitaire, porosité des sphères privées/publiques

Télétravail,nomadisme, interpénétration des temps professionnel et personnel, BYOD (bring your own device),‘cloud personnel’, réseaux sociaux...

Brouillage des distinctions production/ consommation


‘Pro-amateurs’, micro-prestations (Taskrabbit), auto-entrepreneuriat, libre-service, digital labor gratuit ou presque (poster une vidéo, commenter un article, nourrir un réseau social...)

Injonction à devenir entrepreneur de soi-même


Pluri-activité (temps partiels multiples, économie collaborative, auto-entrepreneuriat), portabilité des droits, prise en charge personnelle de l’‘employabilité’, valorisation des activités extra-professionnelles, communautés professionnelles...

« On dit souvent que si vous ne payez pas, c’est que vous êtes le produit. Il me semble plutôt que si vous ne payez pas, c’est que vous êtes le travailleur, l’ouvrier du service. »

Antonio Casilli, à la conférence Lift France 2014


NOUVEAUX COLLECTIFS DE TRAVAIL, NOUVELLES ENTITÉS DE PRODUCTION

Ouverture de l’entreprise vers l’extérieur

Entreprise étendue, en réseau, ouverte, agile, lean ;‘écosystèmes’, alliances et grappes d’entreprises...

Economie des plateformes, contribution de la multitude


Contenus ‘générés par les utilisateurs’ ; plateformes d’échange et de partage ; services collaboratifs (ex.Waze pour l’information trafic) ; ‘surtraitance’ dans les écosystèmes d’entreprises (apps, périphériques, etc.)

De nouveaux genres de collectifs productifs


Collectifs informels (logiciels libres, carto-graphie,Wikipédia, open hardware...) ou plus structurés autour de projets (automobile : Wikispeed, capteurs : Sensori.ca) ; espaces partagés (Fab Labs, coworking...)

« La principale dimension de la révolution numérique est la puissance désormais à l’œuvre à l’extérieur des organisations, la puissance des individus éduqués, outillés, connectés, la puissance de ce que nous appelons la multitude. Parce qu’elle leur est extérieure, cette puissance échappe aux orga­nisations. Parce qu’elles doivent apprendre à capter cette puissance, les organisations vont devoir apprendre à concevoir de nouvel­ les stratégies et à en assumer les consé­quences radicales. »

Nicolas Colin, Henri Verdier, L’âge de la multitude, 2012

POLARISATION ET FRACTURE DE LA SOCIÉTÉ

Chômage de masse

Automatisation, robotisation, gains de productivité, allongement de la durée de la vie, fin de la croissance, concurrence mondiale du travail low cost, pression du digital labor et des plate-formes de crowdsourcing.

Tensions sur la répartition des revenus

Montée des inégalités de revenus et de patrimoine, tensions entre travailleurs autour de leurs statuts, de leur localisation, etc.

Tensions sur les systèmes de protection sociale


‘Effet ciseaux’ entre recettes décroissantes et dépenses croissantes, réduction des prestations,‘travailleurs pauvres’, multiplication des situations atypiques, concurrence d’offres privées et de micro-solidarités...

« La stratégie de domination du capital consiste à empêcher la naissance d’autres activités et à conduire les gens à considérer que le travail rémunéré, le travail­ marchan­dise, le travail­emploi est indispensable à leur activité et à leur épanouissement personnel. En réalité maintenir les gens dans la pers­pective du travail ­emploi alors qu’il y en a de moins en moins, de plus en plus fractionné, de plus en plus précaire, de plus en plus surexploité et de moins en moins assuré, c’est une stratégie de domination. »

André Gorz, entretien sur France Culture, 2005


LA MESURE COMME MOTEUR DE TRANSFORMATIONS

Nouvelles métriques du travail et des activités


Mesure de soi au travail (Quantified Self), mesure des interactions sociales sur le lieu de travail (People Analytics), bracelets connectés pour baisser sa cotisation d’assurance, mesure des contributions par les pairs (Open Value Network de Sensori.ca)...

« En termes de PIB, le contenu généré par l’utilisateur implique un travail non mesuré créant un bien non mesuré qui est consommé sans être mesuré pour créer un surplus de consommation non mesuré. »

Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee, The Second Machine Age, 2014


Nouvelles mesures du capital humain

Valorisation par les pairs (compétences LinkedIn, Open Badge Mozilla), par son réseau (Pay with a tweet), par son influence et sa notoriété (score Klout)...

Nouveaux indicateurs de valeurs, nouvelles répartitions de la richesse

Mesure des externalités négatives (pollution, etc.) et positives (‘pollinisation’), indice de développement humain (IDH), monnaies complémentaires pour quantifier les échanges selon d’autres critères, reconnaissance monétaire ou non-monétaire des activités contributives ou solidaires...

« Internet est constitué d’une multitude de plateformes que chacun de nous vient polliniser. En échangeant, en produisant toutes sortes d’informations, nous avons créé un immense ‘continent des externalités’. Résultat : l’interaction entre personnes se déploie dans des proportions sensation­nelles (...). Nous allons entrer dans l’ère des métadonnées et découvrir toute la richesse de nos interactions. »

Yann Moulier Boutang dans Usbek & Rica, janvier 2014



QUELQUES MODÈLES
‘PRÊTS À L’EMPLOI’


Ces ‘modèles’ existent aujourd’hui dans le débat public, portés par tels ou tels acteurs qui les proposent comme des horizons désirables ou au contraire, comme des anti-modèles à éviter.


TOUS ENTREPRENEURS

Dans l’entrepreneuriat comme modèle de référence, chaque individu est responsable de son propre développement professionnel et construit son parcours, contrat par contrat, projet par projet. L’individu devient la source de son emploi (toujours) et de celui des autres (parfois). En contre-partie, les systèmes sociaux le soutiennent dans la prise de risque, amortissent les échecs, favorisent l’apprentissage continu.

Acteurs dominants
LES INDIVIDUS ENTREPRENEURS ; LES (NOUVEAUX) SYSTÈMES DE SOLIDARITÉ

« Nous devenons une nation de freelances. L’emploi industriel à 40$ ne reviendra pas, mais l’emploi local de service à 25$ repré­sente une alternative viable. »
Venky Ganesan, capital-risqueur, dans le Wall Street Journal, 2015


TOUS ACTIONNAIRES COOPÉRATEURS

Face à un capitalisme financier court-termiste, des entreprises ont opté pour l’actionnariat des collaborateurs et/ou usagers. Le pouvoir s’y exerce démocratiquement : une personne = une voix. Les bénéfices sont réinvestis. L’organisation du travail privilégie le dialogue, l’équité et la responsabilisation des employés. Un tel modèle pourrait séduire des entreprises ou des startups, en recherche d’engagement des employés et de nouvelles formes de valorisation.

Acteurs dominants
LES SALARIÉS-ACTIONNAIRES, PARTIES PRENANTES DE LA STRATÉGIE DE LEUR ENTREPRISE

« C’est la valorisation mutuelle et par une puis­sance publique réinven­tée de ce qu’Amartya Sen appelle les ‘capabilités’ qui constitue la base d’une économie contri­butive. C’est en fait la généralisation du modèle des intermittents du spectacle, qui cultivent leurs savoirs avec l’aide de leur revenu intermit­tent et qui les valorisent lorsqu’ils entrent en pro­duction, et que l’on vou­drait détruire au moment même où il faudrait en généraliser l’état d’esprit si intelligent. »
Source : Les échos, 2012


L’INTERMITTENCE POUR TOUS LES MÉTIERS

Le régime français des ‘intermittents du spectacle’ facilite l’alternance rapide de périodes d’emploi et de chômage en indemnisant le temps libre dès qu’un quota minimal d’heures travaillées est atteint. Son extension au-delà des métiers du spectacle pourrait à la fois fluidifier le marché du travail, valoriser le temps inemployé en temps de formation et de création, modifier le regard sur la ‘précarité’, faire reconnaître la valeur d’autres types d’activités...

Acteurs dominants
L’ÉTAT, LES PARTENAIRES SOCIAUX, LES SERVICES DE RECHERCHE DE MISSIONS

« C’est la valorisation mutuelle et par une puis­sance publique réinven­tée de ce qu’Amartya Sen appelle les ‘capabilités’ qui constitue la base d’une économie contri­butive. C’est en fait la généralisation du modèle des intermittents du spectacle, qui cultivent leurs savoirs avec l’aide de leur revenu intermit­tent et qui les valorisent lorsqu’ils entrent en pro­duction, et que l’on vou­drait détruire au moment même où il faudrait en généraliser l’état d’esprit si intelligent. »
Bernard Stiegler, interview pour Rue89, 2014


LE REVENU UNIVERSEL D’EXISTENCE

Le revenu d’existence entend lutter contre la pauvreté et les inégalités en étant alloué de façon inconditionnelle à tous les citoyens, de la naissance à la mort, sans conditions de ressources ni contre- partie. Il fait du revenu, plutôt que du travail, la condition essentielle d’une ‘vie digne’. Selon les sources et les pays, ce revenu – cumulable à d’autres – peut aller de 450 à 2500 euros/ mois. Plusieurs villes en Alaska, Namibie, au Canada, l’ont déjà expérimenté.

Acteurs dominants
L’ÉTAT, LES ORGANISMES SOCIAUX

« Quelle que soit la richesse de notre pays, nous ne mettrons pas fin à la misère tant que nous n’aurons pas opéré une dissociation mentale entre les pro­cessus de production (où le libéralisme économique excelle à optimiser la productivi­té du facteur travail) et les processus de distri­bution du revenu (où la dynamique du marché mène naturellement à l’accumulation chez certains et au manque chez d’autres) »
Marc de Basquiat dans Kaizen, 2013



Histoire de transition
LA GUILDE DES ACTIFS


La gestion du travail et de l’emploi dissocie deux activités complémentaires : d’un côté, l’entreprise, devenue un pur centre d’activité économique ; de l’autre, de nouvelles organisations baptisées ‘guildes’, en charge des ressources humaines.

Organisées selon les cas par métiers (parfois à l’échelle internationale) ou par territoires (notamment pour les travailleurs les moins qualifiés), les guildes prennent en charge
le placement de leurs membres, leur formation, leur rémunération et leur protection sociale. En concurrence autour des professions les plus demandées, elles se différencient par leur capacité à assurer un revenu stable et raisonnable, une protection en cas de coup dur, une évolution professionnelle ou encore, une vie communautaire.

L’État joue un rôle de régulateur et de réassureur des guildes. Il garantit (difficilement) une péréquation entre les guildes les plus riches et les autres. Il fait en sorte que les guildes n’abusent pas de leur pouvoir vis-à-vis des entreprises (chantage aux talents) ou des individus (racket...). Le choix d’une guilde, son développement en son sein mais aussi la préservation d’une certains autonomie vis-à-vis d’elle, deviennent des questions importantes dans l’évolution professionnelle de chacun. Les réseaux sociaux jouent pour cela un rôle irremplaçable.



Quels acteurs-clés ?
--> Les guildes, qui remplacent les syndicats, les agences de placement et les mutuelles

--> Les réseaux sociaux, à la fois supports des échanges au sein des guildes et facteurs d’autonomie et de mobilité en dehors d’elles
--> L’État, qui gère la péréquation entre les différentes guildes ainsi que leur régulation


Quelles controverses ?
--> Le retour des corporations ? Les guildes sont accusées de freiner l’innovation, l’évolution des métiers et l’initiative de leurs membres.

--> La fin des solidarités ? Les guildes protègeraient leurs membres et se moqueraient des autres.

--> Des entreprises ingérables ? Le management a du mal à mobiliser des équipes issues de guildes différentes, et qu’il n’a pas toujours recrutées directement.


Quel rôle pour le numérique ?
--> Les réseaux sociaux en ligne sont au coeur du développement des guildes.

--> Le numérique favorise la multi-activité, il participe à la dissociation entre développement du capital humain et emploi.
--> Il facilite l’accès à la formation et renforce la formation par les pairs.



Histoire de transition
UNE SOCIÉTÉ CONTRIBUTIVE


Entre le secteur marchand d’une part, et un secteur public exsangue de l’autre, le ‘tiers secteur’ prend de l’ampleur, se renouvelle et dégage un espace de plus en plus large pour ce qu’il désigne désormais comme ‘l’économie contributive’.

Cette économie se compose de deux ensembles fortement complémentaires :


  1. Des systèmes de partage et d’échange horizontaux de biens, de services ou de capacités inemployées (temps, espace, outils, véhicules...), fondés sur des unités de compte diverses, y compris des monnaies complémentaires.
  2. La production et l’entretien de ‘communs’ immatériels (bases de données, connaissances scientifiques, logiciels, cartes...) ou matériels (énergies, ressources et espaces partagés...).

L’activité contributive devient une composante naturelle et reconnue de la vie professionnelle de la plupart des individus. Selon les territoires, une part plus ou moins grande de la gestion d’équipements et de services publics est ainsi transférée à l’économie contributive.




Quels acteurs-clés ?
--> Des plateformes d’échange, de monnaies alternatives, de création et d’entretien de ‘communs’

--> Le monde associatif, l’économie sociale et solidaire

--> Les entreprises des services à la personne ou des services urbains, qui doivent adapter leur modèle pour accueillir les pratiques contributives


Quelles controverses ?
--> Un partage de la pénurie ? Le modèle abandonnerait toute ambition, tout objectif de croissance.
--> Une société de l’amateurisme ? Le règne du collectif serait aussi celui de la médiocrité.
--> Une société cloisonnée dans l’entre-soi des réseaux et des communautés ?

--> Une manière de masquer le désengagement de l’État et la privatisation générale ?


Quel rôle pour le numérique ?
--> Le numérique permet la coordination souple et décentralisée des initiatives et des interventions de chacun, ainsi que la rencontre entre besoins et propositions, entre projets et énergies.

--> Il joue un rôle clé dans l’évaluation, la mesure, la mise en visibilité de ces activités.

--> Il forme le support de la production et de la gestion collective des ‘communs’.



Histoire de transition
LE CAPITALISME DE SOI


Chaque individu reçoit à sa majorité une dotation initiale identique – le ‘capital universel’ -, dont il dispose presque librement durant sa vie active. Il peut, par exemple, choisir de se former, d’investir dans un projet d’entreprise ou culturel, ou même de la placer pour se verser une rente mensuelle. Un suivi discret et des mécanismes incitatifs découragent l’usage spéculatif du capital et s’assurent qu’il n’est pas dilapidé trop tôt.

En contrepartie, l’impôt sur les successions est fortement réévalué : l’objectif de cette dotation universelle est de redistribuer les cartes en permettant à chacun de bâtir son propre avenir et de travailler comme il l’entend. L’individu devient, au sens propre, entrepreneur de lui-même : il choisit le mode de vie, les compétences et les projets dans lesquels il souhaite (s’)investir. L’éducation et la formation continue incluent l’apprentissage de la gestion du capital personnel.

L’accès à cette manne devient un enjeu majeur pour les projets entrepreneuriaux, associatifs, scientifiques ou culturels. Il s’agit à la fois de convaincre les ‘investisseurs’ et de leur faire une place concrète dans le projet, au-delà de leur apport financier.




Quels acteurs-clés ?
--> Les établissements financiers, pour accompagner leurs clients dans la gestion de leur dotation

--> L’éducation et la formation continue, pour enseigner l’‘auto-capitalisme’ et accompagner les trajectoires
--> Les plateformes de financement de projets, qui deviennent une pierre angulaire de l’économie


Quelles controverses ?
--> L’horreur économique ? Le capital universel est pour certains le stade ultime de la marchandisation, pour d’autres une incitation à l’oisiveté.

--> Une fausse égalité ? La capacité à se gérer soi-même est très inégalement répartie ; les plus âgés, qui ne profitent pas du système, se jugent sacrifiés.

--> La fin des solidarités ? Le système invite-t-il à l’égoïsme ou au contraire, à l’action collective par le biais de l’investissement ?


Quel rôle pour le numérique ?
Le numérique intervient dans :
--> La gestion individuelle et collective du capital universel et de son emploi, tout au long de sa vie
--> Les plateformes de projets