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Les promesses du numérique: Une démocratie retrouvée, augmentée,étendue

imageUNE DEMOCRATIE RETROUVEE, AUGMENTEE, ETENDUE


"Pour les citoyens, l’Internet représente un moyen unique d’information et d’éducation et peut par là-même contribuer utilement à la promotion de la liberté, de la démocratie et des droits de l’homme." G8, Deauville, 2011


"En s’appuyant sur les nouveaux outils d’information et de communication, (...) cette ‘citoyenneté active’ transforme en profondeur le rôle des élus, devenus des médiateurs entre les citoyens au lieu de confisquer le pouvoir de représentation, ainsi que celui de l’administration, qui redécouvre la vraie dimension publique.” Michel Hervé, De la pyramide aux réseaux, 2007

"Révolution numérique, mais appareils politiques restés à quai. Nouveaux usages, mais contrôles d’un autre âge. Cultures libres, mais marchands aux aguets. Les nouvelles technologies changent le monde, et elles le font maintenant. Une possibilité s’offre désormais
à nous tous : reprendre le contrôle de notre
vie publique, ou laisser le Vieux Monde diriger toujours et contrôler encore. Moussaillons
ou vieux loups de mer, déçus de la politique
ou utopistes, montez à bord." David Dufresne et Pierre Mounier, Parti Pirate, 2012

A l'heure du bilan


Internet et démocratie : un bilan mitigé


Le numérique a souvent servi l’idéal démocratique
de la liberté d’expression; tout en servant ceux qui veulent la censurer. Il a contribué à faire progresser la transparence ; mais il n’a pas vraiment fait bouger les rapports de pouvoir. L’internet a permis aux gens de contribuer, élargi le cercle des contributeurs, amplifié les mobilisations, mis en réseau de nombreux acteurs. Mais il a aussi montré ses limites. Il n’a pas réinventé la façon de faire de la politique. Pire, il a souvent donné la parole à ceux qui l’avaient déjà, favorisant ceux qui s’expriment le mieux ou le plus, outillant la commu- nication plutôt que le débat. Les outils eux-mêmes sont bien souvent limités, facilitant l’agrégation et la simplification binaire plutôt que la délibération, la synthèse et la complexité.


Bref, l’internet a trop promis, la révolution démocratique et participative espérée par les pionniers n’a pas eu lieu. Les dispositifs participatifs (qu’ils soient numériques ou pas) sont restés isolés : les expérimentations réussies demeurent du domaine des bonnes pratiques locales, sans passer à l’échelle.


S’il n’y a pas eu de transformations radicales, les expériences démocratiques de ces dernières années nous ont appris des choses. Les initiatives participatives des institutions sont plutôt des échecs : le politique demeure mal armé pour prendre en compte les avis et propositions extérieures. Face à l’innovation et à l’imprévu, le politique est souvent déstabilisé : l’internet lui sert plus sûrement à communiquer qu’à écouter. À contrario, la démocratie ascendante, auto-organisée, même imparfaite, est souvent stimulante. Le divorce annoncé entre les échanges en ligne et les formes présentielles n’a pas lieu : l’heure est à la convergence et à l’hybridation. De même, les formes numériques ne favorisent pas la démocratie instantanée, presse- bouton : les débats collectifs peuvent être de formi- dables moments de vie démocratique, d’intelligence, de richesse contributive.

Ce qui a marché...

- Amplification des mobilisations à l’aide des réseaux : les Anonymous, les printemps arabes...
- La multiplication des expérimentations : FixMyStreet, réécriture de la Constitution islandaise, budgets participatifs...
- L’usage démocratique des Open Data : WhereDoesMyMoneyGo...

Ce qui n'a pas marché...
- Les rapports de pouvoir demeurent à peu près en l’état.
- Les expériences demeurent isolées, non reproductibles.
- Des inégalités renforcées : le numérique
n’a pas réussi à inclure les publics à la marge.
- Une certaine instrumentalisation des innovations participatives afin de ne pas perdre le contrôle.

Ce qui nous a surpris...
- L’intelligence collective émanant de certains débats, la capacité à développer de nouvelles thèses, à se former réciproquement.
- Multiplication d’applications pour favoriser la participation : colorvote, co-ment.
- La perversion du numérique comme moyen de communication plus que de mobilisation : retransmission en direct des conseils municipaux sans laisser place à l’interaction.
- La production par les citoyens de données d’intérêt général, souvent contre les institutions : Regards citoyens, Wikileaks, OpenStreeMaps.

Ce que nous avons appris...
- L’internet est devenu un moyen efficace
de contester les pouvoirs. Mais il suppose
des compétences dont tout le monde
ne dispose pas. Et il est plus efficace pour contester que pour construire.
- Les innovations descendantes ne marchent pas et les innovations ascendantes n’ont pas beaucoup d’action sur le pouvoir.
- Quand les pratiques et les process ne sont pas documentés ni évalués, ils ne s’étendent pas.

 

   
   

Aujourd’hui, il ne s’agit plus de proposer une nouvelle promesse, mais de trouver les moyens de réaliser cette pro- messe demain mieux qu’hier et à plus grande échelle.


L’heure est au “gouvernement ouvert”, tant mieux. Cette ouverture sera-t-elle seulement une affaire de transpa- rence, de communication, ou distribuera-t-elle de la parole, des capacités ? Sera-t-il possible de réinventer le service public, de participer aux orientations politiques locales, nationales, européennes ?


Le numérique se généralise et semble se banaliser. Mais les hommes et les femmes oseront-ils s’en emparer pour s’exprimer, exercer la contre-démocratie, participer ? Auront-ils la culture numérique leur permettant de le faire

 

Réaliser la promesse quelques pistes…

Vers une participation légitimée?

  • Créer un poste de City Manager, véritable animateur du territoire électronique, favorisant l’implication et les échanges des communautés locales, leur reconnaissance, la modération des débats, l’ouverture et la confiance.
  • Instaurer le 1% participatif : que tout projet local consacre 1% de son budget à la conduite d’un débat public. Il s’agit de consolider les expérimentations en les dotant de budgets et donc de pouvoirs. Par exemple, pour développer la coconstruction des services publics, donner la parole à ceux qui ne l’ont pas, favoriser l’en- gagement des citoyens dans les projets.
  • Organiser la capacitation citoyenne sans attendre l’impossible mise à jour du “logiciel politique”
  • Les citoyens sont isolés, ils ne parviennent pas à participer selon les formes institutionnalisées, à se faire entendre, et sont en situation de faiblesse face aux pouvoirs en place. À eux de se mettre au même niveau que l’institution en s’orga- nisant en collectifs nombreux et réactifs afin que leur contestation parvienne, entre autres, à s’exprimer dans des formes institutionnalisées : propositions de lois, lobbying, ...

Investir et innover

  • Créer un fonds public de la participation, activable pour financer des collectifs, des associations de défense d’intérêts communs et leur permettre de s’organiser face aux lobbies constitués, de formaliser leurs contre- propositions.
  • Soutenir les projets innovants qui favorisent la participation des citoyens et l’ingénierie de cette participation ; particulièrement quand ils permettent un accès progressif à la complexité, une délibération sur le temps long, une hybridation avec les formes présentielles, une contre-expertise citoyenne.

Cette promesse a été produite dans le cadre du processus de Questions Numériques. C'est un travail collectif mené sur une année et qui donne lieu à une production annuelle.


En savoir plus sur les promesses du numérique, et découvrir notre troisième cahier d'enjeux.

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