DigiWork

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Repenser la place de l'individu au travail dans une société numérique


Les outils numériques vecteurs d’innovations sociales ?

Le colloque co-organisé par la DIRECCTE IDF, la DGT et la FING le 12 mars dernier proposait un tour d’horizon des transformations du travail liées au numérique, constitué d'interventions de professionnels et d'experts ponctuées de tables rondes. Le débat s'ouvrait sur les risques et les opportunités que ces évolutions impliquent pour les conditions de travail de demain.

Vous trouverez le compte-rendu de ces échanges sous la forme de 4 articles – libres - analysant les propos des intervenants et les réactions-questions du public.

Voici présenté ici le premier de cette série d'articles portant sur la première table ronde et réunissant les participants suivants (l'intégralité de leur intervention en écoute) :

 

. Philippe Vogin, Groupe Renault

. Jérôme Introvigne, Groupe Poult

. Olivier Jouan, Scop Port-Parallèle

 . Michel Lallement, CNAM

 

Le thème de la table ronde inaugurale portant sur le « renouvellement du cadre de travail » était l’occasion de questionner l’intégration des outils numériques dans la sphère professionnelle. Les expériences relatées par les organisations présentes (de grande ou de petite taille, ancienne ou émergente) mettaient à jour des approches très différentes où le numérique était tantôt le vecteur, tantôt le porteur de nouvelles aspirations au travail. Les reconfigurations à l’œuvre dans le travail et son organisation ouvraient sur un questionnement plus large se rapportant aux enjeux socio-économiques qu’impliquent la diffusion et la démocratisation des TIC.  

Les entreprises intègrent et s’approprient de manière différenciée, selon leur typologie, les outils numériques. Un groupe industriel de la taille de RENAULT n’évalue pas les opportunités et les risques que représentent les TIC comme peut le faire une Coopérative d’Activité et d’Emploi - SCOP de 150 collaborateurs, ou la biscuiterie POULT qui emploie 1300 personnes. Les trois premières interventions se présentaient donc comme des exemples saisissants de la manière dont des collectifs de tailles et de formes différentes s’approprient les TIC dans leur environnement de travail.

Philippe Vogin, responsable des conditions de travail du groupe Renault a dressé le bilan de la réflexion interne que la diffusion progressive du télétravail avait générée chez RENAULT. L’approche se focalisait en priorité sur les conséquences de l’utilisation croissante des TIC sur la santé au travail, et évoquait la nécessité d’en cadrer les enjeux juridiques et managériaux, de stabiliser un rapport vie privée/vie professionnelle en tension, et d’accompagner au plus près les situations de télétravail.

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Olivier Jouan, gérant de la Coopérative d’activité et d’emploi “Port Parallèle”, mettait en avant les possibilités de gestion souple et démocratique qu’autorisent les TIC pour le modèle entrepreneurial coopératif. La mutualisation des services métiers aux “coopérateurs” (i.e. membres de la scop), et la collaboration à distance s’avèrent indispensables pour rendre opérantes les valeurs du collectif et le partage des responsabilités. Pour O. Jouan, la perspective d'une économie de la contribution,  à laquelle  les principes coopératifs correspondent, est rendue envisageable par la diffusion des TIC.

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Le groupe POULT apparaissait comme la synthèse d’une entreprise industrielle et d’une forme d’organisation souple et horizontale. Les cadres traditionnels sont largement remis en question ici : l’entreprise est vue comme une plateforme d’innovation et les outils numériques comme solutions pour parvenir à instaurer un système participatif d’amélioration continue et d’intelligence économique. Les réflexions menées sur les capacités d’adaptation du groupe dans un contexte économique concurrentiel fort ont été l’occasion de remettre à plat l’organisation du travail. Les choix du décloisonnement des silos fonctionnels, de la « déhiérarchisation » et de la démocratisation des processus décisionnels, de l’autonomisation des opérateurs, reflètent la logique d’une démarche d’hyper-innovation d’organisation et de production.

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Enfin, à l’occasion d’une présentation sur les fonctionnements des Hackerspaces ou FabLab[1] – véritables espaces d’innovations sociales et technologiques -, le sociologue du travail Michel Lallement est revenu sur les origines de ces lieux, à la source de l’utopie numérique[2]. On peut considérer en effet que les premières expériences de bricolage informatique au fond des garages - à la façon de Steve Jobs - qui se sont développées en Californie à partir des années 70 sont fondatrices de l’idéologie de ces “nouveaux lieux de production”. Or ce sont des espaces physiquement situés (on sort de la mythologie de la dématérialisation) expérimentant des formes de partage des savoirs, d’auto-fabrication numérique, et de production flexible personnalisée, rendues envisageables par les TIC.

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Le sociologue met en exergue les enjeux du travail du point de vue des valeurs hackers, que sont le plaisir au travail, l’efficacité (hack en anglais signifie à la fois un geste simple et efficace), et la vision de l’acte de travail comme œuvre ou ouvrage d’art (la distinction entre l’artiste et l’artisan s’estompe). Il nous rappelle notamment que l’apparition de ces initiatives aura été le lieu des premières tensions entre l’exploitation marchande des TIC et le développement d’une communauté du libre.

 

On voit que le sujet l’inclusion des TIC dans les modes de travail, tout en nourrissant les réflexions sur les conditions pratiques de leur diffusion et de leur utilisation, ne laisse pas de questionner, à un niveau plus général, les tendances productivistes de nos sociétés et l’organisation du travail qu’elles engendrent. L’outil numérique apparaît comme le catalyseur de nouvelles aspirations individuelles et collectives dans le rapport au travail.

Par julien camacho

Retrouvez les articles relatant la suite des débats cette semaine sur le réseau social de la fing.

 

[1] Voir l'ouvrage de Fabien Eychenne, aux éditions FYP 'la fabrique des possibles" :  Fab Lab : L’avant-garde de la nouvelle révolution industrielle

[2] Voir l’ouvrage de Fred Turner, aux éditions C&F Aux sources de l'utopie numérique :
        De la contre-culture à la cyberculture,
       Stewart Brand, un homme d'influence
     http://cfeditions.com/Turner

 


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