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Transition, kesako ?




1. MINI-GLOSSAIRE DES TRANSITIONS


- TRANSITION

Dans un dictionnaire, une transition désigne d’abord ‘l’action de passer d’un état à un autre’.

Par extension, s’agissant de systèmes complexes (par exemple un système social), elle désigne le passage d’un état ‘normal’ des choses à un autre, c’est-à-dire à la fois :

-> Son passage d’un état ‘stable’ (en fait, d’équilibre dynamique lié à l’interaction constante des acteurs et des artefacts qui le composent) à un autre – on dit d’un ‘régime’ à un autre ;
-> Le processus complexe de déstructuration et de transformation qui mène d’un état à l’autre.

La ‘transition’ intervient en réponse à un problème persistant (ou un ensemble de problèmes) à l’échelle du système, dont les symptômes deviennent de plus en plus apparents et qui est : complexe ; profondément enraciné ; difficile à appréhender ; difficile à gérer du fait de la pluralité des acteurs concernés ; incertain. Dès lors que le système ne peut plus se maintenir en l’état, même en s’adaptant, la transition s’engage.

Dans la mesure où la transition concerne un système complexe, elle intervient à plusieurs échelles et dans plusieurs domaines à la fois :

-> Les structures : physiques, économiques, institutionnelles
-> La culture : valeurs collectives, normes, représentations, visions d’avenir
-> Les pratiques : routines productives, comportements, manières d’être…

Les transitions sont les processus les plus complexes qui puissent affecter les systèmes eux-mêmes complexes. Il apparaît donc illusoire de tenter de les prévoir et de les piloter. à condition d’ accepter l’imprévu, le conflit, la diversité et l’incertitude, il est en revanche envisageable d’influencer, voire d’orienter (certains disent ‘canaliser’) ces processus. C’est tout l’enjeu des démarches de ‘Management des transitions’.

- SYSTÈME COMPLEXE

Selon Joël de Rosnay(1), un ‘système complexe’ :

1. est constitué d’éléments ou ‘agents’ en interaction (les êtres humains sont des agents sur un marché, les fourmis sont des agents dans une fourmilière, etc.),
2. se caractérise par les très nombreuses relations qui s’établissent entre ces éléments ou ces agents (notamment par le langage, les symboles, la communication),
3. se compose de plusieurs niveaux hiérarchiques (de complexité croissante ou décroissante) qui peuvent former des réseaux interdépendants,
4. adopte dans le temps un comportement dynamique, non linéaire,
5. possède une capacité d’évolution, éventuellement vers une complexité croissante, en particulier lorsqu’il possède des capacités de reproduction qui permettent à une amélioration de se généraliser.


Quelques notions essentielles sont à connaître parce qu’on les retrouvera souvent :

-> Adaptabilité : un système complexe peut s’ajuster lui-même en réponse à son environnement. Proche de la résilience : capacité d’un système à affronter des perturbations extérieures tout en préservant sa structure fondamentale. -> Auto-organisation et émergence : des propriétés et des structures cohérentes apparaissent sans planification ni impulsion extérieure.
-> Récursivité : les éléments modifient collectivement leur environnement, qui en retour va modifier leurs états ou comportements possibles. Conséquence de ces caractéristiques : connaître les propriétés et le comportement des éléments d’un système complexe ne suffit pas pour prédire le comportement global du système.
-> Co-évolution : un système évolue avec son environnement et fait évoluer son environnement. Cela revient à dire qu’un système fait (presque toujours) partie de systèmes plus larges et intègre (presque toujours) des structures qui fonctionnent comme des sous-systèmes.

Une ‘transition’ décrit en quelque sorte le moment où le jeu autonome de ces caractéristiques systémiques ne suffit plus à assurer la stabilité dynamique du système, laquelle ne se retrouvera qu’après une reconfiguration significative du système et de ses composantes.


2. UNE TRANSITIONS, DES TRANSITIONS ?

Transition démocratique :
d’une société autoritaire vers une société démocratique, l’expérience des dernières décennies montrant qu’une telle transition n’a rien de linéaire ni même d’irréversible.

Transition démographique :
depuis des ‘sociétés primitives’ à forte natalité et forte mortalité, vers des sociétés ‘avancées’ où natalité et mortalité sont toutes deux basses, cette transition étant fortement liée à l’élévation du niveau de vie, du niveau d’éducation et bien sûr, à l’émancipation des femmes et la contraception.

Transition économique 1 :
pour Marx, le passage d’un mode de production ancien à un autre plus avancé, dans lequel les rapports de production sont plus conformes au niveau atteint par les forces productives – passant en général par une époque de révolution sociale. Le capitalisme était censé céder la place au socialisme et le socialisme, au communisme.

Transition économique 2 :
depuis la mutation économique chinoise et la chute du mur de Berlin, le passage d’un système économique planifié à une économie de marché.

Transition écologique :
le passage d’un mode de développement (production, consommation...) non soutenable à un mode soutenable d’un point de vue économique, social et environnemental – pouvant aller, dans la suite du rapport du Club de Rome (1972), jusqu’à la ‘grande transition’ vers un équilibre global qui ne repose plus sur la croissance économique.

Transition énergétique :
le passage d’une production et d’une consommation énergivores et appuyées sur les énergies fossiles, à des modes ‘frugaux’ et appuyés sur des énergies renouvelables, mais sans remise en cause de la croissance. Son objectif consiste principalement à augmenter l’efficience énergétique et ‘décarboner’ le mix énergétique.

Transition numérique :
1. Micro : basculement d’une entreprise ou d’une organisation vers des formes de production, de travail et d’organisation, d’innovation et de relation aux marchés, de gouvernance... appuyées sur le numérique et les cultures numériques, et adaptées aux pratiques numériques des autres parties prenantes.
2. Macro : transformation globale touchant, l’un après l’autre, tous les secteurs de la société et de l’économie, sous l’effet conjoint des nouvelles possibilités technologiques, des nouvelles pratiques sociales numériques, des nouvelles formes de création de valeur et d’innovation ou encore, des évolutions des médias, des institutions et de l’action collective provoquées ou appuyées par le numérique.



1 Le Macroscope, Seuil, 1995