Open Data

Open Data

Ouvrir les données et après ?


Articles connexes

Guide pratique de l'ouverture des données publiques territoriales
Comment cataloguer des données publiques ?

Comment cataloguer des données publiques ?

Le Guide pratique que nous avons publié il...
CGU de l'APIE, deux axes de progrès

CGU de l'APIE, deux axes de progrès

L'APIE a publié voilà quelques mois...

La culture est-elle le parent pauvre de l'open data ?

Les initiatives « open data » dans le monde de la culture semblent en effet encore peu fréquentes.

La Suède montre l'exemple avec cette base de données nationale de 3,4 millions d'objets, issus de musées nationaux et régionaux :

Swedish Open Cultural Heritage, disponible sur le portail Ckan. Second exemple important, le Museum d'Amsterdam a ouvert une base de 70 000 objets, également disponible sur le Ckan, sous la forme d'une base de données liées (Linked Open Data). De son côté, le Brooklyn Museum a choisi d'ouvrir ses données sur la base d'une API propriétaire et via le protocole standard OAI-PMH.

On voit encore quelques initiatives plus modestes, mais non dénuées d'intérêt, comme celle de la commission du film de San Francisco qui a ouvert une base de données des lieux de la ville utilisés dans des scènes de cinéma -- un des jeux de données les plus populaires de la ville ! A Badalona (215 000 habitants, au nord de Barcelone), c'est l'agenda culturel de la ville -- collecté auprès des institutions et associations locales -- qui est ouvert. A propos de ce dernier exemple, je pense intuitivement qu'il doit exister d'autres initiatives qui intègrent les données de la programmation culturelle du territoire mais je n'en pas trouvé d'autres à ce jour -- n'hésitez pas à en signaler.

En France il faut bien dire qu'on ne trouve pas grand chose. Data-publica relève 11 jeux de données relatifs à la culture : 9 sont issus du CNC et portent sur des statistiques du marché du cinéma et de la vidéo ; un jeu porte sur des statistiques INSEE des postes salariés dans la culture en 2008 et un dernier porte sur les statistiques des prêts dans les bibliothèques de la ville de Paris.

A venir, on attend avec impatience l'initiative de Marseille-Provence 2013 qui a promis que la programmation de l'évènement serait toute entière en open data. Et on me souffle dans l'oreillette que plusieurs institutions culturelles rennaises d'importance s'apprêtent à ouvrir leurs données dans les prochains mois. (Rennes n'en finit pas d'innover sur ce sujet.)

Cette situation de relative pauvreté est d'autant plus étonnante que le monde de la culture a une longue tradition d'indexation et de catalogage de ses données. Les musées, par exemple, ont constitué d'immenses catalogues de données dont la consultation est possible parfois en ligne, souvent sur place. En France les bases de données et les inventaires patrimoniaux pullulent : œuvres muséales, patrimoine bâti, etc., à toutes les échelles administratives (communes, départements, régions, État). Plus encore, les institutions culturelles ont produit depuis de longues années des outils et standards qui facilitent l'échange de données entre elles (formats de bibliothéconomie, outils de catalogage, de transmission et d'agrégation, etc.) – ces outils, pour beaucoup, permettent d'ailleurs nativement d'exposer des données structurées sur le web et de les ouvrir. Enfin, l'accès à la culture, la culture pour tous sont des problématiques anciennes et qui ont fait l'objet de nombreuses politiques et initiatives.

Le monde de la culture est aussi un monde de lieux dont le financement est souvent justifié par la fréquentation : cela pourrait-il expliquer que les acteurs soient frileux à ouvrir leurs données ? L'équation théorique "données ouvertes = moins de visiteurs" nous est en effet souvent opposée par les professionnels de la culture. La fréquentation du Louvre a-t-elle baissée à la suite des milliards de publications de l'image de la Joconde et autres oeuvres ? Nous pensons que l'ouverture des données peut au contraire contribuer à valoriser les lieux et augmenter leur fréquentation.

Il faut aussi dire que la législation n'encourage pas le changement puisque la loi de 1978 permet aux acteurs publics de la culture d'exclure de son champ les données culturelles -- bien qu'en réalité la situation ne parait pas si simple. Certains acteurs publics ou grands fonctionnaires ont tout de même pris conscience du sujet. Certains d'entre eux avancent une politique volontariste comme en témoigne les contenus (oui... oui... pas encore des données) du catalogue Gallica de la BNF qui, de leur propre aveu, s'inscrivent dans le cadre de la loi de 1978. Le rapport Ory-Lavollée, "Partager notre patrimoine culturel" remis en 2009 au ministère de la culture présente de son côté de très bonnes propositions pour une "charte de diffusion et de la réutilisation des données publiques culturelles numériques". Le ministère met sans doute un peu de temps pour digérer ces propositions mais la création d'une équipe dédiée au sujet est un encouragement. La doctrine du ministère se construit et se communique progressivement notamment sous l'égide du c/blog qui lui consacre une rubrique dédiée avec des articles encourageants sur la volonté de promotion des données publiques, sans toutefois dévoiler une politique encore bien claire : "Plusieurs hypothèses sont aujourd'hui mises à l’étude afin d’élaborer pour les données publiques culturelles des conditions de réutilisation qui concilient la spécificité liée à la nature même de ces données et conservent une approche en phase avec la typologie des usages et des pratiques de l’Internet". On s'interrogera notamment sur la vision notamment très économique que suggère le titre de ce dernier article "Valorisation des données publiques culturelles, moteur d’une économie numérique".

De leur côté, certains collectifs, associations de la société civile commencent prendre le sujet en main. Ainsi de l'Open Knowledge Fondation qui a créé un groupe sur les données bibliographiques ouvertes et qui publie cet Open Bibliographic Data Flyer. Wikimedia France, de son côté, a organisé fin 2010 deux journées très complètes sur ses rapports avec le secteur culturel où le thème des données ouvertes a été largement abordé. Dans un long interview chez Owni, Bastien Guery revient en particulier sur trois projets emblématiques initiés avec le Museum de Toulouse, les Archives de Toulouse et la BNF -- portant plus sur des documents que sur des données, mais ce sont des initiatives encourageantes.

Voici donc quelques liens au départ qui se sont transformés en un long article sans doute encore incomplet. Compléments bienvenus.

(Merci Claire Gallon et David Larlet pour m'avoir signalé quelques exemples.)

 

Charles Nepote

Charles Nepote

Directeur du programme

Commentaires


Vous devez vous identifier pour ajouter un commentaire.
Veuillez vous identifier, ou créer un compte.

Conception & réalisation : Facyla ~ Items International

Plateforme construite avec le framework opensource Elgg 1.8