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1. Transitions, repères et éléments de définition

Dernière mise à jour le le 17 avril 2015 par Manon Molins Commentaires (1)

 image Wiki des Transitions

Sommaire

 

1. Transitions, éléments de définition

1.1. Préambule, transition selon le wiktionnaire
1.2. Histoire accélérée du mot "Transition" dans les sciences sociales et les politiques publiques
1.3. Qu’entend-on au fond par “Transition” ?
1.4. Trois manières de modéliser les “transitions socio-techniques”

  • 1.4.1- Le modèle des “Dynamiques de transition”
  • 1.4.2- Une approche par le “métabolisme social”
  • 1.4.3- L’approche “cyclique” du mouvement des Villes en Transition

1.5. Rapides repères bibliographiques

  • 1.5.1 - Sur l'idée de transition
  • 1.5.2 - Candidats au statut de modèles post-transition
  • 1.5.3 - Méthodologies de transition, conduite du changement
  • 1.5.4 - Quelques articles pour entrer dans le sujet

1.6. Lexique du cycle "Transitions"


1. Transitions, éléments de définition >>>

2. Grandes transitions
3. Numérique et transitions

 

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 1. Transitions, éléments de définition

 

1.1 - La transition en définition (extrait du wiktionnaire)

 

transition /tʁɑ̃.zi.sjɔ̃/ féminin

1. Action de passer d’un état à un autre. (...)

2. Liaison entre les parties d’un discours, d’un ouvrage.

  • Transition heureuse, ingénieuse.
  • Il passe sans transition d’un sujet à un autre.

3. Passage d’un régime politique, d’un état de choses à un autre.

4. (Philosophie) Dans la terminologie marxiste, phase de l’évolution d’une société, plus ou moins rapide et plus ou moins violente, préalable au communisme.

1.2 - Histoire accélérée du mot “Transition” dans les sciences sociales et les politiques publiques

 

  • Karl Marx décrit la transition comme le passage d’un mode de production (= forces productives + rapports sociaux de production) à un autre, dans une vision où l’histoire a un sens. En se développant, les forces productives entrent de plus en plus en contradiction avec les rapports sociaux de production qui n'évoluent pas au même rythme. Au-delà d'un certain seuil, le système est bloqué. Une époque de révolution sociale débute qui a pour fonction de faire disparaître les rapports de production anciens pour permettre le développement de rapports plus conformes au niveau atteint par les forces productives.

  • Maurice Godelier retravaille Marx à la faveur de l’observation, à la fois des transitions passées vers le socialisme, des transitions (en sens inverse ?) des économies socialistes vers le capitalisme à la fin du XXe siècle et de la transition au capitalisme au sein de diverses sociétés locales d'Europe, d'Amérique latine, d'Asie et d'Océanie. Il montre comment le développement de la production marchande et de l'usage de la monnaie décompose d'anciennes formes d'organisation sociale qui peuvent disparaître entièrement, végéter pendant des siècles dans un faux archaïsme ou se réorganiser sur d'autres bases fournies par le capitalisme lui-même.

  • Toujours dans des perspectives “développementalistes” plus ou moins affirmées, on verra émerger dans les années 1970-1990 :

  • L’idée de transition démographique, depuis des sociétés primitives à forte natalité et forte mortalité, vers des sociétés avancées où natalité et mortalité sont toutes deux basses - en passant par une phase de forte croissance démographique au moment où la baisse de la mortalité (surtout infantile) précède celle de la natalité.

  • Les idées de “transition démocratique” et “transition économique”, deux approches à la fois politiques et techniques (avec des pondérations variables) de l’évolution de sociétés autoritaires et d’économies planifiés vers des sociétés démocratiques et des économies de marché : quelles étapes suivre, à quelle vitesse ? Quelles infrastructures construire ? Que faire des formes anciennes, des classes dominantes installées ?...

Dans La Grande Transformation (1944), Karl Polanyi adopte une autre perspective où il démontre que la “société de marché” n’est qu’une des formes possibles d’organisation économique, la seule dans laquelle l’économie se “désencastre” des autres institutions sociales. Il montre également que sa victoire est récente et historique (elle est le produit d’acteurs concrets et non de forces évolutionnistes abstraites) - et qu’elle produit de tels déséquilibres qu’elle ne peut que céder la place (plus ou moins violemment) à un autre régime. Du point de vue qui nous intéresse, l’intérêt de Polanyi est de montrer qu’il est possible d’influer sur un grand système social, que la direction dans laquelle il évolue n’est pas écrite d’avance.

A la même époque, le psychologue américain Kurt Lewin (à qui l’on doit aussi la “dynamique de groupe”) formalisait une vision du “changement” comme un processus en trois étapes :

  • “Décristallisation” (comprendre la nécessité du changement et s’apprêter à sortir de sa “zone de confort”)

  • “Changement” - ou “Transition” (la transition étant aussi le voyage intérieur et production du et réaction au changement), l’étape la plus difficile

  • “Recristallisation”, réinstallation dans le nouvel état d’esprit et retour à une “zone de confort” dans un état différent de celui de départ.

L’intérêt de Lewin consiste à considérer le changement comme un processus indépendant de sa finalité. La “conduite du changement” dans les organisations vient de là.

  • Dans les années 1970, la “transition” s’assimile progressivement à la “transition écologique” ou “énergétique”

  • Le Rapport Meadows (Club de Rome) de 1972, Halte à la croissance !, en appelle à une “grande transition” depuis un régime de croissance vers un équilibre global - mais sans trop décrire le chemin.

  • Pour y répondre, le rapport Interfuturs de l’OCDE, piloté par Jacques Lesourne, conceptualise la “transition énergétique”, présentée comme un long passage d’un système appuyé sur le pétrole à un autre - mais qui ne remet plus en question la croissance. La différence entre “transition écologique” et “transition énergétique” naît à ce moment-là et ne fait que s’approfondir depuis, pour devenir un gouffre.

  • Le rapport Bruntland de 1987, commandé par l’ONU, invite à une transition collective et concertée vers un “développement durable”, sur la base d’un ensemble de principes : aller aux sources des problèmes ; s’occuper des répercussions de toutes nos actions sur l’environnement et les ressources naturelles ; informer le public ; une déclaration universelle et des mécanismes mondiaux de protection de l’environnement ; investir sur l’avenir…

  • Les démarches mondiales (Rio, Kyoto…), nationales (Grenelle de l’Environnement…) et locales (Agenda 21…) découlent de ce mouvement (et de ses contradictions).

 

1.3 - Qu’entend-on au fond par “Transition” ?

 
"Par transition on désigne aujourd’hui une phase très particulière de l’évolution d’une société, où celle-ci rencontre de plus en plus de difficultés, internes et/ou externes, à reproduire le système économique et social sur lequel elle se fonde et commence à se réorganiser, plus ou moins vite ou plus ou moins violemment, sur la base d’un autre système qui finalement devient à son tour la forme générale des conditions nouvelles d’existence." Maurice Godelier

 D’un point de vue générique, la “transition” d’un système socio-technique désigne à la fois :

  • Son passage d’un état “stable” (en fait, d’équilibre dynamique lié à l’interaction constante des acteurs et des artefacts qui le composent) à un autre - on dit d’un “régime” à un autre ;

  • Le processus complexe de déstructuration et de transformation qui mène d’un état à l’autre.

La “transition” intervient en réponse à un “problème persistant” à l’échelle du système, dont les symptomes deviennent de plus en plus apparents et qui est : complexe ; profondément enraciné dans nos sociétés ; difficile à appréhender ; difficile à gérer du fait de la pluralité des acteurs concernés ; incertain. Dans la mesure où elle concerne un système, elle concerne plusieurs échelles et plusieurs domaines à la fois :

  • Les structures : physiques, économiques, institutionnelles

  • La culture : valeurs collectives, normes, représentations, visions d’avenir

  • Les pratiques : routines productives, comportements, manière d’être et réflexivité...

La plupart des modèles décrivent peu ou prou une “courbe en S” qui divise les transitions en 4 phases :

  • “Prédéveloppement” : le système paraît stable, les facteurs de changement sont à l’oeuvre mais non visibles.

  • “Décollage” : les forces de changement parviennent à arracher le système à l’inertie. Cette phase peut avorter si la pesanteur s’avère beaucoup plus puissante que la poussée du changement.

  • “Accélération” : accumulation de changements “locaux” qui interagissent entre eux et produisent des effets de diffusion, d’apprentissage collectif.

  • “Stabilisation” : émergence d’un nouveau “régime”.


Les étapes d’une transition et les différents chemins possibles

Source : Jan Rotmans, “Societal Innovation: between dream and reality lies complexity”, 2005

 

A noter que la régularité du processus de transition apparaît beaucoup plus forte à une échelle relativement élevée qu’à une échelle “micro” où elle paraît nécessairement plus hachée...

 

Il s’agit alors de savoir :

  • Pourquoi et sous l’effet de quelles forces l’état du système cesse à un moment d’être “soutenable”,

  • Dans quelle direction évolue le système,

  • À quelle(s) échelle(s), dans quel(s) sous-système(s) se produisent les changements,

  • Qui sont les acteurs des changements,

  • Quelles actions sont possibles pour orienter, réguler… les changements aux différentes échelles.

 

Qu’est-ce qu’un “système complexe” ?


Les analyses de la “transition”, du moins celles qui nous intéressent ici, s’intéressent à l’évolution de “systèmes complexes” : une société tout entière, une économie, un écosystème, un territoire, une fonction sociale précise (ex. la mobilité, la fourniture d’énergie)...

Ces systèmes ont fait l’objet de nombreuses études depuis quelques décennies et il est important d’en comprendre les caractéristiques essentielles.


D’abord, une définition empruntée à Joël de Rosnay :

“Un " système complexe" fait intervenir cinq principaux facteurs bien identifiés.

  1. Il est constitué d’éléments ou " agents " en interaction (les êtres humains sont des agents sur un marché, les fourmis sont des agents dans une fourmilière, etc.).

  2. Il se caractérise par les très nombreuses relations qui s’établissent entre ces éléments ou ces agents (notamment par le langage, les symboles, la communication).

  3. Il se compose de plusieurs niveaux hiérarchiques (de complexité croissante ou décroissante). Ces niveaux hiérarchiques (ou ces relations) peuvent former des réseaux interdépendants (ou intercommunicants), comprenant, aux nœuds de chaque réseau, des éléments ou des agents qui vont interagir.

  4. Il adopte un comportement dynamique dans le temps, un comportement non linéaire.

  5. Il possède une capacité d’évolution dans le temps et, éventuellement, d’évolution vers une complexité croissante, en particulier lorsqu’il a des capacités de reproduction qui permettent à une amélioration de se généraliser.

Pour matérialiser la définition d’un système complexe, prenons l’exemple de la cellule vivante. Celle-ci est composée de très nombreux éléments : des molécules, des macromolécules, etc., en constante interaction. La cellule peut se maintenir, évoluer ou disparaître. L’organisme vivant (l’organisme humain par exemple) est composé de soixante mille milliards de cellules, mais aussi de réseaux de communication (le système nerveux, le réseau de défense, c’est-à-dire le système immunitaire, le système de transfert d’énergie, notamment par l’intermédiaire du système sanguin, le système hormonal...). Ces éléments sont en interaction les uns avec les autres. Il y a donc bien interaction, réseaux et complexité globale.”


Quelques notions essentielles sont à connaître parce qu’on les retrouvera plus loin :

  • Adaptivité : un système complexe peut s’ajuster lui-même en réponse à son environnement. Proche de la résilience : capacité d’un système à affronter des perturbations extérieures tout en préservant sa structure fondamentale (ce qui ne signifie pas qu’il revient à son état initial).

  • Auto-organisation et émergence : des propriétés et des structures cohérentes apparaissent sans planification ni impulsion extérieure.

  • Récursivité : les éléments modifient collectivement leur environnement, qui en retour va modifier leurs états ou comportements possibles.
    Conséquence de ces deux propriétés : dans un système complexe, connaître les propriétés et le comportement des éléments isolés n'est pas suffisant pour prédire le comportement global du système.

  • Co-évolution : un système évolue avec son environnement et fait évoluer son environnement. Cela revient à dire qu’un système fait (presque) toujours partie de systèmes plus larges et intègre (presque toujours) des structures qui fonctionnent comme des sous-systèmes.

 

 

1.4 - Trois manières de modéliser les “transitions socio-techniques”

 

Il existe aujourd’hui trois modèles dominants de description des “transitions” socio-techniques et sociétales.

 

1.4.1- Le modèle des “Dynamiques de transition”

Issu des travaux pragmatiques du Knowledge Network for System Innovations and Transitions néerlandais (KSI), ce modèle très orienté vers l’action (en l’espèce, la transition écologique des Pays-Bas) décrit les changements de “régimes” à partir d’un modèle qui distingue 3 “niveaux” :

  • Le “paysage” global, sur lequel le système concerné n’a pas ou a peu de prise : par exemple, l’environnement écologique ou économique planétaire, certaines grandes tendances démographiques…

  • Les “régimes”, arrangements socio-techniques cohérents et “métastables”

  • Les “niches”, des espaces qui se développent en marge du régime et où apparaissent les innovations radicales. Protégées de l’élimination darwinienne qui prend place au sein du “régime”, ces innovations peuvent se développer et produire de l’apprentissage collectif.

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Les évolutions du “paysage” et des “niches” peuvent avoir avec le “régime” une relation symbiotique (qui nourrit et stabilise le régime) ou compétitive. Les transitions peuvent alors se produire sous l’effet combiné de trois forces, dont l’une ou l’autre peut être dominante :

  • Les pressions du “paysage”, qui rendent non viables certaines caractéristiques du “régime”. La pression peut être progressive ou violente (“macro-meso”, ou “top-down” ;  exemple : l’épuisement plus ou moins brutal de certaines ressources naturelles) ;

  • L’agrégation d’innovations apparues dans les niches, qui toutes ensemble se coordonnent, font masse et se substituent à l’ancien “régime” (“micro-meso” ou “bottom-up” ; exemple : le web) ;

  • L’intégration des pressions et des nouveautés par le régime lui-même, qui finit par le faire évoluer de l’intérieur (“meso-meso” ; exemple : l’agriculture biologique, désormais intégrée dans les circuits de distribution alimentaire)

 

Description multi-niveaux des transitions

Source : Frank W. Geels, Johan Schot, “Typology of sociotechnical transition pathways”, Research Policy, 2007

 

L’approche néerlandaise propose également une typologie des transitions qui distingue 8 formes de transition à partir de 3 critères :

  • L’intention : transition téléologique (intentionnelle, orientée vers un but prédéfini) ou émergente

  • Le niveau de coordination des acteurs : élevé ou faible

  • Le niveau d’agrégation : élevé (jusqu’à l’échelle de toute une société) ou faible


Une typologie des transitions

Source : Jan Rotmans, “Societal Innovation: between dream and reality lies complexity”, 2005

 

1.4.2- Une approche par le “métabolisme social”

 

L’approche dite “viennoise” (issue de l’Institut d’écologie sociale de l’université Alpen-Adria), clairement focalisée sur des niveaux élevés de systèmes sociaux et de “transitions” de nature historique, considère que les transitions résultent de la déstabilisation d’un “régime socio-métabolique”, entendu comme l’interaction à l’échelle du “paysage” (macro) entre deux systèmes : la “société” et la “nature”.

  • La “société” est d’abord un système de communication qui produit lui-même les éléments de sa propre cohérence et de sa propre évolution (il est “autopoïétique”)

  • La “nature” est la base matérielle avec laquelle la “société” interagit et qui fournit à la société sa subsistance.

 

Les deux systèmes co-évoluent : la nature réagit aux actions de la société, qui réagit à son tour de manière appropriée ou non, et le cycle se reproduit jusqu’à parvenir à un équilibre (dynamique).

Dans une perspective historique, toutes les transitions passées ont correspondu à une forte augmentation du “profil métabolique” de la société, c’est-à-dire de sa consommation d’énergie (alimentation comprise) et d’autres matériaux.

D’où le caractère particulier de la transition qui s’annonce : la société n’aurait plus la ressource d’augmenter son profil métabolique - au contraire, elle doit cette fois le réduire...


Source : Fischer-Kowalski, M., and J. Rotmans. 2009. Conceptualizing, observing, and influencing social–ecological transitions. Ecology and Society 14(2)

 

1.4.3- L’approche “cyclique” du mouvement des Villes en Transition

Plutôt inspirée par les sciences du vivant, l’écologie et la pratique de la permaculture dont provient son initiateur Rob Hopkins, le mouvement des Villes en Transitions adopte une vision “cyclique” du développement des écosystèmes et des transitions qu’il rend nécessaire. Formalisée par C.S. Holling, celle-ci se fonde sur 3 propriétés des systèmes :

  • Le potentiel de changement (le champ des options possibles pour un système donné) ;

  • Le degré d’interconnexion entre entre les variables et processus internes de contrôle du système et l'extérieur - et par conséquent la sensibilité aux évolutions extérieures ;

  • La résilience : la vulnérabilité aux chocs inattendus et non prévisibles. La résilience dépend en particulier de la diversité des composants du système et de leur interconnexion : si elles sont toutes deux élevées, le système disposera de très nombreux moyens de s’ajuster en cas de choc.

Le cycle adaptatif (Gunderson and Holling 2002)

Source : Lance H. Gunderson, C. S. Holling, Panarchy: Understanding Transformations in Human and Natural Systems, Island Press, 2002

 

Le cycle connaît 4 phases types :

  • Phase d’”exploitation” : en début de cycle, les ressources sont aisément accessibles, la croissance est forte, le potentiel de changement faible et le système n’a pas de mal à être résilient. C’est une phase courte.

  • Phase de “conservation”, beaucoup plus longue : elle consiste en un lent stockage de matière et d’énergie. La connectivité croît pour rendre toujours plus efficace la mobilisation de ressources, jusqu’à un optimum qui devient rigide. Le potentiel de changement devient alors maximum et la résilience, minimale.

  • Phase de “relâche” ou de destruction créative : le système relâche brutalement son énergie et sa matière à la suite d’un choc externe ou interne. La connectivité se réduit fortement, de nouvelles expérimentations émergent de partout.

  • Phase de “réorganisation” : une phase de forte innovation dans le réarrangement entre les éléments du système. De très nombreux processus entrent en compétition les uns avec les autres jusqu’à ce que certains soient sélectionnés pour leur efficacité dans l’utilisation des ressources. Cette phase se termine lorsque le potentiel de changement se réduit de nouveau alors que quelques processus émergent et vont engager la phase d'exploitation. Ainsi, les innovations qui avaient débuté et réussi en “taches de léopard” se rejoignent pour former un ensemble homogène, un écosystème naissant.
    A noter que le passage à la nouvelle phase d’exploitation peut s’accompagner d’une fuite de matière et d’énergie qui peut entraîner des changements irréversibles dans le système.

 

1.5 - Rapides repères bibliographiques

 

1.5.1 - Sur l’idée de « transition »

Aurélien Boutaud, Philippe Jury, 2012
Pour faire face aux défis écologiques et sociaux du 21ème siècle, une mutation des systèmes économiques et sociotechniques semble de plus en plus inévitable. C’est dans le cadre d’une réflexion sur ces transformations radicales que, depuis quelques années, la notion de transition s’est progressivement invitée dans les débats publics. Au moins deux courants de pensée utilisant le terme de transition se sont ainsi développés au cours des années 2000 : l’un né aux Pays-Bas et issu des sciences politiques, qui a donné naissance au transition management ; l’autre apparu dans les pays anglo-saxons, davantage issu de la société civile et des mouvements écologistes, qui a abouti au mouvement des « initiatives de transition ».

Philippe Destatte, 2013
“Ainsi, la question de la transition vers le développement durable est-elle avant tout, une question de gouvernance, idée qui constituait la conclusion du séminaire parisien. Non dans le sens de la dégradation du gouvernement, y notait Françoise Roure, présidente de la section "Technologies et Société" du Conseil général des Technologies de l’Information, mais dans le sens de partage du pouvoir avec les acteurs.
Qu’attendons-nous encore pour avancer à la vitesse supérieure ? Probablement moins d’idéologie et davantage de jeu collectif et d’horizon commun.”

1.5.2 - Candidats au statut de modèle post‐transition

Bottom-up, the new type of enterpreneurs are experimenting with new types of open business models, which recognize the characteristics of the commons. But this will not be enough, restoring the value loop between value creation and value realization will be the key challenge of the phase transition.

“A free, libre and open knowledge society therefore essentially means organizing every sector of society, to the maximum degree possible, into open knowledge commons, i.e. the availability of common pools of knowledge, code and design that are acceptable to all citizens and market entities, to create dynamic and innovative societies and economies, where knowledge is available without discrimination to all who need it to develop their civic and economic activities.”

Jeremy Rifkin annonce la “révolution collaborative”

Après avoir prédit la fin du travail et la troisième révolution industrielle, le prospectiviste Jeremy Rifkin annonce rien de moins que le déclin du capitalisme, éclipsé par l'Internet des objets et l'économie solidaire.
« The Zero Marginal Cost Society » (Jeremy Rifkin, Palgrave Macmillan, 368 pages, 22,96 euros)
Article des Echos

“A new study partly-sponsored by Nasa's Goddard Space Flight Center has highlighted the prospect that global industrial civilisation could collapse in coming decades due to unsustainable resource exploitation and increasingly unequal wealth distribution.”

 

1.5.3 - Méthodologies de transition, conduite du changement

Management de la transition
La référence par l’un des leaders intellectuels du mouvement : Jan Rotmans, “Societal Innovation: between dream and reality lies complexity”, 2005

Auteur(s) : Paul-Marie Boulanger


Le transition management (TM) unit deux éléments : un corps de concepts et d’hypothèses pour l’analyse et l’explication du changement et de l’innovation sociotechniques et un ensemble de principes et des méthodes pour la gouvernance de ce type de changement.
La notion de transition y joue un rôle central. Elle est défi nie comme un processus de transformation au cours duquel un système complexe passe d’un état d’équilibre dynamique (un régime) à un autre régime. De façon générale, cette transition résulte de l’apparition de multiples changements qui se produisent simultanément à différents niveaux et dans différents secteurs de la société (la technologie, l’économie, les institutions, les comportements, la culture, l’écologie...) et qui se renforcent et s’amplifi ent mutuellement jusqu’à entraîner - en cas de transition réussie - une reconfi guration globale du système considéré.

Mémoire de master de Stephane Cassiman (Université libre de Bruxelles), 2007
Ce mémoire s’attache à donner un aperçu d’un corpus théorico-pratique appelé Management de Transition vers la Soutenabilité (MTS), tel que développé au Pays-Bas, notamment par les chercheurs du Dutch Research Institute for Transition (DRIFT), et qui affirme s’inscrire dans deux courants récents des sciences sociales : l’« économie écologique » et la « politique réflexive ». L’approche théorique (transition research) et pratique (transition management) du MTS est aussi, en particulier, fondée sur la théorie des systèmes et la théorie de la complexité, deux disciplines sur lesquelles nous ne pourrons pas nous étendre. 

 

1.5.4 - Quelques articles pour entrer dans le sujet

 

1.6 - Lexique utilisé pour le cycle Questions Numériques "Transitions"

  • TRANSITION : Pour un système complexe, passage d’un état stable devenu incertain à un nouvel état stable
  • MODÈLE : Description de l’état d’un système proposé comme référence. ex : “flexisécurité”, “tous entrepreneurs”...
  • HORIZON : Perspective désirable
  • CHEMIN : “Comment on y va ?” : étapes, modalités, temporalités de la transformation

 

 

 

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