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Désordinateurs #2 : "Faut-il enseigner l’informatique à l’école ?"

imageAvec l'aimable autorisation d'AlterEcoPlus, nous reproduisons ici la chronique mensuelle de Daniel Kaplan, "Désordinateurs". Cet article constitue la seconde livraison, datée de décembre 2014.

 

 

Faut-il enseigner l’informatique à tous les enfants ? La question suscite des débats passionnés en France comme ailleurs. Il paraît pourtant si simple de répondre non. Ou bien oui.

Non : tout le monde ne se destine pas à devenir informaticien ; on n’a pas besoin de connaître la mécanique pour conduire une voiture ; les techniques et les langages informatiques se démodent vite, ce qu’on apprendra ne servira à rien ; les enfants ne maîtrisent pas les savoirs fondamentaux, l’informatique est une fuite en avant ; d’autant qu’on manque déjà d’argent pour les disciplines actuelles…

Oui : l’informatique est le support central de nos connaissances et, par conséquent, la maîtriser est aussi important que lire, écrire et compter ; nos décisions se fondent de plus en plus sur des modèles informatiques, ne pas les comprendre nous condamne à un statut d’exécutant et de consommateur ; c’est une connaissance en lien avec notre époque, ce qui explique pourquoi elle aide des élèves en phase de décrochage à retrouver le goût du savoir…

En relisant ces arguments, on réalise que cette polémique porte en réalité sur deux sujets aussi complexes l’un que l’autre.

Pour commencer, « l’informatique », c’est quoi ? Une technique, moins noble que les sciences (maths et physique) dont elle dériverait ? Une science à part entière, à enseigner comme les autres sciences ? Ou bien un « fait social total » (au sens de Marcel Mauss) qui mobilise des techniques, des pratiques sociales, des formes institutionnelles, des mécanismes économiques et des représentations du monde ? Et que faut-il en savoir (ou savoir faire) pour pouvoir, demain, agir en citoyen autonome, émancipé et éclairé dans la société telle qu’elle sera ?

Ensuite, que doit-on apprendre à l’école, et comment ? Un métier, quand on nous dit que 40 % à 70 % des métiers d’aujourd’hui n’existeront plus dans une ou deux décennies ? Un socle de savoirs communs, au risque de l’ennui ou de la négation des différences ? Faut-il plutôt y acquérir des compétences indispensables pour agir dans un monde incertain : savoir apprendre, collaborer, être créatif, résoudre des problèmes, entreprendre, débattre, se représenter un système complexe… ? Ou bien n’importe quoi, pourvu que cela donne le goût d’apprendre ?

Dans un rapport modestement intitulé « Jules Ferry 3.0 », le Conseil national du numérique, dont je fais partie, a proposé une réponse originale (et bien sûr contestée) à ces deux questions à la fois : il faut enseigner l’informatique à l’école parce que toute la connaissance et la décision d’aujourd’hui passe par elle et parce qu’on ne peut raisonnablement l’enseigner à tous qu’en mobilisant des compétences encore trop rarement sollicitées, du moins dans l’enseignement général : travailler en groupe, apprendre en faisant, mener des projets…

Ainsi, la « littératie numérique », expression empruntée à l’OCDE, inclurait-elle à la fois des éléments de science informatique (dont la programmation fait partie), des savoir-faire méthodologiques (mode projet, travail en équipe…) et des connaissances sur le fonctionnement d’une société et d’une économie dont le numérique devient de fait un principe organisateur. Mais d’où viendraient ces dernières connaissances, que des enseignants d’informatique auront du mal à transmettre ? Du contenu des projets informatiques proposés aux élèves, qui n’auront le plus souvent d’intérêt que s’ils portent sur des objets proposés par d’autres disciplines : modéliser un système physique, analyser des statistiques économiques, cartographier des données localisées, etc.

Je l’annonçais en intitulé de ma première chronique : le numérique, c’est politique. L’enjeu de l’enseignement de l’informatique n’est autre que la transformation progressive, « virale », de l’école.

Daniel Kaplan

Daniel Kaplan

Conseiller scientifique de la Fing
A propos de moi

Je suis le cofondateur et le délégué général de la Fondation pour l'Internet Nouvelle Génération (FING), un projet collectif et ouvert qui se consacre à repérer, stimuler et valoriser l'innovation...


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