Questions Numériques éditions antérieures

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Questions numériques 2016-2017

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2.4.2 Transitions de l'éducation

La Fing s'est associée à la Conférence régionale des Élus de Montréal et au CEFRIO pour organiser un atelier de prospective sur les transitions de l'éducation le 12 novembre 2014. Cette production est le compte-rendu des échanges et réflexions de la quarantaine de participants de l'atelier.

1. Pourquoi parler de transition dans l’éducation ?

De nouvelles attentes...

  • Affirmation des jeunes, critiques des savoirs existants, demandeurs des meilleurs “experts”, pourvoyeurs de nouveaux savoirs

  • Rapport à l’autorité (en général, et du Maître en particulier) remis en cause

  • Choisir son parcours, être libre à l’intérieur de la structure “Ecole”

  • Apprentissage intuitif, expérimentation, essai-erreur...

  • Sophistication et diversification des problèmes des élèves

  • (Demande de reconnaissance de la) Multiplicité croissante des formes d’apprentissage

… Et une généralisation des pratiques numériques…

  • Des foyers mieux fournis

  • Accès aux connaissances (aux informations, aux données, aux outils, aux savoirs publiés, aux compétences des autres…)

  • Mobilité, ubiquité

  • Culture de la participation

  • Rapport à la connaissance et au travail : moins d’énergie, plus d’intelligence

  • Désinhibition, renforcée par le caractère “générationnel” de la maîtrise du numérique

… Une transformation des savoirs

  • Dématérialisation des contenus

  • Importance prise par les données et les programmes

  • Du savoir au savoir-faire, le savoir-”application”

  • Besoin d’une éducation au numérique et aux enjeux sociaux associés

  • Une évolution continue des techniques et des métiers qui entraîne un changement du contenu de ce qu’on entend par “littératie”, ainsi que de l’importance des “compétences” (parfois nouvelles : créativité, travail collectif…) par rapport aux “connaissances” (qui demeurent nécessaires)

  • Besoin de formations apprenantes en entreprise ; ou en tout cas, d’une réduction du “désalignement” entre l’offre éducative et les besoins en compétences d’aujourd’hui (formation continue) et de demain (formation initiale et continue)

… en décalage avec “l’offre” de l’Ecole

  • Des structures organisées et gérées comme des administrations, perçues comme anachroniques

  • Des foyers mieux équipés en numérique que les écoles

  • Une “e-éducation” déjà obsolète, top-down

  • Une suvalorisation des savoirs abstraits et des (futurs) métiers associés

  • Les directions informatique sont souvent des freins à l’innovation

  • Un problème peut-être plus grave : un manque d’”inspiration” - quel est le projet de l’Ecole, pourquoi et à quoi travaille-t-elle ?

  • Résultat : l’Ecole est vue comme une perte de temps par les élèves en difficulté (décrochage) comme par les autres, l’orientation se fait par obligation plutôt que par intérêt...

Les enseignants peinent à suivre

  • Une pratique professionnelle rigide

  • Un manque de maîtrise du numérique qui bloque les enseignants

  • Un écart entre la formation des enseignants et les attentes des jeunes

La compression des dépenses publiques dans l’éducation

 

2. Pourquoi la situation actuelle va changer : ce qui meurt, ce qui naît

 

En général

Ce qui disparaît

  • Une Ecole rigide, normalisée, que ce soit dans les programmes et les méthodes d’enseignement, dans les configurations (la classe, les lieux, les temps...)

  • Un cursus linéaire

  • Un enseignement essentiellement “magistral”, fondé sur la transmission

  • Une évaluation uniquement fondée sur les connaissances

Ce qui émerge

  • Une “citoyenneté numérique”

  • Des outils numériques rendant praticable la personnalisation des apprentissages

  • Des formes participatives d’enseignement

  • Du multitâches en classe

  • Un décloisonnement des apprentissages comme du travail des enseignants

  • Des formes d’enseignement actives appuyées sur le numérique (jeux sérieux, simulations)... ou pas (jeux de rôles, projets, apprentissage par la pratique)

  • Des nouvelles formes d’évaluation (badges), même si la question de leur reconnaissance se pose encore

  • Des nouvelles “compétences du XXIe siècle”, transversales, et des nouvelles approches pédagogiques pour les enseigner

  • Les élèves comme créateurs de savoirs

 

Par thématique

Thématique

Ce qui disparaît

Ce qui émerge

Apprentissage formel et informel, théorique et pratique

La normalisation des pratiques.

Des infrastructures immobilières issues de l’âge industriel (la classe en rangs, le pupitre, le tableau...).

L’idée que les étudiants arrivent dépourvus de connaissances sur le sujet du cours.

L’idée de l’Ecole comme seul lieu de formation.

Le multitâches en classe.

Le décloisonnement disciplinaire et temporel de l’enseignement.

Des organisations de classes plus “malléables”.

La classe inversée.

Un enseignement ouvert et décloisonné, en divers lieux, à différents moments, de diverses formes.

Orientation

L’encadrement ministériel du système qui contraint à maintenir des cursus linéaires de formation.

De nouvelles pratiques fondées sur l’apport des neurosciences.

L’élève, l’apprenant gère lui-même son propre plan d’apprentissage, avec l’aide des enseignants, de médiateurs et de ses pairs.

Neurosciences et “enseignement par la preuve”

L’enseignement comme “art”.

Compréhension des limites cognitives et des problèmes que pose l’objectif encyclopédique de l’enseignement.

Le temps court et les flux, “Google nous rend cons”.

La compréhension du fonctionnement de la mémoire.

L’avenir de l’Ecole pour tous

Les régions perdent leurs jeunes.

Le manque de reconnaissance des Moocs.

La normalisation de la formation à distance, dont on attend qu’elle offre une formation “équivalente” à la formation présentielle.

Formation hybride (distante/présentielle, numérique/analogique…)

Une mise à jour en continu.

Formaliser les nouvelles pratiques professionnelles pour les rendre accessibles plus largement.

Les inégalités devant l’éducation

Inégalité devant l’hyperconnectivité et le changement permanent.

Open source, gratuité et co-construction facteurs de réduction des inégalités.

Nouvelles technologies

Les “TIC pour l’éducation”, spécialisées et souvent descendantes.

La mauvaise intégration du numérique dans la classe.

Le 100% en ligne.

La différence radicale entre “présentiel” et “distant”.

Infobésité.

Les générations numériques.

La classe inversée.

L’apprentissage par les pairs.

L’apprentissage de l’évaluation de la qualité de ce qui se trouve sur le web.

Le lien entre école numérique et entreprise numérique.

Les modèles hybrides numérique-analogique, distant-présent.

Coproduction par les apprenants du matériel éducatif.

Le contenu sort de la classe.

Choix des cours par intérêt, pas en fonction de la disponibilité d’un prof sur place.

La mission du système

 

Des formules très différentes et surtout très différenciées, et pourtant à la fois exigeantes et équitables (accessibles à tous).

 

  1. Trois histoires de transitions du système éducatif

Groupe A : “L’Ecole et l’apprentissage tout au long de la vie en réseau avec les autres acteurs au service de l’éducation”

Les éléments déclencheurs

  • Surabondance d’information en entrée comme en sortie de l’Ecole, de la classe. Le contenu sort de la classe.

  • D’un chemin unique et linéaire d’apprentissage à un réseau de chemins.

  • Confrontation des enseignants/formateurs au changement et à leur propre capacité d’adaptation

  • Volonté de joindre le coeur à la raison

  • Estompage de la différence entre “présence” et “distance”

  • Obligation de penser autrement devant les limites budgétaires et démographiques (manque de profs spécialisés, de personnel non-enseignant : infirmiers…)

Le “modèle” proposé : “L’Ecole et l’apprentissage tout au long de la vie en réseau avec les autres acteurs au service de l’éducation”

Le modèle décrit un “écosystème” de tiers-lieux diversifiés et ouverts, connectés entre eux, organisés en “quartiers” ou “villages” et ouverts au reste du monde : écoles, bibliothèques, salles de spectacle, galeries d’art, musées, jardins partagés, salles de téléprésence... Des espaces communs servent à la fois à l’apprentissage, aux loisirs et/ou à des fonctions utilitaires, et jouent un rôle d’interconnexion : la place de village, la “cour de récréation”, l’hôpital...

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Le chemin : comment aller de la situation présente au modèle préconisé ?

La crise est déclenchée par la conjonction de deux phénomènes, vers 2020 : une réduction forte de la mobilité imposée par les problèmes environnementaux et énergétiques, et un décrochage scolaire massif qui touche également les offres “tout numérique” qui pullulent.

Des enseignants décident de se rapprocher de leurs élèves, de plusieurs manières, et quittent leurs établissements pour enseigner près d’où habitent les élèves, dans les tiers-lieux qui veulent bien les accueillir.

Ces espaces apprécient cette nouvelle fréquentation, s’organisent en fonction, mais commencent aussi à demander comment ils s’y retrouvent économiquement. L’Etat accepte cette forme d’enseignement et dédommage les tiers-lieux, finançant cette dépense par la fermeture d’écoles sous-peuplées. S’ensuit une “guerre” entre “profs en école” et “profs en tiers-lieux”, à laquelle le succès des nouvelles formes d’enseignement met fin (au moins en apparence).

Reste à étendre et pérenniser cette nouvelle organisation. L’Etat utilise les contraintes comme levier pour réorganiser tout l’enseignement secondaire et continu. Les tiers-lieux et les écoles qui restent constituent des réseaux denses et très collaboratifs qui leur permet à tous de vivre d’une diversité d’activité scolaires, professionnelles, culturelles… Et les élèves adorent.

Pour mémoire : autres “modèles” issus du même groupe

  • L’école “multiâges” : en 2030, les regroupements à l’entrée du secondaire ne se font plus selon l’âge, mais selon le niveau de compétences atteint. Les élèves peuvent “monter” en niveau en cours d’année et donc changer de “classe”.

  • Une école 100% personnalisée, sans “cursus commun”

 

Groupe B : “Destruction créative”

Les éléments déclencheurs

Misère budgétaire, démotivation des personnels : en un mois, 6 bâtiments scolaires s’effondrent ou connaissent des accidents graves, causant des blessés et même un mort. Enseignants, parents et élèves sont dans la rue. Au-delà du manque d’entretien dû à la pénurie financière, ils dénoncent l’abandon de l’Ecole publique, sans moyens mais surtout sans projet, sans vision, sans valeurs partagées.

Le ministère est sensibilisé par de nombreux acteurs engagés, mais comment faire sans argent ? La proposition consiste à faire de chaque établissement une co-production permanente avec les acteurs locaux : institutions, associations, entreprises, professionnels de l’éducation, familles…

Des premières expérimentations, évaluées et documentées de manière transparente, permettent de formaliser le modèle, de le rendre plus aisément transférable et extensible. Dans ces expérimentations, le ministère procédait par appel d’offres auprès des acteurs locaux pour co-concevoir et co-construire des établissements (une formule de “reprise” d’établissements existants était également expérimentée). Le ministère fournit une série d’exigence minimales (effectifs, sécurité, etc.) et une part du budget, le “leader local” retenu fournit le reste ; il compose également ses équipes, librement pour le personnel non-enseignant, et en choisissant parmi les enseignants candidats ceux qui adhèrent au projet. Les personnels déjà présents localement ont priorité, mais ils disposent également d’un droit de refus et le ministère s’engage alors à leur faire d’autres propositions.

Le modèle proposé : l’établissement-projet

Chaque établissement scolaire est autonome, dirigé par un Conseil d’établissement dominé par les parents et les enseignants.

L’essentiel de l’enseignement est assuré par trois acteurs : des enseignants bien sûr, qui font cours, “coachent” les autres et assurent la cohérence d’ensemble ; des professionnels et experts (parmi lesquels des parents d(élèves) ; et les élèves eux-mêmes qui travaillent en équipe, assistent les plus jeunes, etc.

Des dispositifs numériques étendent les possibilités offertes : téléprésence pour certains élèves à certains moments, accès à des cours non dispensés localement (ou tout simplement, aux cours que chaque élève préfère), travaux collectifs, accès à des ressources documentaires et des outils (statistiques, simulation…). Les élèves disposent également d’outils communs de production, de collaboration et de publication.

Les écoles sont reliées au reste de leur communauté, en particulier aux “tiers lieux” locaux où se déroulent des apprentissages plus informels. Elles fonctionnent elles-mêmes comme des tiers lieux accessibles à la population, en particulier en dehors des heures de cours. Les médiathèques, maisons des jeunes et autres centres communautaires étendent partout dans le territoire le réseau de l’école : les élèves peuvent venir y travailler ou y réaliser des projets, ceux qui fréquentent ces lieux peuvent profiter des ressources de l’école quand elles sont disponibles : des machines, des paillasses, voire du temps d’enseignants volontaires ou de l’infirmier scolaire. Même les entreprises locales travaillent avec l’école, accueillant des élèves et mettant certains de leurs professionnels à disposition.

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Groupe C : l’école apprenante enracinée dans sa communauté

Un ensemble de valeurs et d’images

  • Une école qui joue un rôle différent, adapté à la situation de chaque élève.

  • Des parcours d’apprentissage choisis, non linéaires, “Lego”.

  • Un personnel enseignant libéré des carcans nationaux, moins centré sur les “dispositifs” et plus sur l’élève.

  • Un éclatement des lieux, qui ne signifie pas leur disparition mais leur diversification

  • Une diversification des groupes, des horaires : fin de l’école “8 à 5” (8h-17h pour les Français).

  • La fin d’un modèle unique, mais pas au profit d’un modèle de type home schooling : le caractère équitable, inclusif, du nouveau modèle est essentiel. L’école ne sera stimulante que si elle procure également l’expérience de la diversité.

  • Une école “apprenante”, en constant renouvellement, et régulatrice des pratiques apprenantes de ses membres : tout y est a priori possible, mais on évalue au fur et à mesure.

  • Des communautés d’apprentissage, autour d’un noyau formé par l’équipe enseignante, mais qui ne s’y limitent pas : y participent des intervenants extérieurs, des professionnels, les parents et les élèves eux-mêmes.

  • Une gouvernance associant les parties prenantes, chaque école devenant une “coopérative” en réseau avec les autres.

Le modèle proposé : une école apprenante, enracinée dans sa communauté

L’Ecole s’éloigne d’un modèle industriel fondé sur la normalisation de parcours d’apprentissage linéaires, et tout l’appareillage qui l’accompagne : programmes, classes, évaluation, orientation, etc.

Pensées comme des “organisations apprenantes”, les écoles deviennent des lieux où l’interaction organisée et évaluée entre enseignants, élèves, ressources et autres parties prenantes produit du savoir. Les différences entre savoirs et compétences, entre la formation de professionnels et de citoyens, apparaissent vides de sens : on acquiert et on produit sans cesse tout cela à la fois.

Pour réussir cela, plusieurs facteurs-clés doivent cependant être réunis :

  • Une forte autonomie des établissements, dirigés par leurs équipes enseignants en lien étroit avec les autres parties prenantes, y compris les élèves.

  • Des outils et méthodes pour aider les élèves à construire et adapter leur parcours d’apprentissage, et pour en faire la base de l’interaction avec les enseignants et de l’évaluation.

  • Un changement de posture des enseignants, guides, “coaches”, évaluateurs, médiateurs...

  • Un développement professionnel continu des enseignants eux-mêmes.

  • Des approches pédagogiques innovantes et diverses.

  • Des outils technologiques facilitant ces transformations.



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