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Désordinateurs #3 : "Redevenir Charlie ?"

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Par Daniel Kaplan le 3 février 2015

Logo ALterEcoPlusAvec l'aimable autorisation d'AlterEcoPlus, nous reproduisons ici la chronique mensuelle de Daniel Kaplan, "Désordinateurs". Cet article constitue la troisième livraison, datée de janvier 2015.

 

 

Strasbourg, Palais de l’Europe, vendredi 9 janvier. Dans un hémicycle surchauffé, 200 personnes participent à la journée contributive du Conseil national du numérique (CNNum) sur la « Loyauté dans l’environnement numérique ». La traque des frères Kouachi approche de son dénouement. Les regards dévient toutes les quelques secondes vers l’écran des mobiles et le fil direct des journaux. Nous sommes Charlie. Nous sommes Twitter inondé de #jesuischarlie, juste quelques heures après que le directeur artistique d’un journal gratuit a créé ce panonceau en lettres blanches sur fond noir. Nous sommes Facebook dans lequel nous avons, comme le quart de ses 30 millions d’utilisateurs français, remplacé notre photo de profil par ce même panonceau. Panonceau dont nous brandissions à midi une impression cartonnée qu’on nous avait tendue en nous invitant à rejoindre le personnel du Conseil de l’Europe sur le parvis pour une nouvelle minute de silence. Nous portions nos téléphones portables dans l’autre main, attendant la fin du recueillement pour saisir l’instant. En fond d’image, la rangée des 28 drapeaux dont un en berne.

Nous sommes Charlie, mais pressés. Nous avons à cœur de tenir le délai de la grande « concertation numérique » que le gouvernement a confiée au Conseil. La jeune équipe du CNNum a peu dormi. Dans l’amphi, le travail suit son cours. Les discours trouvent un peu de place pour Charlie, mais n’évoquent pas l’assaut en cours. Nous évaluons les conséquences. Camille et Tristan restituent un peu gênés les résultats de l’atelier « Surveillance ». Ils tiennent bon la barre des libertés publiques, mais pour une partie de l’assistance, le cœur n’y est plus tout à fait. Depuis deux jours nous acceptons de bonne grâce les nouveaux contrôles et tenons à le montrer.

Derrière leur vitre, les traductrices traduisent alors que personne ne porte d’écouteurs. Nous sommes à Strasbourg, à Dammartin-en-Goële et Porte de Vincennes. Nous sommes à Istanbul solidaire, Madrid solidaire, Moscou solidaire, ou pas. Nous regardons Twitter et, en lui, nous nous mirons déguisés en Charlie, comme les frères Kouachi se miraient en Assassin’s Creed. Nous vérifions si les trains roulent bien. Nous captons nos mails. Le Défenseur des droits Jacques Toubon nous signale que YouTube a attendu vendredi pour supprimer la vidéo où le policier Ahmed Merabet recevait une balle dans la tête. #Jesuisahmed, mais combien d’entre nous sommes allés le voir mourir ? Nous sommes le Net et l’info temps réel, comme Amedy Coulibaly appelant BFM après avoir tué quatre personnes dans l’épicerie casher.

Nous sommes de notre époque, furieusement, alors que jusqu’à mardi dernier, Charlie en disparaissait doucement, presque en silence. Nous étions bien heureux que Charlie existe sans avoir à l’acheter. Nous défendions – pas toujours avec conviction – son droit à publier des dessins que nous ne voulions plus voir. Nous sommes peut-être redevenus Charlie, mais nous avions clairement cessé de l’être.

Daniel Kaplan

Daniel Kaplan

Conseiller scientifique de la Fing
A propos de moi

Je suis le cofondateur et le délégué général de la Fondation pour l'Internet Nouvelle Génération (FING), un projet collectif et ouvert qui se consacre à repérer, stimuler et valoriser l'innovation...


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