Blog de Pierre Mallet

  • L'économie collaborative peut-elle dynamiser (ou dynamiter) l'économie sociale et solidaire ?

    Le jeudi 23 avait lieu au Woma, “fabrique de quartier” du 19è arrondissement, une rencontre organisée par l’Atelier de l’ESS avec pour thème “L’économie collaborative peut-elle dynamiser (ou dynamiter) l’économie sociale et solidaire ?”. Ce débat était le premier de trois rencontres autour du lien entre ESS et nouvelles économies et mettait autour de la table Valérie Peugeot (Vecam), Flore Berlingen (OuiShare), Alexandre Laing (Buld in town) et Jean Moreau (Phenix). Après un été mouvementé pour le mouvement collaboratif, cible de nombreuses critiques souvent légitimes, notamment dans les médias, le programme nous promettait des discussions stimulantes : “L'ESS est-elle en capacité à créer un Airbnb solidaire, un BlaBlaCar vert ou un Über coopératif ? Et à l'inverse, l'ESS ne peut-elle pas inciter la Sharing Economy à être plus locale, plus solidaire et plus démocratique ?” 

    Après une rapide présentation de l’économie collaborative par des étudiants de Sciences-Po Paris, le contexte était posé : l’économie collaborative et l’économie social et solidaire se parlent aujourd’hui peu. L’ESS est parfois troublé par l’ampleur de certaines plateformes de la consommation collaborative (Air Bnb en tête), quand le côté statutaire de l’ESS représente des contraintes fortes pour les innovateurs aux méthodes agiles de l’économie collaborative. Néanmoins l’ESS et l’économie collaborative sont aujourd’hui des secteurs en pointe en France et ils auraient tout intérêt à dialoguer entre eux pour se renforcer davantage. L’ESS aurait aussi intérêt à s’engouffrer dans l’économie collaborative pour que ses valeurs s’y développent.    

    Si les deux secteurs s’ignorent c’est d’abord à cause d’une ignorance mutuelle selon Flore Berlingen, justement avec une double casquette (Zero Waste France et OuiShare). Or préjugés et représentations des deux camps sont bien souvent infondés. Malgré ce que beaucoup de gens pensent, l’échange monétaire n’est pas une différence entre l’ESS et l’EC car beaucoup de projets de l’économie sociale sont en réalité marchands. De même, la lucrativité ou non des structures n’est pas un critère de différenciation, une association pouvant se revendiquer de l’économie collaborative quand une start-up faisant des profits peut quant à elle avoir des retombées sociales ou environnementales importantes. À l’inverse, l’ouverture ou non (gouvernance, gestion des données, gestion des ressources), et le partage de la valeur sont des vrais critères de comparaison de projets pouvant s’appliquer autant à l’ESS qu’à l’économie collaborative. Le numérique est à la racine dans la consommation collaborative ce qui fait que les acteurs portent certaines des valeurs du numérique. À l’inverse, l’ESS reste aujourd’hui encore en partie non numérique, mais possède une vraie valeur ajoutée sur les questions mutualisation de la production, qui sont encore pour l’instant ignorées par une majorité des plateformes de consommation collaborative. L’ESS est aussi par essence plurielle, les problématiques et les ponts ne seront pas les mêmes si l’on compare économie collaborative avec les mutuelles, ou l’économie collaborative avec les coopératives.

    Pour Valérie Peugeot (Vecam), la période actuelle est intéressante en comparaison par rapport à il y a 2/3 ans. Avant l’économe collaborative avait besoin de grandir et d’être reconnue, il y avait alors un mix volontaire entre les différents aspect et visage du secteur, “un grand écart total” reconnait Flore  de OuiShare. Aujourd’hui l’économie collaborative est une notion acquise et donc il est possible de rentrer plus profondément dans l’analyse. “Les chemins vont diverger” selon Valérie Peugeot, rappelant l’intervention de Diana Filippova (OuiShare) au LHForum du Havre affirmant “qu’il est temps de parler d’économies collaboratives au pluriel”. Si des ponts veulent être créés, il est important de faire des distinctions entre les différents mouvements de l’économie collaborative, qui est parfois plus une économie de l’intermédiation que de la collaboration. Il n’y a pas forcément de rôle social, environnemental derrière cette nouvelle économie. Aujourd’hui les différents courants doivent se différencier sur les motivations, les valeurs des entreprises, des projets. Il est rappelé par Flore Berlingen que pour chacun des modèles de plateformes de la consommation collaborative qui ne nous satisfait pas, il existe souvent des équivalents, qui sont néanmoins rarement au niveau de leurs concurrents en terme d’ergonomie, de fonctionnalité, de design. L’enjeu principal est aujourd’hui de donner de la visibilité à ces initiatives émergentes, qui ont souvent du mal à trouver un modèle économique stable.

    De son côté, l’ESS bouge aussi, l’entreprenariat social va être considéré comme de l’économie sociale. Valérie Peugeot, également prospectiviste chez Orange Labs rappelle avec justesse qu’il y a encore 15 ans, l’économie sociale ne parlait pas du tout avec l’économie solidaire. Il est alors possible d’imaginer que demain, l’économie collaborative parlera avec l’ensemble de l’ESS. Pour cela, il est important de créer dès maintenant des repères pour travailler ensemble, pour trouver des ponts entre les différents secteurs. Il y a urgence aujourd’hui à mettre en débat les différents acteurs permet de faire évoluer les choses.

    Pour les intervenants, il est important que l’ESS s’empare du numérique pour faire évoluer ses pratiques en profondeur. Aujourd’hui les acteurs du secteur comprennent que “le numérique ce n’est pas seulement une adresse mail et un site Internet” selon Valérie Peugeot, mais qu’il détient aussi une dimension politique compatible avec l’ESS.

    Intervenants et participants rappeleront à plusieurs reprises en fin de rencontre que certains besoins de l’ESS ne seront jamais couverts par le social business ou l’économie collaborative (l’exemple des associations d’aide aux migrants de Calais sera évoqué). Il faut chercher à trouver des logiques de complémentarité plutôt que logiques de concurrence pour créer des ponts. Et s’inspirer de l’économie collaborative pour se penser et travailler dans un esprit de coopération avec les autres types d’acteurs et de structures (associations, pouvoirs publics, entreprises, citoyens, etc.)

     

  • Atelier participatif "les chemins des transitions urbaines"
     
    QN_logo_atelier.png

    2 décembre 2014 14h-18h30

    >>Inscription<<

     

    Courant septembre, la Fing et l’Ademe organisaient au Pavillon de l’Arsenal le premier atelier "Transitions urbaines". Le 2 décembre, se tiendra le second atelier du cycle, qui se focalisera sur les horizons et chemins des transitions urbaines. << INSCRIPTION >> 

    La ville concentre sur son territoire de multiples figures de la transition : des plus souvent citées (transition écologique et énergétique), aux moins médiatisées (transitions numérique, économique, sociale, urbaine, agricole, démographique, politique, cognitive… ). Comment ces différentes figures de la transition cohabitent-elles et entrent-elles en tension(s) ? Quels différents chemins s’ouvrent à la ville de demain ? Quels sont les freins aux changements sans cesse annoncés ?

    Le 16 septembre, la Fing et l'Ademe organisaient au Pavillon de l'Arsenal le premier atelier "Transitions urbaines", en présence de nombreux contributeurs. L'occasion de croiser les regards sur le sujet des transitions urbaines, la ville concentrant sur sont territoire de multiples figures de la transition : pourquoi la situation ne peut-elle plus durer telle qu'elle est aujourd'hui ? Que voit-on émerger, quelles tendances nouvelles, quels signaux faibles ? Quels sont les différents modèles "sur étagère" mis à l'épreuve ?

    >> Retrouvez le compte-rendu du premier atelier "Transitions urbaines"

    2 décembre - Atelier Chemins des “Transitions urbaines”
    La Fing et l’Ademe vous donnent rendez-vous le 2 décembre 2014 de 14h à 18h30 dans les locaux de Cofonca (6, rue Jean Jaurès, à Puteaux) pour le second atelier sur les transitions urbaines.

    Quels futurs désirables pour demain et quels sont les modèles urbains à imaginer pour demain ? Comment les acteurs urbains pourront-ils s'y engager ? Quels sont les chemins à construire et à emprunter ? Alors que le premier atelier s'intéressait au paysage actuel, celui-ci se focalisera sur ces éléments des transitions.

    Cet après-midi réunira un public mixte d’experts et d’acteurs du numérique, du développement durable et de l’écologie, de l’architecture et de l’urbanisme, de la politique, du design, des transports publics, des déchets, de la construction, de l’innovation.

    << INSCRIPTION >> 

     

  • Pourquoi faut-il parler de "transitions urbaines" ?

    Retour sur le premier atelier du cycle Questions Numériques 2015 : regards croisés ADEME/Fing sur les transitions urbaines qui a eu lieu le 16 septembre dernier au Pavillon de l'Arsenal à Paris

    Le premier échange de la journée questionnait la pertinence de parler de “transitions urbaines” dans un exercice prospectif comme celui de Questions Numériques. D’un point de vue partagé, le bouleversement général du jeu d’acteur sur les territoires urbains implique un changement de regard. La montée en puissance de gros acteurs numérique (des Pure players… qui ne le sont plus) dans le champ urbain, légitimée par le discours sur la Smart City, va redistribuer certaines cartes. Le discours plus ou moins disruptif de ces néo-acteurs urbains impacte aujourd’hui à la fois la gestion et la distribution de ressources comme l’eau ou l’énergie, le secteur du logement ou des transports avec l’émergence d’acteurs d’une économie basée sur la multitude.

    Des acteurs urbains disruptés, des méthodes d’action bousculées

    Le développement ininterrompu des territoires urbains induit une complexité toujours plus importante de ces derniers. Les modes de vie et les populations évoluent et mutent, notamment du fait de l’importance croissante du numérique dans nos vies, impactant la façon dont on se déplace, dont on travaille, dont on consomme ... Les aires urbaines qui les accueillent doivent anticiper et accompagner ces changements pour ne pas les subir trop violemment. Pour les participants, il y a urgence à apporter de nouvelles solutions car des problèmes encore pas résolus (étalement urbain, crise du logement, grande pauvreté, nourrir qualitativement la population urbaine, etc.) symbole d’un modèle urbain en crise vont s’intensifier à moyen terme. Les problématiques urbaines se révèlent aujourd’hui imbriquées les unes avec les autres et nécessitent un changement de grille de lecture et d’action,  nécessairement plus transversale et collective. Les méthodes d’hier ne permettent plus de résoudre des problèmes toujours plus complexes. Surtout, la crise budgétaire qui touche la plupart des acteurs territoriaux, couplée avec la baisse des dotations de l’État annoncent une période où les acteurs publics ne pourront plus agir seul et devront s’appuyer sur de nouveaux outils et de nouveaux acteurs pour administrer leur territoire en maintenant un niveau satisfaisant de services et pour répondre aux différents défis urbains des décennies à venir.

    Un changement d’échelle et de focale nécessaire pour répondre aux grands défis urbains

    Devant l’urgence à agir et l’inefficacité observé des états nations à répondre à certains problèmes majeurs, en premier lieu le réchauffement climatique, l’échelle des territoires, en particulier métropolitaine, semble aujourd’hui être celle qui peut apporter une réponse efficace. La perte du pouvoir des gouvernements oblige les villes à prendre de nouvelles responsabilités et les territoires urbains deviennent des échelles cohérentes d’intervention face aux grands défis de demain, qu’ils soient territorialisés ou plus globaux. La ville semble aujourd’hui représenter un nouvel espace des possibles et cristallise des énergies et des espaces d’expérimentation et d’innovation, représentant d’un point de vue de la transition autant le problème que la solution. Les espaces urbains dessinent en effet un avenir qui fluctue entre fragilité et résilience.

    Des territoires urbains en transition

    Néanmoins cette montée en puissance du rôle des territoires nous oblige à parler de transitions urbaines au pluriel car les métropoles mondiales ne prennent pas toute le même chemin et n’ont pas toute le même horizon de transition. Le futur des territoires urbains sera donc forcément pluriel et cela n’est pas sans poser la question de l’inégalité d’action face aux défis urbains majeurs et à la capacité des territoires de rentrer ou non en transition. Cette diversité importante des territoires aujourd’hui en crise et confrontés à la difficulté de leurs propres mutations ne se réduit cependant pas aux seules métropoles ou aires urbaines. Villages, petites villes en déclin, territoires à l’abandon sont aussi à regarder de près lorsque l’on parle de transition. À l’heure où les villes s’étalent toujours plus, où les comportements urbains gagnent la plupart des campagnes à travers le monde, et que la frontière entre ville et campagne s’efface, peut-être est-il plus judicieux pour nous de parler de “transitions territoriales” plutôt que de “transitions urbaines” au cours de notre travail prospectif.

     

    Retrouvez le reste des productions de l'atelier Questions Numériques zoom urbain ici.

  • Nous organisions le 1er octobre un atelier sur “la consommation collaborative et l’environnement”, dans les locaux de La Poste.

    Cet atelier était introduit par l’intervention de Damien Demailly (Institut du Développement Durable et des Relations Internationales - IDDRI), qui présentait pour l’occasion l’étude Économie du partage & transition écologique, réalisée avec Anne-Sophie Novel.

    Si le potentiel en terme d’écologie que possède la consommation collaborative n’est pour les auteurs pas contestable, l’intérêt de cette étude est d’essayer de voir comment transformer ce potentiel en durabilité. Comment rendre la consommation collaborative vraiment durable ? Il est rappelé que la promesse environnementale est souvent mise en avant par les inventeurs du concept de l’économie du partage, parfois par les entrepreneurs des plateformes. Pour Damien Demailly, il est temps de passer d’un argument de durabilité à un objectif de durabilité. De la même façon, les territoires pro-actifs sur la thématique de l’économie du partage, qui misent pour l’instant davantage sur les opportunités en termes de dynamisme économique, doivent se positionner sur les enjeux environnementaux.

     

    Des pratiques aux impacts environnementaux variables

    Les auteurs se sont centrés dans leur étude sur les questions de réemploi, mutualisation et mobilité partagé, et donc sur les pratiques liées à l’excess capacity et au cycle de vie des objets. S’il est souligné que la consommation collaborative représente de “nouvelles façons de faire des choses anciennes”, l’étude va plus loin en mettant en lumière l’impact du numérique sur ces pratiques. Le réemploi est donc une pratique ancienne et courante, surtout le don, qui touche une bonne partie des français. La mutualisation est de son côté une pratique ancienne mais qui reste aujourd’hui encore peu développée. Elle tend néanmoins à se renouveler grâce à des plateformes telle que Zilok ou encore Kiwizz. La mobilité partagée est aussi une pratique ancienne, mais qui restait relativement étroite. Depuis quelques années, et surtout en France, cette pratique explose jusqu’à être présente dans notre quotidien.

    Si l’on veut mesurer l’impact écologique de ces pratiques collaboratives, il est important de s’intéresser à leurs potentialités. Concernant la mobilité partagée, il faut distinguer le covoiturage “domicile-travail” et le covoiturage occasionnel. Sur une autre pratique, un auto-partageur va diminuer de moitié la distance parcourue en voiture individuelle, au bénéfice des transports en commun, car on observe qu’on utilise différemment un objet partagé d’un bien personnel. Concernant le réemploi, le poids économique des biens partageables et faciles à réutiliser représente un quart des dépenses finales des ménages (automobile, habillement, mobilier, etc.). D’un point de vue environnemental, un tiers des déchets des ménages provient de biens potentiellement partageables...

    La mutualisation permet de partager les coûts fixes, et de laisser assumer les coûts marginaux par l’utilisateur final (cela marche bien pour le partage des véhicules).

     

    Comment rendre la consommation collaborative durable d’un point de vue environnemental ?

    La durabilité de la consommation collaborative dépend pour Damien Demailly en grande partie de la qualité des objets. En effet, si le fait de partager ma perceuse a pour conséquence une détérioration plus rapide de l’objet et un rachat dans la foulée, le bilan environnemental n’est alors pas satisfaisant. Il est donc important d’encourager la création d’objets pensés et designés pour le partage, robustes et facilement réparables, dont l’usage prime sur la possession.

    Pour l’auteur de l’étude, si la qualité des biens partagés est primordiale, ce sont bien les comportements de consommation qui détermineront in-fine la durabilité du tout… les modes de consommation étant en effet liés aux différents services. L’exemple des “fashionistas”  d’Ebay illustre bien ce paradoxe. Le fait d’avoir accès à des biens d’occasion moins chers, permet-il de mieux consommer ou de consommer davantage ? De la même façon, la baisse du besoin / de l’envie de posséder dépend sans doute des objets. Si l’on exprime aujourd’hui moins le souhait de posséder la dernière voiture à la mode, ce n’est pas forcément le cas pour le dernier téléphone portable.

    L’épineuse question de l’effet rebond a été l’occasion d’un long débat entre les participants. S’il semble bien difficile à mesurer et à éviter, dépassant largement le seul cadre de la consommation collaborative, il faut, pour l’auteur de l’étude, distinguer l’effet rebond local et global. L’effet de substitution est plus facilement repérable au niveau local, et c’est donc à cette échelle que l’on peut trouver des règlementations ou des incitations pour éviter les externalités environnementales négatives.  

     

    En bref : 

    3 grandes dimensions, conditions générales à la durabilité de la consommation collaborative :

    Qualité des biens partagés (durable, recyclable, manufacturé)

    Logistique (nécessite une meilleure optimisation du transport de biens)

    Effet rebond / modes de consommation (différencier l’effet rebond local (je voyage plus localement) / global (utiliser ailleurs), on peut trouver des réponses à l’échelle locale, mais l’effet rebond globale dépasse la simple consommation collaborative)


    Comment, concrètement, rendre les services de la consommation plus durables ? La seconde partie de l’atelier visait à travailler sur des pistes de réponse, à retrouver ici dans les jours qui viennent.

Conception & réalisation : Facyla ~ Items International

Plateforme construite avec le framework opensource Elgg 1.8