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Le corps, nouvelle frontière de l’innovation numérique !


Dérouler son graphe spatial avec Google location history

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Je possède depuis le 3 septembre 2013 un Nexus 4, ou peut-être est-ce l’inverse, je ne sais pas encore.

Il s’agit d’un smartphone 100% Google, toujours à la pointe d’Android, je ne suis pas peu fier d’être en 4.4 depuis une semaine, et doté des dernières applications maison, comme Google Now. Au premier lancement j’ai répondu oui à toutes les questions concernant la réutilisation par Google des données produites par mes usages du Nexus 4, ma position, mes recherches, ma navigation, etc. Avec bien sur l’idée d’expérimenter concrètement ce que pouvait produire cet abandon de souveraineté sur mes données personnelles, dans une relation totalement asymétrique entre le monstre Google et ma très modeste petite personne.

J’ai découvert il y a peu de temps la fonction historique de mes positions dans google maps, accessible à cette adresse : https://maps.google.com/locationhistory, historique bien sur alimenté entre autre par le GPS de mon Nexus 4. Ca se présente comme ça :

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L’onglet carte affiché ci-dessus me donne accès à un calendrier, une carte et une timeline. Pointant par défaut sur la date du jour, le 30 novembre, vous pouvez voir sur la carte les traces d’une des mes routines du samedi matin, consistant à aller acheter Libération au kiosque à journaux de Croix de Chavaux, pour ensuite le lire tranquillement à la terrasse du Bar du marché de Montreuil. En pointant le curseur sur la timeline je peux voir précisément à quelle heure j’ai quitté mon domicile, 8h30. Une fonction replay me permet également de “rejouer” mon parcours. Premier enseignement, mais on s’en doutait déjà, tous mes déplacements sont tracés. Peut-être pourrais je bientôt comparer avec Orange, qui dans le cadre de l’expérimentation “Mes Infos" proposent de nous restituer nos données de traçage ? 
Le calendrier me donne la possibilité d’afficher sur la carte et la timeline des agrégats compris entre 1, 2, 3, 5, 7, 14 et 30 jours. Pourquoi pas tout depuis le 3 septembre en ce qui me concerne ? Je l’ignore pour l’instant. Et voila une première chose à faire consistant à fusionner les fichiers d’export des données au format KML limités à 30 jours. La première fois que j’ai sélectionné 30 jours, en fait du 26 août au 24 septembre, ça a donné ça :

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Il s’agit donc de mon premier graphe spatial ! On le voit mes déplacements sont essentiellement rythmés par mes activités professionnelles, avec à l’extrémité ouest Bordeaux, et la journée nationale Infolab du 20 septembre, et à l’extrémité est Nice où j’intervenais dans une conférence de l’Ademe à Sofia-Antipolis le 16 septembre. Un de mes collègues de la Fing, doté du même Nexus 4, et qui promène en ce moment dans toute l’Europe sa jeune fiancée brésilienne, a un graphe spatial nettement plus sexy je dois dire, avec des traces en Toscane, à Amsterdam, à Londres… Je peux bien sur zoomer, par exemple sur Paris où je vis et travaille, et là ça donne quelque chose d’un peu plus complexe à lire, mais qui témoigne aussi du poids et de la densité de mon enracinement parisien, avec évidemment un couple fort entre mon domicile, j’habite Vincennes, et le Passage Brulon dans le 12e arrondissement de Paris où je travaille :
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Je m’étonne de ne pas y retrouver mes rendez-vous, pourtant scrupuleusement notés dans mon agenda google avec l’adresse exacte à chaque fois (c’est une nouvelle habitude que j’ai prise). Google Now s’en sert, mais pas cet historique. Après la fusion des fichiers, une 2e chose à faire donc. Pour par exemple contribuer à remplir les fiches de temps passé que je ne remplis pas pour alimenter le système comptable de la Fing…
Peut-être l’onglet “Tableau de bord” pourrait m’y aider, mais ce n’est pas gagné. Ce 2e onglet se présente comme ça :

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Google prévient que c’est en version bêta, et que les informations vont s’améliorer au fil du temps. Effectivement la pertinence des informations présentés dans cet onglet est extrêmement variable. 
La répartition de mon temps entre domicile, travail, extérieur est assez simplette, et s’enrichirait de précisions venues d’ailleurs, par exemple de mon agenda. Coup de bol, j’ai passé pile 39h au travail cette semaine ! Je peux aussi lister une série de lieux visités. Première interrogation sur la définition de lieu visité. J’en ai 68 au compteur, ça ne me parait pas beaucoup, j’aimerais trouver quelque part comment Google décide que j’ai visité un lieu. J’y reste plus de 5 mn par exemple ? La visite du centre d’aide Google ne m’a pas aidé sur ce point. Je dispose de trois critères, seulement, pour trier les lieux : dernièrement, le plus fréquemment et le plus éloigné. 
Voici les coordonnées du lieu le plus fréquemment fréquenté par moi : 48.84759,2.434625. Google le place au 19-21 rue de Montreuil à Vincennes, et il se trompe, car à cet endroit il y a un espace de parapharmacie dans lequel je ne mets jamais les pieds. En revanche, une dizaine de mètres plus haut, de l’autre coté du trottoir, il y a le bar tabac où je prends un café presque tous les matins avant d’enfourcher mon vélib pour aller au turbin. Suis-je déçu par cette imprécision ? Pas vraiment, j’y trouve même du plaisir à contredire et corriger Google, qui se trompe sur moi, et du coup trompe ses clients annonceurs ? Le 2e lieu le plus visité est aussi un bistrot … (où je ne bois que du café) celui qui se trouve près du cabinet de mon dentiste, que j’ai vu 10 fois depuis le 1er octobre (je viens de vérifier dans mon agenda), ceci expliquant donc cela. 
Les rubriques pays visités, voyages en avion et voyages tout court restent anecdotiques en ce qui me concerne.
Bref c’est un dashboard très bêta, qui en l’état ne m’apprend pas grand chose. Mon graphe spatial va bien sur s’épaissir avec le temps, mais je doute que ça suffise pour le rendre plus intéressant. On peut vouloir pousser le bouchon un peu loin, et fantasmer sur la coproduction par Google et moi d’un rapport annuel de Thierry Marcou, comme ceux de Nicolas Felton, qui pourrait nous servir d’horizon pour réfléchir aux améliorations à apporter à la version actuelle. Enrouler autour de mon graphe spatial tous les autres graphes, notamment ceux stockés aussi chez Google, rendez-vous, contacts, tâches, cinéma, théâtres, concerts, photos, actualités, recherches, achats, lectures, écritures, diners, fêtes, rencontres, disparitions … 

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Ce qui m’intéresserait dans un rapport de ce type, ce ne sont pas mes patterns, mes routines, mes habitudes, c’est à dire tout ce qui intéresse les clients de Google, mais à l’inverse les écarts, les exceptions, les surprises, les maximum et minimum, par exemple Felton note l’altitude la plus haute atteinte dans l’année, bref tout ce qui ferait un peu le sel de ma vie.
Je pourrais aussi céder à une sur-personnalisation de ce dashboard. Par exemple en récupérant quelque part les niveaux d’UV auxquels j’ai été exposé durant mes trajets. Pourquoi ? Parce que je souffre depuis quelques années d’une maladie orpheline, une forme bégnine de vitiligo, qui m’oblige à rester à l’ombre pendant le printemps et l’été quand je marche ou fais du vélo. Mesurer, quantifier, surveiller mon taux d’exposition au UV, éventuellement partager cette information avec ma dermatologue, et me faire engueuler par elle, est ce que ça aurait du sens ? Pour aller au bout de cette idée, je rêve d’un GPS de l’ombre qui me guiderait pour emprunter les voies les les plus ombragées dans mes parcours piétons ou cyclistes… On pourrait aussi imaginer que je porte un Hexoskin, un teeshirt bourré de capteurs, et que mon graphe cardiaque s’enroule lui aussi autour de mon graphe spatial…
Mais le simple usage personnel de ces données qui le sont aussi ne constitue pas la seule perspective à notre disposition. J’imagine par exemple d’être capable de discriminer dans cet historique de mes positions mes séquences de marche, de vélo, de voiture ou de transports en commun, je combine les quatre de manière très différente chaque jour, et de pouvoir fournir ces données à l’autorité organisatrice des transports et les services territoriaux concernés pour qu’ils en fassent un meilleur usage que moi. Le problème étant que mon offre ne croise pas forcement à ce jour une demande, à l’exception comme toujours de Rennes (cf. projet PUMDP avec Chronos).
Pour aller plus loin dans cette exploration, je vais maintenant partager cet historique de mes positions avec mes camarades de l’équipe Infolab, et voir ce qu’on peut en tirer d’autre.
Dernière précision. Peu de temps après avoir rédigé ce texte, Google Now me proposait sur mon nexus ce qu’il appelle un résumé de mes activités, m’affichant pour le mois de novembre 80 km à pied et 110 km à vélo. Ceci étant, ça reste du Google, c’est à dire que c’est lui qui décide de l’afficher, une fois par mois, impossible de le faire moi-même, et surtout, comme le montrent les commentaires de ce billet, avec son lot d’erreurs. Google a ainsi affiché à ce type 30km de vélo au compteur alors qu’il n’en a pas touché un depuis 10 ans…
Thierry Marcou




Article importé: http://fing.tumblr.com/post/69063607896
Publié: December 5, 2013, 10:33 am


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