Points de vue

Points de vue


  • Présentation

Articles connexes

Désordinateurs #3 : "Redevenir Charlie ?"

Désordinateurs #3 : "Redevenir Charlie ?"

3e livraison de la chronique mensuelle de Daniel...
Désordinateurs : "Disruption" dans les sciences molles

Désordinateurs : "Disruption" dans les sciences molles

"L'irresponsabilité assumée deviendrait un des...
Désordinateurs #2 : "Faut-il enseigner l’informatique à l’école ?"

Désordinateurs #2 : "Faut-il enseigner l’informatique à l’école ?"

2e livraison de la chronique mensuelle de Daniel...
Désordinateurs : "Notre 'Whole Earth'"

Désordinateurs : "Notre 'Whole Earth'"

"La réponse au changement climatique sera...

Désordinateurs #1 : "Le numérique, c'est politique"

Logo ALterEcoPlusAvec l'aimable autorisation d'AlterEcoPlus, nous reproduisons ici la chronique mensuelle de Daniel Kaplan, "Désordinateurs". Cet article constitue la première livraison, datée de novembre 2014.

 

 

La NSA nous surveille. La Chine censure. Logiciels et robots détruisent nos emplois. Booking.com et Uber prolétarisent ceux qui restent. Grâce aux big data, Google, Apple, Facebook et Amazon (les « Gafa ») achèvent de nous aliéner tandis que, sur leurs Silk Road [1] et autres darknets [2], mafias, trafiquants et terroristes font leurs affaires… Quel tableau du monde numérique nous peignent aujourd'hui l'opinion et les médias !

Il n'est sans doute pas exagéré de parler, comme le fait le philosophe Bernard Stiegler, de « blues du Net ». Selon les convictions politiques et philosophiques que chacun avait, nous en avions espéré une croissance infinie et pourquoi pas verte, le triomphe de la démocratie voire son dépassement, l'émancipation d'un individu libéré de toutes ses chaînes, le tout dans un monde fabuleusement efficient où les frictions, les opacités, les asymétries du passé n'avaient plus cours. Force est de constater que notre monde numérisé, interconnecté, n’est guère plus éclairé, plus prospère, plus sûr, plus ouvert, plus égalitaire, ni même plus libre que le monde d’avant. Sur plusieurs points, c’est même le contraire. Il y a bien matière à blues.

Mais alors, pourquoi « le numérique » reste-t-il une priorité politique partout dans le monde (encore rappelée à plusieurs reprises et sur plusieurs sujets par François Hollande dans sa récente intervention télévisée) ? Pourquoi reste-t-il un aimant pour les meilleurs innovateurs et entrepreneurs, une source permanente d'étonnement et un espoir dans les pays les plus pauvres ? Pourquoi l'Internet (ouvert et « neutre », le combat est en cours) continue-t-il de fonder l'espérance – et l'action – de ceux qui militent en faveur des « communs », de l'accès de tous à la connaissance, de l'intelligence collective, d'une démocratie plus ouverte et plus participative ?

Bien évidemment, parce que plusieurs « numériques » sont possibles simultanément. On l'a toujours su : combien de fois n'a-t-on pas entendu « ce n'est qu'un outil, tout dépend de l'usage qu'on en fait » ? Mais nous commençons seulement à en tirer les conséquences. A politiser la question du numérique. A la rendre clivante.

Car après tout, les partisans du port d'armes aux Etats-Unis nous le disent aussi : « les armes ne tuent pas les gens, ce sont les gens qui le font » (« guns don't kill people, people do »). Ce qui, formellement, n'est pas faux. Le clivage intervient lorsqu'on se demande quel niveau de violence peut atteindre une société où chacun est armé, ou encore, quelle violence est légitime, quand et contre qui ? : questions politiques, et de haut niveau.

Au milieu des années 1990, une petite bande de pionniers (autodésignés) se donnaient pour tâche de faire entrer la France dans la « société de l'information ». Ils le faisaient, au fond, pour des raisons très différentes. L'Internet était à la fois un paradis libertarien, un Graal autogestionnaire, une divine surprise pour la croissance, une nouvelle frontière pour les entrepreneurs. Mais exprimer ces différences eût affaibli la cause, aussi avons-nous pris l'habitude de croire que le numérique les rendait obsolètes. Il n'en était rien, cela nous saute aujourd'hui aux yeux.

Si l'information, c'est du pouvoir, alors tout ce qui en modifie les conditions de production, de circulation et d'exploitation déplace du pouvoir. Cette chronique se proposera d'aborder les questions numériques sous cet angle.

Daniel Kaplan

 

  • 1. Marché noir sur Internet ayant pour particularité d'utiliser un réseau assurant l'anonymat des acheteurs et des vendeurs. Il est notamment utilisé pour la vente de produits illicites, en particulier de stupéfiants.
  • 2. Réseaux privés virtuels facilitant des communications anonymes et dont les utilisateurs – peu nombreux en général - sont considérés comme des personnes de confiance. Les darknets ont été très médiatisés depuis quelques années, parce qu’ils peuvent être utilisés tant pour de l'échange de fichiers "de pair à pair" que pour des activités de dissidence politique ou des activités criminelles.
Daniel Kaplan

Daniel Kaplan

Conseiller scientifique de la Fing
A propos de moi

Je suis le cofondateur et le délégué général de la Fondation pour l'Internet Nouvelle Génération (FING), un projet collectif et ouvert qui se consacre à repérer, stimuler et valoriser l'innovation...


Vous devez vous identifier pour ajouter un commentaire.
Veuillez vous identifier, ou créer un compte.

Conception & réalisation : Facyla ~ Items International

Plateforme construite avec le framework opensource Elgg 1.8