Directeur du GYB (un lycée suisse), porteur de projets informatiques dans le cadre de mes fonctions

Blog de Thierry Maire

  • Scénarios extrêmes FuturEduc

    Une école par projets Scénario Extrême pour l'école en 2035, groupe FuturEduc Suisse

    La réalité virtuelle est parfois décriée à cause du risque de déconnexion qu’elle représente chez les accrocs du jeu. Et si on utilisait cela pour faire l’inverse : introduire plus de réalité dans l’école, souvent décriée comme lointaine des besoins professionnels et des compétences nécessaires dans la « vraie vie ».
     

    Constat
    L’enseignement est marqué par des structures disciplinaires. Chaque branche a son « programme », qui traite de questions abstraites pour elles-mêmes. Dans la réalité, les choses ne se présentent jamais de cette manière. Toute question fait forcément appel à un réseau complexe de compétences et de questions qui dépassent ces barrières disciplinaires.

    Les tensions 

    On peut ainsi mettre en évidence des tensions liées à un tel projet :

    • Maîtriser les apprentissages de connaissances et de compétences nécessite une structure claire ; mais le découpage disciplinaire traditionnel réalise cet objectif en créant des espaces très artificiels : les branches scolaires. Il faudrait pouvoir dépasser cela tout en gardant une bonne maîtrise des cursus d’apprentissage et de leur cohérence ;
    • L’école peine à offrir un cadre proche du réel pour réaliser ses apprentissages. D’une part, des stages sont difficiles à organiser dans un contexte réel où la pression de la performance ne laisse pas assez de place au tâtonnement de l’apprentissage. D’autre part, la réalité scolaire rend difficile l’évaluation d’une démarche complexe et globale des apprenants.

    Le scénario 
    Le suivi scolaire peut être fortement amélioré par les outils informatiques. Ils permettent d’enregistrer des démarches et des résolutions de problèmes complexes en sériant les difficultés rencontrées par les apprenants et en proposant des ressources adaptées aux problèmes rencontrés. Le scénario imagine de tels algorithmes qui accompagnent les élèves et les enseignants dans des démarches aussi complexes qu’ouvertes. Les élèves conservent dans ce scénario un certain nombre de séquences classiques d’apprentissage. Cela vaut particulièrement pour l’apprentissage de connaissances importantes. Mais l’école mêle ce type d’activités à des cours blocs où il s’agit de gérer des problèmes complexes sous la forme de jeux de rôles et de projets – blocs durant une semaine. La réalité virtuelle vient donner corps aux activités proposées. L’environnement virtuel généré rejoint en fait une représentation de la réalité professionnelle de manière à immerger l’élève dans une problématique la plus vraisemblable possible.

    Que se passe-t-il dans les espaces physiques ? 
    La classe et la salle de classe éclatent, de même que le cours. La réalité virtuelle prend le pas sur la réalité physique, du moins durant ces séquences visant à s’immerger dans des situations complexes pour réaliser un projet.

    Que se passe-t-il dans le curriculum ? 
    [Le curriculum mêle des apprentissages traditionnels et des activités blocs. Gérer la réalité des compétences développées et des connaissances acquises dans ce type de cursus est très complexe. Il faut faire appel à des algorithmes informatiques pour piloter le processus d’apprentissage et permettre aux enseignants de soutenir les élèves.

    Que se passe-t-il chez les professeurs ? 
    [Le rôle du professeur est très différent d’une certaine représentation traditionnelle actuelle. En effet, les problèmes étant globalisés, le professeur ne peut plus rester à un rôle d’expert d’une discipline ou d’une branche. Il doit avoir un regard plus large et agit en fait plus comme un coach, accompagnant les parcours individuels des élèves et leur donnant des conseils.

  • Scénarios extrêmes FuturEduc

    École centrée sur l’élève Scénario Extrême  pour l'école en 2035

     

     

    Ce scénario a été construit à partir de la question « comment (re)construire l’école avec l’aide des nouvelles technologies pour la centrer sur l’élève ? ». Centrer l’école sur l’élève ne veut pas dire qu’il s’agit d’accéder à toutes les attentes de chaque élève, mais qu’une forme de différenciation doit permettre d’élaborer une démarche prenant en compte ces attentes… fussent-elles irréalistes. Le scénario s’est concentré sur des élèves de l’école primaire. Il nous semble en effet que les réponses doivent être fortement différenciées suivant le niveau de développement psycho-affectif de l’élève. En effet, une tension entre standardisation et individualisation existe dans ce domaine, dont le point d’équilibre dépend largement du degré d’autonomie de l’élève.

    Constat 

    Dans l’enseignement primaire suisse, chaque enseignant est responsable unique d’une classe durant l’ensemble d’une année scolaire. Cette organisation permet de développer un lien affectif fort entre les élèves et leur enseignant, ce que nous considérons comme très positif vu l’âge des élèves.

    On voit cependant apparaître aujourd’hui des intervenants complémentaires pour gérer des aspects spécifiques (dyslexie, problèmes de comportement, etc.). L’articulation entre ces divers intervenants n’est pas toujours aisée ni cohérente. De plus, les intervenants spécifiques ne s’adressent qu’à certaines catégories d’élèves pour des problématiques particulières. Or, chaque élève est différent et chaque élève gagnerait à bénéficier d’une adaptation spécifique d’une part d’enseignement à ses aptitudes, son caractère, sa personnalité…

    L’organisation scolaire a créé cette structure de « une classe – un horaire - un enseignant – un lieu » parce qu’elle permet la gestion d’un établissement lorsque cette dernière utilise des outils classiques (et manuels). Les outils informatiques modernes permettent cependant aisément de dépasser de tels schémas d’organisation.

    Les tensions

    On peut ainsi mettre en évidence des tensions liées à un projet « école centrée sur l’élève » :

    • Multiplier les intervenants risque de casser le lien affectif privilégié de l’élève avec un enseignant, lien qui nous paraît essentiel pour des enfants encore jeunes ;
    • Construire des apprentissages où la différenciation devient la règle (et la standardisation l’exception) nécessite de l’enseignant qu’il modifie profondément son rôle vis-à-vis des élèves et sa représentation du métier ;
    • Le développement d’outils spécifiques pour soutenir une pédagogie fortement différenciée nécessite des impulsions et des ressources fortes de la part des services publiques.

    Le scénario

    Un enseignant doit demeurer le référent fort de l’enfant. C’est lui qui l’accompagne durant toute une année scolaire dans la planification de ses apprentissages et dans les séquences d’enseignement communes à un groupe d’élèves. Ces activités partagées ont pour fonction de conserver à l’école le développement de la socialisation et aussi de donner des points de repères communs participant des attentes de la société.

    L’enseignant effectue un important travail d’organisation, de coordination et de suivi différencié. Il bénéficie pour cela d’outils informatiques performants afin de coordonner les activités des élèves avec l’ensemble des acteurs de l’institution et aussi pour proposer des séquences d’apprentissage qui s’adaptent au rythme et au niveau de l’élève. L’emploi du temps de l’élève est structuré par un plan de journée / de semaine individuel fixé par l’enseignant. Cet emploi du temps évolue en fonction des réalisations et des retours de l’élève.

    Divers types d’intervenants pédagogiques collaborent dans la structure scolaire, coordonnant efficacement les offres en fonction des moyens et des besoins. Ils sont des ressources à disposition des enseignants pour répondre à des problématiques spécifiques : traitement de la dyslexie ou de problématiques de ce type – soutien dans le cadre de groupes qui peinent à dégager une dynamique de travail positive – porteurs de séquences d’apprentissage spécialisées – répétiteurs et soutiens pour des élèves en difficulté sur un sujet donné - etc.

    Divers types d’outils sont à disposition de l’enseignant pour différencier les apprentissages. Des banques d’exercices, des outils d’auto-apprentissage (par exemple dans le domaine des langues étrangères), des jeux permettant de répéter certaines notions clés, des évaluations autocorrectives, etc.

    Que se passe-t-il dans les espaces physiques ?

    L’élève conserve une salle de classe, qui offre un point d’ancrage et sert de repère. Mais il est plus souvent qu’aujourd’hui amené à changer de lieu. Des espaces communs entre les salles de classe peuvent par exemple concentrer les ressources informatiques disposant de programmes spécialisés. Les intervenants pédagogiques peuvent tantôt intervenir dans la salle de classe ou bien disposer de leur propre lieu, équipé d’outils spécifiques.

    Les outils de gestion sont adaptés à renseigner l’enseignant en temps réel sur les ressources (humaines, techniques et spatiales) disponibles au sein de l’école. Il peut réserver aisément des ressources sur le moment et faire évoluer la journée de l’élève, directement de son poste de travail.

    Les informations circulent de manière fluides entre les divers acteurs de l’institution (élève, enseignant, parents, intervenants pédagogiques). Il n’est pas nécessaire de se rencontrer ou de constituer des courriers pour que chaque acteur dispose d’informations adaptées à ses besoins, grâce à des outils informatiques en réseau.

    Que se passe-t-il dans le curriculum ?

    La feuille de journée / semaine est l’outil essentiel pour construire le curriculum de l’élève. L’enseignant doit bénéficier d’une formation spécifique pour utiliser cet outil dans le respect des objectifs cibles fixés par le programme et en toute connaissance des marges de manœuvre offertes pour s’adapter au rythme et aux compétences de chaque élève.

    En effet, le curriculum demeure en grande partie fixé par des attentes externes, attentes d’un niveau scolaire à un autre, attentes de la société vis-à-vis des jeunes à la sortie de l’école. Il s’agit donc que l’enseignant trouve des points d’équilibre entre les attentes du programme et celles de l’élève. L’école doit être organisée de telle sorte qu’un curriculum individuel peut être élaboré en tenant compte à la fois de l’élève (son rythme, ses compétences, ses difficultés, etc.) et du programme (passage d’un cycle scolaire à un autre, attentes de la société à la sortie de l’école, citoyenneté, habiletés professionnelles, etc.).

    D’autres outils doivent être constitués pour rendre aisément compte de ce curriculum particulier aux acteurs externes de l’institution. En effet, l’école doit réussir la communication des compétences scolaires aux partenaires externes : aux parents pour leur permettre de soutenir le projet de formation de leur enfant, aux employeurs pour qu’ils situent rapidement le profil scolaire lors d’une postulation ultérieure de l’élève, etc.

    Que se passe-t-il dans la dimension temporelle ?

    Le rythme de l’élève est le résultat d’une tension entre le rythme imposé par le programme et le rythme de ses apprentissages. L’enseignant dispose d’une série d’indicateurs (notamment recueillis par les outils informatiques offrant des séquences d’apprentissage, mais aussi notés par les intervenants pédagogiques) qui lui permettent de discuter avec l’élève et ses parents et de fixer de nouveaux objectifs sur des périodes données.

    Des élèves plus rapides doivent pouvoir parcourir un cycle plus rapidement. Il devrait cependant aussi être possible de leur proposer comme alternative d’ajouter d’autres compétences durant leur acquisition des compétences de base du cycle en question (par exemple une langue supplémentaire, un niveau plus approfondi dans certains domaines, etc.)

     

    Que se passe-t-il dans la dimension économique ?

    Les ressources humaines nécessaires ne seront pas diminuées dans un tel projet. Elles seraient par contre formées de manière différenciée puisque des rôles spécifiques existeraient au sein de l’institution scolaire (enseignants, intervenants scolaires de divers ordres, accompagnants, etc.).

    La multiplication des acteurs nécessiterait le développement d’outils spécifiques qu’il s’agirait de financer.

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