FuturEduc

FuturEduc

Imaginer l’Ecole pour tous à l’ère numérique


 

 

Rédiger les examens de fin d'année avec sa tablette: une tendance lourde ?

On apprenait récemment par le biais d'un article publié dans le journal pour lequel je travaille que certains «élèves peuvent maintenant rédiger leurs examens de français du ministère de l’Éducation [du Québec] en utilisant leur iPad.» Il me semble qu'il s'agit ici d'une de ces pratiques "en rupture" qui est intéressante à analyser...

Le fait que la possibilité n'existe que pour certains élèves, alors qu'elle n'est pas généralisée/accessible pour tous fait réfléchir. Il s'agit d'un examen unique... alors comment comparer les résultats de ceux qui semblent pourvoir bénéficier d'un certain support avec ceux des autres élèves, dans ces conditions ?

Mais là n'est pas le principal objet d'attention.

Dans l'article, on peut lire comment on semble justifier la décision prise par le ministère:

« "C’est l’outil qu’ils utilisent [les élèves] dans la vie de tous les jours. Pour nous, c’était logique de leur permettre aussi pendant les examens", explique Sébastien Guy, directeur des services pédagogiques au Juvénat Notre-Dame, une école secondaire privée de Lévis où plusieurs élèves possèdent une tablette. »

S'ils apprennent à l'aide d'une tablette, il paraît logique de croire qu'il est normal que les apprentissages des élèves soient évalués en tenant compte de ce même soutien. Dans plusieurs fonctions d'emploi, ils auront également accès à leur tablette...

Un détail pas banal à considérer est celui de l'application disponible dans la tablette numérique [Antidote Ardoise] qui ne semble pas donner de potentielles "réponses" à l'examen de français. Mais ce n'est pas claire que certaines erreurs potentielles ne soient pas soulignées.

Ce qui est intéressant dans les enjeux soulevés par la dérogation réside dans la question des apprentissages qu'on souhaite réellement évaluer : la capacité de mémorisation, celle de chercher rapidement la réponse concernant le code langagier, ou enfin celle du respect de la syntaxe ou du style littéraire en cause ?

Pratique émergente qui bientôt constituera la tendance lourde ou une simple anecdote qui servira à centrer notre attention sur l'essentiel, c'est une autre question posée par cette "révélation".

Les élèves devraient-ils avoir droit à Internet dans la rédaction de leurs examens puisque de toute manière, ils apprennent à l'aide Internet dans la vie courante? Notons aussi qu'ils auront probablement accès à Internet quand ils sortiront des bancs d'école...

Le débat est ouvert et il sera intéressant !

Mario Asselin

Mario Asselin

Administrateur à l'Institut de gouvernance numérique, consultant en éducation et blogueur/chroniqueur
A propos de moi

À la direction d’écoles pendant une quinzaine d’années, Mario Asselin a aidé de nombreuses organisations à prendre un virage numérique. Dans la dernière école qu’il a dirigée, il a fondé en 2003 un...

Commentaires

  • Pablo Santamaria le 30 juillet 2015

    De mon point de vue, il est plus important d'apprendre à apprendre, et à bien utiliser les informations, qu'apprendre par coeur des documents dépassés lorsque l'on arrive sur le marché du travail. D'ailleurs, lorsque j'étais à l'Ecole Centrale de Paris, au début des années 1980, nous avions le droit d'amener tous les documents que nous souhaitions pendant les contrôles (les tablettes n'avaient pas encore été inventées....).

    Ce qui me semble plus surprenant c'est qu'apparemment ce n'est pas exactement "le droit  d'utiliser des tablettes" mais si je lis bien l'article "le droit d'utiliser un logiciel (antidote) sur une seule marque de tablette (et pas la moins coûteuse....). Nous sommes loin du BYOD que ces personnes vont rencontrer ensuite dans le monde du travail... 

  • Serge POUTS-LAJUS le 13 août 2015

    C'est en effet un débat qu'on ne pourra pas éviter. Il n'y a pas d'éducation sans buts et donc pas d'éducation sans évaluation (les buts ont-ils été atteints ?). Il faut ensuite distinguer entre l'évaluation dite formative qui est un instrument d'apprentissage (où en suis-je dans mes apprentissages ?) et l'évaluation sommative qui est un instrument de contrôle final, de classement, de certification. Mais je pense aussi qu'on devrait, plus qu'on ne le fait habituellement, distinguer les modalités d'évaluation selon :

    • que l'on évalue la capacité d'un individu à faire seul ou à faire avec d'autres ;
    • que l'on évalue la capacité à faire vite ou à simplement faire (quelque soit le temps mis) ;
    • que l'on évalue la capacité à faire "tout nu" ou avec toutes les ressources disponibles ou imaginables

    Sachant que ces trois dimensions peuvent se combiner. Cela fait beaucoup de possibilités et je crois que l'évaluation formative peut les exploiter et les explorer assez librement. Il en va autrement avec l'évaluation sommative. La tradition c'est d'évaluer des individus tout nus et en temps contraint. C'est à la fois le résultat d'une habitude et de contraintes pratiques (ce n'est pas trop compliqué). Il faudrait de l'audace pour proposer de faire autrement, de changer un paramètre ou plutôt de multiplier les modalités. C'est pas mal de savoir faire tout seul, tout nu (disons vêtu d'un stylo et d'un papier) et vite, et c'est bien aussi de faire à plusieurs, avec des outils et en prenant son temps, et toutes les autres (à plusieurs, vite mais sans outil !).

    Serge PL

     

     

  • Thérèse Laferrière le 6 février 2016

    Je situe cette question dans la problématique générale de la fracture numérique, soit celle des usages faits des technologies et ressources numériques et qui se manifeste entre autres par le fait que les plus avancés avancent plus vite et les lents encore plus lentement. Lentement, les données s'accumulent à cet effet. Voir par exemple le récent rapport national américain suivant: http://hechingerreport.org/online-writing-tests-widen-achievement-gap/

    Puisque mes actions visent à accélérer les usages à des fins d'alphabétisation aux technologies numériques et d'approfondissement de contenus chez "les plus en avant" et "les plus en arrière",
    je soumets que l' "École du futur" ne saura gagner l'adhésion des éducateurs et éducatrices de profession sans son application du principe d'égalité des chances. Quand alors serons-nous en position d'utiliser les technologies numériques à des fins de faire passer des examens nationaux? Quels pays seront prêts en premier à faire ce passage? Chose certaine, des examens plus complexes deviendront possibles...

     


Vous devez vous identifier pour ajouter un commentaire.
Veuillez vous identifier, ou créer un compte.

Conception & réalisation : Facyla ~ Items International

Plateforme construite avec le framework opensource Elgg 1.8

Feedback

Vous avez une remarque à faire, de nouvelles idées à proposer ou un bug à signaler ? Nous serions ravis d'avoir votre retour.
Humeur :  

A propos de :  

 

» Afficher les précédents feedbacks