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Préface de Thérèse Laferrière

FuturEduc, imaginer l'école pour tous à l'ère numérique

Point de vue de Thérèse Laferrière

Les trois visions partagées qui résultent de la convergence des perspectives éducatives d’acteurs français, suisses et québécois sur l’école pour tous à l’ère numérique sont audacieuses, exigeantes et engageantes. Elles reposent sur le besoin de connaître, sur la curiosité naturelle de l’apprenant pour qui il devient de plus en plus facile d’obtenir, sur demande, de l’information et qui a accumulé les réussites. Elles questionnent les pratiques courantes, celles des métiers d’enseignant et d’élève. Elles orientent la prise de décision, individuelle et collective, et propulsent les professionnels de l’éducation vers de nouveaux arrangements physiques et sociaux.

Ces visions dépassent celle qui se veut uniquement axée sur l’accès physique à l’équipement (entendre un écran numérique) et à une connexion internet stable et rapide afin d’accéder, du lieu de la classe et hors de celle-ci, à des ressources éducatives. Bien que cette vision soit nécessaire pour faire reculer la fracture numérique à son premier niveau même, elle ne suffit pas. Ce sont les usages qui comptent et les trois visions proposées incitent, en matière d’accès, aux deux actions suivantes : 1) faire sauter les règles et les politiques qui interdisent, ou limitent grandement, l’accès à l’écran numérique en salle de classe, soit-il grand ou petit; 2) installer, de préférence de manière participative, des règles de classe et des politiques d’école concernant les usages des équipements et de la connexion internet.

La fracture numérique de deuxième niveau, celle qui concerne les usages en salle de classe, ne se révèle dans toute son ampleur que lorsque tous les élèves ont leur écran numérique et que la connexion internet est stable. Ainsi, il est plus exigeant pour l’enseignant de rompre la routine du « faire faire la même chose en même temps », une pratique qui peut s’avérer d’ailleurs gourmande en bande passante aux moments de pointe. L’élève qui passe en mode de communication bidirectionnelle, avec l’enseignant et avec des pairs, se retrouve lui aussi en situation où il se voit obligé de donner plus qu’à l’accoutumée. À la longue, il s’en fatigue. L’enseignant doit être à l’affût de nouveaux arguments et de nouvelles possibilités, ancrer ses choix pédagogiques ainsi que les intérêts et buts d’apprentissage des élèves dans le programme scolaire en application, voire faire preuve de connaissances théoriques et pratiques pour convaincre les autorités et les parents. Rares sont encore les résultats de recherche qui appuient leurs choix puisque ceux-ci sont relatifs aux pédagogies mises de l’avant et aux contextes où elles se produisent.

Des enseignants en exercice sont stimulés par un tel défi. Toutefois, agir seul ou à contre-courant est énergivore. Puisque la présence du numérique dans la vie d’étude et de travail, comme dans la vie citoyenne, ne fait que s’amplifier, des collaborations sont requises pour faire avancer, au bénéfice des apprentissages des élèves, les usages des technologies et des ressources numériques en salle de classe. Les auteurs du présent document nous le rappellent. Ils insistent aussi sur l’importance d’être en projet. De plus, leur proposition de double certification est une idée prometteuse. Ce faisant, ils ont mis leur propre agentivité au service des systèmes éducatifs qui veulent renforcer leur capacité collective à s’exécuter de manière stratégique à l’ère numérique.

Thérèse Laferrière, Québec

Professeure titulaire à l'Université Laval
Chercheure principale du réseau PÉRISCOPE
Directrice du CRIRES
Co-dirige le volet recherche de l'initiative École éloignée en réseau en tant que chercheure associée au CEFRIO
Chercheure associée à l'Institut Technologies de l'information et Sociétés (ITIS, Université Laval) et à l'Institute for Knowledge Innovation and Technology (IKIT, Université de Toronto)
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