DigiWork

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Repenser la place de l'individu au travail dans une société numérique


L'auto-entrepreneur, un travailleur de notre temps

La mobilisation des auto-entrepreneurs pour la défense de leur statut a fait un peu parler d’elle du fait de l’utilisation amusante du terme "poussin" (en référence à la récente "révolte des Pigeons") et du hastag #pioupiou. Elle fait en tout cas écho à de nombreux concepts identifiés au cours des premiers mois de l’expédition Digiwork : individualisation du travail, nouveaux collectifs de travail, nouvelles formes de rémunération, ect.

Pioupiou Le statut d’auto-entrepreneur (décrié principalement par les artisans du bâtiment qui y voit une concurrence déloyale), les compagnons du devoir ou l'indépendant sont des figures que nous explorons particulièrement dans l'expédition Digiwork pour toutes les représentations qui les entourent : l’autonomie (l'individu est son seul responsable, il n’y a, a priori, pas de lien de subordination), la gestion libre de son temps (il choisit quand il travaille, que ce soit dans la journée, la semaine ou l’année), l’apprentissage continue (d’outils récents, de nouvelles compétences), la gestion de son employabilité, … tout en essayant de renverser les règles.

 


La fin du travail, annoncée par Jérémy Rifkin dans les années 90, devient de jour en jour une réalité : après les emplois des ouvriers, ce sont maintenant les emplois du secteur tertiaire qui sont menacés par l’automatisation et la robotisation. L’individu doit donc développer de nouvelles activités rémunératrices pour pouvoir continuer à vivre. A partir d’une compétence, d’un savoir-faire, il imagine son emploi, propose une activité, il capitalise des expériences, construit son environnement de travail, il se crée son réseau et va parfois dans des espaces de coworking pour le développer et rencontrer physiquement d’autres personnes.

Les auto-entrepreneurs partagent un même statut, mais pas une même activité (commerce ou services, développeur web ou coach en développement personnel, en passant par fabriquant de bijoux), et c’est en ça que le "collectif des Poussins", leader de la contestation, est un cas intéressant de formation d’un collectif en ligne d’individualités disparates, qui se sont fédérées autour d’une cause, à coup de pétition et de tweets. Nous observons ainsi la création de nouveaux collectifs, émergeant spontanément, issus d’une communauté d’intérêt installés ou non (il y a quelques années sortait par exemple le blog lafusionpourlesnuls.com pour la mobilisation des employés de la fusion de l'ANPE et de l'Assedic dans Pôle Emploi). 
Auto-entrepreneur

Enfin, les auto-entrepreneurs encourent les mêmes risques : isolement, précarité, droits sociaux peu nombreux. La limitation des charges sociales octroyée aux auto-entrepreneurs pouvait ainsi être vue comme une compensation à la précarité : "Vous n’êtes pas salarié, vous avez une activité rémunératrice limitée, des droits sociaux encore plus limités, donc vous payez peu de charges". Or l’abaissement du plafond de l’activité, équivalent à un smic par mois (pour les activités de services), revient à une légalisation de la précarité : "Vous n’êtes pas salarié, vous avez une activité rémunératrice encore plus réduite, des droits sociaux toujours très limités, mais débrouillez-vous avec ça".

 

 

Notre propos dans l’expédition Digiwork n’est pas de faire l’apologie de l’autonomie et du libéralisme, en prônant que tout le monde doit être responsable de son employabilité. En imaginant le scénario "Tous intermittents", dans lequel l’individu devenait le "gestionnaire autonome de son portefeuille d’activités" et où les entreprises étaient "des “boîtes à projet” dans lesquelles les individus, porteurs de leur savoir-faire, se retrouvent pour collaborer sur une mission", nous mettions en avant la nécessité d’inventer de nouveaux modèles de solidarité pour pallier les risques de précarisation des itinéraires personnels. La question de la redistribution de la valeur et de la rémunération est centrale : car si le numérique change la manière dont on produit, il change aussi la manière dont on mesure la valeur. Il est même le support à de nouvelles formes de rétribution. Il faut prendre acte du fait que le travail, l'activité s'élaborent différemment, et nécessitent de nouvelles redéfinitions des solidarités. 

 

Pour le moment, nous en sommes encore au début de notre réflexion, mais nous espérons pouvoir apporter des pistes d’action innovantes sur le sujet d'ici quelques semaines.

 

Aurialie Jublin

Aurialie Jublin

Des chiffres et des lettres
A propos de moi

Titulaire d’un DESS Franco-russe de Management et après une 1e expérience de 2 ans dans une SSII franco-russe, je rejoins la Fing en août 2007. Responsable administrative et financière de...

Commentaires

  • serge jamgotchian le 18 juin 2013

    Au sujet des nouvelles formes de rétribution et du travail intermittent, je suggère la lecture de l'ouvrage de Maurizio Lazzarato et Antonella Corsani "INTERMITTENTS ET PRECAIRES" (éditions Amsterdam, 2008) dont les réflexions prennent appui sur une recherche menée auprès des acteurs de la coordinations des intermittents du spectacle entre 2003 et 2007.

    serge JAMGOTCHIAN

  • daniel ratier le 18 juin 2013

    Le constat est clair, le nombre des indépendants augmente et il s’agit certainement d’une tendance lourde. La référence à Rifkin me va bien qu’il soit certainement utile d’y ajouter quelques spécificités nationales qui rendent nos entreprises plus réticentes à embaucher que dans la plupart des autres pays européens, notamment.

    A partir de là, la question qui se pose à nous consiste à identifier des solutions pour que ce statut soit plus attractif qu’il ne l’est aujourd’hui, non pas pour en faire la promotion, mais pour répondre à un besoin. Il y a beaucoup à faire, en particulier sur le plan juridique car ce statut n’est pas enviable. Ces indépendants n’ont guère voix au chapitre puisqu’ils sont pratiquement exclus des processus institutionnels de négociation collective et ils le paient cher. Mais là ne peut pas être notre propos sauf à décider de concurrencer des institutions qui n’apprécieront certainement pas et nous le ferons savoir, quelle que soit la légitimité de l’argumentaire et des propositions.   

    Il faut se placer sur un autre terrain, plus techno conceptuel et dont la Fing a le secret. Deux petites idées simples mais certainement très ambitieuses pour tenter d’organiser notre propos :

    -          quels sont les moyens et méthodes innovants pour  produire de la valeur (marchande) solitairement grâce au numérique ? Il s’agit de faire en sorte qu’en dépit sa solitude voire de son isolement, l’indépendant puisse exister économiquement, malgré tout ;

    -          quelles peuvent être les modalités de nouvelles formes de collectifs associant des indépendants, que ce soit pour leur permettre la collaboration, pour travailler ensemble, ou pour disposer d’une représentation collective, d’une capacité à s’unir dans un monde économique où l’individu isolé pèse de peu de poids dans les rapports de force ?  

  • Bruno MECHIN le 19 juin 2013

    Bonjour,

    Je pense qu'il y a la possibilité de formes collectives incluant une forme individuel, qui s'appel la CAE (Coopérative d'activités et d'emploi), qui permette à la fois d'être indépendant, mais aussi d'avoir des actions collectives/coopératives. Forme aussi appelée Entrepreneur/Salarié.

    Cordialement

  • Patrice Lazareff le 30 juillet 2013

    Sujet connexe à explorer, la notion de revenu de base universel, qui vise à décorréler au moins partiellement emploi et revenu.


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