e-magine  Auvergne Rhône-Alpes

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Anticiper ensemble les transformations numériques


e-magine au Mondial des Métiers (mars 2015) - Table-ronde "La formation à l'heure du numérique"

Cette table-ronde était animée par Nadège Riotte, Responsable "évaluation, prospective et développement durable" à la Région Rhône-Alpes. 
Elle réunissait 3 intervenants: 
> Pierre Guyomar - Chargé de mission au CRIJ 
> Vincent Mandinaud - chargé de mission à l'ANACT - le numérique pour la qualité de l'emploi, l'amélioration des conditions de travail, 
> Denis Pansu - responsable innovation ouverte à la FING
                
Nadège Riotte introduit la démarche e-magine, un laboratoire pour anticiper les usages numériques de demain, notamment dans les secteur de l'emploi et de la formation. 
L'enjeu de cette table-ronde est de pouvoir échanger sur la façon dont le numérique transforme la formation, les métiers, et proposer aux participants présents des pistes de réflexion et d'actions. 
 
Pierre Guyomar - Chargé de mission au CRIJ
 
De l'Information Jeunesse aux Infolabs
Le CRIJ anime le réseau Information Jeunesse en Rhône-Alpes. Ce réseau rassemble près de 100 structures en Rhône-Alpes. 
Pierre Guyomar souligne en la façon dont on s'est un peu trompé sur une génération qui est à l'aise sur certains outils, pas sur d'autres - avec des compétences informationnelles des jeunes  relativement pauvres. Il rappelle que chercher, croiser, anlyser l'information ne sont est pas des compétence innées
Il présente la démarche des Infolabs qui se met en place. Il s'agit de développer des lieux où les jeunes seront accompagnés dans la découverte et la manipulation de la donnée. Ces lieux vont permettre des découvertes et des apprentissages très "horizontaux", dans un esprit collaboratif.  L'approche DIY ("Do It Yourself" = "Faites le vous mêmes") sera forte: il s'agit bien de faire, seul, avec les autres et de partager. Dans ces lieux, l'accompagnateur, le professeur trouvent leur place, toujours. 
Pierre Guyomar remarque comment, quand on évoque les compétences numériques des jeunes, on focalise sur ce qu'ils font bien, trop souvent pour le critiquer, sans parler de ce qu'ils font avec plus de difficultés. Il insiste sur le fait que, par exemple, la capacité à collaborer en ligne, et d'autres compétences qui seront importantes dans leur futur travail sont peu finalement peu abordées.  
Il précise la façon dont les données constituent un immense paquet d'information qui sont en ligne, issues de l'ensemble des capteurs qui nous entourent, notamment de nos téléphones. Selon lui, le "big data" (la somme des informations captées) permet de comprendre l'environnement, comprendre comment les choses fonctionnent. L'enjeu est d'utiliser la donnée pour décrypter la réalité. 
A l'occasion du Mondial des Métiers on demande aux personnes, au regard du plan du salon, quels sont les secteurs qui recrutent le plus et on compare avec les chiffres du BMO (Besoin en Main d'Oeuvre). En comparant les représentations des visiteurs, et les données, on fait le lien sur la réalité de la situation de recrutement. Et l'on mesure les écarts entre représentations et réalité. 
Par exemple, sur le Mondial des Métiers, le stand de l'ESS est plutôt petit alors que cela représente 10% des recrutements en 2014. 
 
Lien entre compétences numériques et métiers "de demain"
Dans le lien entre compétences numériques et métiers "de demain", Pierre Guyomar évoque comment la présence forte sur les réseaux sociaux génère des habiletés dans l'usage de l'image, avec de nouvelles grammaires en construction. Il met en avant l'approche "décomplexée" qui permet aux jeunes de "chercher"
Pour Pierre Guyomar il est important de s'appuyer sur la façon dont les habiletés développées dans les réseaux sociaux sont réinvesties dans les apprentissages. Pour lui, le signal envoyé aux jeunes est étrange car quand on leur parle du numérique c'est très souvent par une porte "dangers et addictions" Selon lui, la question de l'équipement aujourd'hui se pose beaucoup moins aujourd'hui, c'est celle des compétences qui compte et qui doit être prise en compte
Il aborde les changements des métiers de la médiation numérique, beaucoup plus orienté vers les accompagnements des usages, des parents, des familles - et moins centrés sur l'outil. 
Dans les espaces "Orientation", il y a beaucoup d'activités autour de la création de CV en ligne, de recherche précises d'information. Il remarque que pendant la scolarité on ne parle pas trop de tout cela aux jeunes. Par exemple, beaucoup de jeunes n'ont jamais été initiés à l'utilisation des services publics en ligne. Les formulaires CAF, l'espace candidat "Pôle Emploi" sont pour eux très mystérieux. 
 
L'Infolab: comprendre, analyser, produire - essaimer la culture de la donnée !
Pour lui avoir des lieux qui permettent à des jeunes de venir, d'accéder à un outil, à un accompagnement, à un nouveau service, d'accéder à des données ouvertes, c'est aussi la possibilité d'accéder à de nouvelles applications. Et de les développer.  
Par exemple quand le Sytral ouvre ses données, on peut imaginer que les jeunes créent  des applications, des nouveaux services. Il s'agit bien d'encourager les jeunes à devenir producteurs. 
Selon lui nous ne sommes plus dans la verticalité avec une personne qui accueille et qui sait. Les jeunes arrivent déjà informés, pas toujours bien, et vont arriver avec un esprit critique. Par exemple, beaucoup de jeunes, quelques jours après les attentats du mois de Janvier sont partis à fond dans la théorie du complot. Donc si on n'accompagne pas les pratiques informationnelles, les effets "pervers" sont nombreux. 
 
Sur la partie Infolab, en ce qui concerne des jeunes en difficulté avec le système scolaire traditionnel, on va commencer à travailler sur le "self data" et sur leurs usages L'enjeu est de les faire travailler sur leurs données personnelles pour mieux maîtriser ces données, prendre confiance dans  leur capacité à en faire quelque chose, par exemple ,  aller vers un "Facebook  pro" et garder un "FB potache". Il est envisagé de faire visiter des lieux novateurs comme les fablab  (lieu où sont des imprimantes 3D, de la micro électronique - lieux d'apprentissage, de bidouille, qui reposent sur la coopération) car on pense que pour certains jeunes qui ont du mal avec le cadre Education Nationale,  cela offre de nouvelles formes d'apprentissages. 
Sur l'infoLab, possible de retrouver les expérimentations en cours sur 3 lieux différents. 
 
Vincent Mandinaud -  Chargé de mission "Territoire et attractivité des entreprises" à l'ANACT
 
Le numérique et la transformation du cadre de travail: plus de souplesse ou plus de stress ? 
Pierre Mandinaud souligne comment le numérique transforme les lieux traditionnels de travail qui se trouvent éclatés: le travail à distance devient possible, on peut imaginer, concevoir, investir des lieux qui ne sont pas des lieux classiques On parle de fablabs, d'espace de coworking, de tiers-lieux, qui vont permettre à des personnes de partager des services pour s'engager dans des activités professionnelles qui reposent sur l'apprentissage, l'innovation. Il y a beaucoup d'intérêt et d'attention autour de ces nouveaux lieux et les façons de travailler qui y sont associées
Les collectivités investissent dans ces espaces, notamment dans les territoires de faible densité. Selon lui, il est possible d'imaginer l'implantation de lieux ressources pour des personnes plus éloignées. 
Cependant, selon lui, autour des effets du numériques, il ne faut pas tomber dans une perspective trop "féerique". Les personnes qui travaillent savent que le numérique est relié à la performance, la rationalisation de l'activité, la déshumanisation du choix: les machines vont permettre de faire plus vite et plus fort. Cela implique intensifier les charges mentales, les outils de suivi. On parle maintenant d'infobésité, en lien avec la surcharge informationnelle, difficile à gérer. Le numérique a des travers et des effets compliqués à gérer dans le vie professionnelle. Il insiste sur comment autour de l'innovation, tout va plus vite, même le changement, avec des réorganisations permanentes, qui finissent par générer de la désorganisation, des effets de "burn out". Il n'est plus possible de faire la déconnexion. 
Pour lui, le besoin est réel de réguler ces phénomènes. 
 
Des métiers en transformations accélérées
Vincent Mandinaud se pose la question des compétences à développer...selon lui, dans un âge de mutation accélérée, pas un des jeunes participants n'aura le même métier à la fin de sa carrière, avec les mêmes outils, les mêmes connaissances. Les habiletés évoluent, et il faut être capable de les recycler - dans des dynamiques de mutation accérée et d'adaptation. Il rappelle que quelque chose de "jeune", c'est quelque chose qui est en croissance, en mouvement. Et que cela n'est pas forcément lié à l'âge. 
Il insiste sur le faire que plus un métier n'est pas impacté par l'ère du numérique. Amazon en installant des robots change les métiers logistiques, le robot donnant son rythme à la personne qui est au milieu. 
Il imagine des choses plus futuristes, dans un contexte toujours plus numérisé et d'âge toujours plus avancé. Par exemple, les conditions de travail dans les services à la personnes sont très compliquées. Et on voit apparaître les exosquelettes qui décupleraient la force physique des intervenants. Par ailleurs l'organisation des tournées, le temps de parcours, obligent à aller vite. On peut imaginer qu'à terme cela arrive à du badgage/flicage. Selon lui, les capteurs peuvent générer des choses intéressantes, mais sont aussi des outils d'intensification de la charge de travail
Il souligne donc l'importance de la médiation à la régulation des usages. 
 
Management - du contrôle distribué à la performance durable
Vincent Mandinaud met en lien à la fois la façon dont un équipement souple permet de travailler à distance et le fait que chefs de service et managers gèrent des pressions multiples, aussi bien "du haut que du bas". Ainsi il peut y avoir des terrains d'entente autour du télétravail, perçu comme un moyen de renégocier la question de la relation à son superviseur. Alors que, dans le même temps l'entreprise fait des économies, sur les infrastructures. Dans le même temps, la culture managériale suspecte encore ces temps là, de télétravail, qui apparaissent comme pas contrôlable et pas toujours productifs. Donc, ce genre de régime n'est pas toujours facile à gérer. Pour lui, il est important que des métiers de la médiation numérique accompagnent la façon dont la valeur est créée. Et par ailleurs il y a besoin de reconnaître qu'il y a d'autres besoins que seulement celui de créer de la valeur. 
Autour de la surveillance pour les équipes de travail, Vincent Mandinaud évoque la question du droit et de l'accord. Selon lui, la question du télétravail et de la récupération des données doit se poser en entreprises. Et pour lui, dans 10 ans cela sera co-construit dans l'entreprise: il s'agira de définir jusqu'où aller pour co-construire de la performance durable. Une performance qui prend en compte les besoins individuels et collectifs. La question est donc de savoir comment se réorganiser pour construire des cadres qui sécurisent ce genre de relations. 
 
Denis Pansu -  responsable innovation ouverte à la FING
 
En lien avec l'intervention précédente, Denis Pansu rappelle qu'une entreprise produit des biens, des services et de l'information. Dans la comptabilité de l'entreprise, le capital immatériel et les savoir-faire ne sont pas clairement quantifiés. Sa conviction est que la comptabilité du capital informationnel fera partie de la comptabilité du capital de l'entreprise. Ainsi quand une personne arrivera dans une entreprise elle aura une idée beaucoup plus précise de ce à quoi elle contribue et pourra négocier ce qu'elle apporte comme savoir-faire. 
 
Identité numérique du travailleur
Denis Pansu évoque le travail mené ces derniers temps sur le futur des travailleurs au 21ème siècle - avec une expérimentation menée autour de la musette numérique du travailleur numérique. Il s'agit dans ce projet de s'interroger sur ce que sera la réalité au travail de ce travailleur
Il est de moins en moins vrai que l'on passe toute sa vie dans la même organisation (entreprise, administration ou association), les changements seront plus fréquents, aussi bien d'employeur que de métiers. Sur la question de la formation, nous avons maintenant un Compte Personnel de Formation qui nous suivra toute notre vie - qui n'est plus lié à l'entreprise. Donc l'identité numérique va être constituée de droit, d'information sur son parcours. Mais également d'éléments qui intègrent sa position dans les réseaux sociaux, la façon dont on interagit sur ces réseaux. 
 
De l'identité numérique du travailleur au capital numérique
Selon Denis Pansu, dans un futur proche ces éléments de capital relationnel seront négociables. Par exemple, une personne déjà identifiée et reconnue par un grand nombre de personnes aura certainement une valeur plus importante que des personnes qui ne le sont pas. Pour lui, le capital de savoir-faire sera visible dans le Compte Personnel de Formation (CPF), qui réunira à un même endroit les différentes formations. 
Ainsi, la grande différence est comment on va constituer et mettre en valeur son capital qui suivra chacun tout au long de la vie. 
La question est comment donner une forme concrète à cela ? Cela peut être numérique mais pas uniquement
 
Un capital enrichit par les interactions au sein de collectifs de travail 
Il va s'agir de stocker de l'information qui pourra être mise en valeur via des réseaux sociaux, des sites web, qui permette d'entrer en relation avec des communautés de travailleurs. De plus en plus de personnes sont à la fois indépendantes et salariées (cf les coopératives d'activités). Cette musette numérique doit permettre d'entrer en relation avec des personnes que l'on ne connaît pas - d'avoir accès à des experts, des connaissances. L'autre aspect est que cela doit être utile dans un contexte de coworking et de tiers-lieux. Cela implique que l'on puisse en entrant  dans un lieu être identifié, permettre aux autres de découvrir les compétences de la personne.
Denis Pansu conclut en soulignant que des métiers vont se développer pour accompagner les personnes dans le paramétrage et la gestion de leur réseau et interfaces - cela implique des compétences et du temps que tout le monde n'aura pas. 
 
Nadège Riotte conclut la table-ronde en rappelant que les savoir-faire restent incarnés dans des hommes et des femmes, qui sont très attachés à se rencontrer, à interagir, en présence.

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