7 LEVIERS NUMÉRIQUES POUR LES TRANSITIONS

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DISTRIBUÉ, CAPACITANT, COLLABORATIF



DE QUOI PARLE-T-ON ?

De la distribution large de l’information et des capacités, voire du pouvoir : l’internet est décentralisé, le web permet à tout le monde de publier, les Fab Labs distribuent la capacité de concevoir et réaliser des objets physiques. Une part de la culture numérique est libertaire, valorisant les contre-pouvoirs et le hacking, les individus et leurs communautés face aux institutions. Les frontières entre amateurs et professionnels s’estompent.

De l’horizontalité des échanges : les usages numériques se déroulent souvent entre pairs, échappant aux instances officielles, à l’autorité des sachants comme aux points de péage des commerçants. Les marchés (re)deviennent des conversations, les ‘communautés’ en ligne ou hybrides deviennent des espaces d’échange et de vie.

De collaboration : une part de l’économie devient ‘collaborative’ ; de vastes mouvements politiques émergent de nulle part ; des connaissances ou des objets inédits prennent forme à partir de collectifs en ligne ; l’innovation devient ‘ascendante’ (par l’usage) ou ‘ouverte’ et repose sur des ‘écosystèmes’ ; des biens communs naissent et évoluent dans la durée, tels que Wikipédia, les logiciels libres ou Arduino…

« On peut voir la démocratie de la multitude comme une société open source, permettant à tous de collaborer à la résolution de ses problèmes et de créer des programmes sociaux plus performants. »
Michael Hardt et Antonio Negri, Multitudes, La Découverte, 2004


PRINCIPAUX ATTIBUTS TRANSFORMATEURS


Les dynamiques d’empowerment, d’horizontalisation et de collaboration très puissantes dans le numérique reposent sur quatre attributs essentiels :

-> L’extension du domaine de l’immatériel : en transformant tout ce qui peut l’être en données et en logiciels, en reculant autant que possible le moment de la ‘matérialisation’ (d’un objet, d’une relation), on étend également les possibilités de partage, de collaboration et de recombinaison.
-> L’outillage et l’interconnexion des individus – utilisateurs comme collaborateurs -, le plus souvent à leur initiative et (au moins pour partie) sous leur contrôle.
-> Des dispositifs d’intelligence collective, de co-conception et de co-production, d’immatériel comme d’objets matériels.
-> Des plateformes d’échange, de partage, de publication, de valorisation, dont le modèle économique structure dans une large mesure les échanges.


PRINCIPALES LIMITES


-> L’empowerment est aussi une affaire de compétences et de capital social, qui sont très inégalement répartis.
-> La distribution des capacités de production et d’expression profite aussi aux marchands de haine et aux réseaux terroristes.
-> La collaboration fonctionne mieux sur des projets bien délimités que pour défricher des terrains neufs ; politiquement, elle est plus efficace dans la contestation que dans la construction d’alternatives viables.
-> La production collective de la ‘multitude’ est aujourd’hui capturée par un petit nombre de grandes plateformes, jusqu’à produire de nouvelles formes d’exploitation voire de prolétarisation.

« Internet devait abolir les distances, accroître la liberté d’expression, augmenter l’intelligence collective, promouvoir le potentiel de la gratuité, décentraliser le pouvoir et résister à tous ceux qui souhaiteraient en prendre le contrôle. Force est de constater que ces finalités touchent à présent à leur fin. Les frontières sont réintroduites. La liberté d’expression est de plus en plus encadrée. Les capacités restent très inégalement réparties. Le pouvoir est plus centralisé que jamais. »
Boris Beaude, Les fins d’Internet, Fyp, 2014


QUELQUES DOMAINES QUE L'EMPOWERMENT ET LA COLLABORATION TRANSFORMENT OU POURRAIENT TRANSFORMER


-> Transformation par la distribution du ‘pouvoir d’agir’ : du ‘journalisme participatif ’ (tout événement, ou presque, est aujourd’hui filmé) aux ‘lanceurs d’alertes’ et dissidents, en passant par les sites d’avis et de commentaires.
-> Transformation par la collaboration : la cartographie (de la terre comme du ciel), le Do It Ourselves (Fab Labs, communautés de makers, DIY Bio, drones, prothèses…), projets open source (logiciels, robots, open hardware…)
-> Transformation par les échanges ‘de pair à pair’ : la musique ; la finance, avec le crowdfunding ou le crédit entre particuliers ; le commerce, avec LeBonCoin ou des plateformes de vente d’objets autoproduits (Etsy)
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