Blog de Aurialie Jublin

  • Le bureau éditorial du New York Times a publié il y a quelques semaines un article intitulé « Il pourrait y avoir bientôt trois Internets. L’Américain ne sera pas forcément le meilleur », faisant allusion à la façon dont les questions de protection de la vie privée, sécurité et liberté sur le Web sont traitées différemment selon si on se place du point de vue de l’Europe, des États-Unis ou de la Chine.

    A l’origine, le Web avait été imaginé par Tim Berners-Lee comme une espace unifié, sans limite, faisant la promotion de la libre circulation de l’information et donc de la démocratie. Or, les choses ne sont plus aussi simples et il existe un monde de différences entre le règlement général de protection des données (RGPD) de l'Union européenne, et le système de censure et de surveillance (le projet Bouclier Doré et son programme « Great Firewall », littéralement le « Grand Pare-feu ») géré par le ministère de la Sécurité publique en Chine. Ce système de surveillance numérique de plus en plus sophistiqué (vidéosurveillance, reconnaissance faciale, historique de navigation, …) joue un rôle majeur dans les violations des droits de l’homme en Chine, notamment des musulmans.

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    Les Etats-Unis ne sont pas en reste sur la surveillance d’Internet et des téléphones portables par ses services secrets, comme l’ont montré les révélations d’Edward Snowden en 2013 : collecte d’informations en ligne, espionnage d'équipements informatiques à l'étranger, espionnage d'institutions internationales comme le Conseil européen à Bruxelles ou le siège des Nations Unies, …

    Comme l’écrit le New York Times, « les trois sphères - Europe, Amérique et Chine - génèrent des ensembles de règles, règlements et normes qui commencent à se frotter les uns contre les autres », ce qui peut poser des problèmes quand la localisation physique des données n’est pas au même endroit que les utilisateurs de ces données.

    Par ailleurs, poursuit le bureau éditorial, « l'autoroute de l'information se fissure plus facilement quand elle dépend en grande partie d'une infrastructure privée », prenant l’exemple de la panne du service de cloud computing d’Amazon en 2017 (Amazon Web Services) qui a entraîné l’arrêt de nombreux services et sites sur le Web. Cependant cette panne étant due à une erreur humaine, rien ne dit que la gestion des infrastructures par un acteur public n’aurait pas entraîné un jour la même panne. Ce qui est plus gênant, c’est qu’un acteur privé, qui est l’un des premiers acteurs du stockage de données, soit aussi la plus grande plateforme d’e-commerce (et donc collecte énormément de données sur les habitudes d’achat des acheteurs) et propose maintenant un assistant vocal, Alexa, qui va connaître les pratiques quotidiennes de ses utilisateurs.

    Par contre, l’article ne parle pas du principe de la neutralité du net (qui induit l'égalité de traitement de tous les flux de données sur Internet, excluant toute discrimination positive ou négative à l'égard de la source, de la destination ou du contenu de l'information transmise sur le réseau), principe que le président Donald Trump a aboli aux Etats-Unis en décembre 2017. Cela peut pourtant avoir des conséquences importantes sur la liberté d’expression et la circulation de l’information, voire même dramatiques comme le montre la réduction du débit du forfait illimité des pompiers de Californie, alors qu’ils combattaient un énorme incendie.

    Enfin, l’article n’évoque pas non plus les autres zones, notamment les zones où il n’y a pas Internet. Or selon une étude de la Web Foundation, dont a fait référence en exclusivité le Guardian, la croissance de l'accès à Internet dans le monde s’est considérablement ralentie. En 2014, l'ONU avait prédit que la moitié du monde serait connectée d'ici 2017, mais au rythme actuel, cela ne devrait pas arriver avant mai 2019, respectant de peu l'objectif de développement durable de l'ONU d'un accès abordable à Internet pour tous d'ici 2020. Une des raisons de cette baisse de la croissance est le coût de la mise en place des réseaux, notamment dans des régions reculées.

    Par ailleurs, comme l’écrit le Guardian « outre le fait de ne pas saisir les opportunités économiques, les personnes sans connexion sont exclues des débats publics en ligne, de l'éducation, des groupes sociaux et des moyens d'accéder aux services gouvernementaux numériques tels que la déclaration des taxes et la demande de cartes d'identité. » « À mesure que notre vie quotidienne devient de plus en plus numérique, ces populations hors ligne continueront d'être poussées plus loin en marge de la société », indique par ailleurs le rapport. Parmi ces personnes non connectées, les femmes sont les plus touchées. Nanjira Sambuli, qui s’occupe de promouvoir l’égalité d’accès au Web à la Web Foundation explique que « dans certaines communautés, l’idée que les femmes possèdent quelque chose à elle, même un téléphone portable, est mal vue. » Elle ajoute : « C’est un rappel brutal que la technologie n’est pas une solution miracle pour résoudre les inégalités existantes et qui subsistent en raison de facteurs réels qu’il faut résoudre. Ce sont des défis qui ont été lancés sur le bord de la route. 

  • Si vous voulez comprendre le processus qui a mené du Web créé par Tim Berners-Lee (et co-développé avec Robert Cailliau), qui se voulait ouvert, libre et collaboratif, au Web d'aujourd'hui (centralisé autour de quelques grandes plateformes qui ont basé leur modèle économique sur les publicités et les données personnelles des utilisateurs, qui les enferment dans des bulles de filtres, qui propagent des fake news, ...), l'article du NewYork Magazine "The Internet Apologizes" est celui qu'il faut lire en premier. Entrecoupé de citations des "architectes" du Web, ayant travaillé pour les plus grandes plateformes et/ou entreprises technologiques (Jaron Lanier, Ellen Pao, Tristan Harris, ...), il retrace les 15 étapes qui ont mené au monde d'aujourd'hui et finit avec les 7 inventions qui ont ruiné Internet (les cookies, le tri algorithmique, le bouton "j'aime", le rafraichissement de la page par le scroll, ...). Voilà donc les 15 étapes :

    1. Tout a commencé avec de bonnes intentions hippies... : le rêve de la Silicon Valley est né de la contre-culture, une génération de programmeurs a afflué dans la Bay Area dans les années 1970 et 1980, en voulant transformer le monde pour de bon, grâce aux nouvelles technologies.
    2.  ... Ensuite il y a eu un mélange avec un capitalisme sous stéroïdes : l’échelle et la puissance planétaires envisagées par les premiers hippies de la Silicon Valley se sont révélées être aussi bien adaptées à la création d’argent qu’à la sauvegarde du monde.
    3. Et l'arrivée des financiers de Wall Street n'a pas aidé... : alors que Facebook devenait du jour au lendemain le premier succès des médias sociaux, le marché boursier s’est effondré, envoyant des investisseurs soucieux de leur argent vers l’industrie tech. En peu de temps, une poignée de sociétés avaient créé un quasi-monopole sur la vie numérique. >> Ellen Pao, ancienne DG de Reddit : "Ainsi, en 2008, lorsque les marchés se sont effondrés, toutes les personnes de Wall Street motivées par l’argent se sont retrouvées dans la Silicon Valley pour se lancer dans la technologie. C’est à ce moment que les valeurs ont changé encore plus. L’optimisme précoce et sans fondement de l’Internet a fini par être complètement déformé dans les années 2000, ces personnes ayant des objectifs différents."
    4.  … Et nous avons payé un prix élevé pour le garder gratuit : pour éviter de payer pour Internet - tout en devenant fabuleusement riche à la fois -, la Silicon Valley s'est tournée vers la publicité numérique. Mais pour vendre des annonces ciblant des utilisateurs individuels, il faut développer son audience et utiliser des technologies avancées pour collecter des quantités de données personnelles qui permettront de les atteindre efficacement.
    5. Tout a été conçu pour être vraiment, vraiment addictif : les géants des médias sociaux sont devenus des "marchands d’attention", décidés à attirer les utilisateurs quelqu'en soient les conséquences. "Engagement" était un euphémisme de "métrique", mais en pratique, c'est devenu une machine sans précédent pour la modification du comportement.
    6. Au début, cela a fonctionné - presque trop bien : Aucune des sociétés n'a caché ses projets ou menti sur la façon dont son argent était gagné. Mais alors que les utilisateurs étaient empêtrés plus profondément dans ce réseau de surveillance de plus en plus addictif, les principales plateformes numériques sont devenues extrêmement populaires. >> Roger McNamee, spécialiste du capital risque : "Si vous remontez aux débuts de la théorie de la propagande, Edward Bernays a émis l’hypothèse que pour implanter une idée et la rendre universellement acceptable, il fallait que le même message apparaisse dans tous les médias, tout le temps, pendant une très longue période de temps. L'idée était que cela ne pouvait être fait que par un gouvernement. Ensuite, Facebook est arrivé avec cette capacité de faire de la personnalisation pour chaque utilisateur. Au lieu d'être un modèle de diffusion, c'était désormais 2,2 milliards de chaînes individualisées. C'était le produit le plus efficace jamais créé pour tourner autour des émotions humaines."
    7. Personne dans la Silicon Valley n'a été tenu responsable… : personne au sein du gouvernement - ou, d’ailleurs, dans la base des utilisateurs de l’industrie tech - n'a semblé vouloir faire rentrer dans le rang un secteur aussi riche et dynamique.
    8. … Même lorsque les réseaux sociaux sont devenus dangereux et toxiques : les entreprises évoluant à un rythme sans précédent, la sécurité des utilisateurs a été mise au second plan, après la croissance et l’engagement. Les ressources sont allées à la vente de publicité, sans protéger les utilisateurs contre les abus. >> Jaron Lanier, pionnier de la réalité virtuelle  : "Chaque fois qu’il ya des mouvements comme Black Lives Matter ou #MeToo, vous avez cette période initiale où les gens ont l’impression d’être sur un tapis magique. Les médias sociaux leur permettent d'atteindre les gens et de s'organiser plus rapidement que jamais. Ils pensent, "Wow, Facebook et Twitter sont ces merveilleux outils de la démocratie". Mais il s'avère que les mêmes données qui créent un processus positif et constructif comme le Printemps arabe peuvent être utilisées pour irriter d'autres groupes. Ainsi, chaque fois que vous avez un mouvement comme Black Lives Matter, les médias sociaux réagissent en renforçant les néonazis et les racistes d’une manière qui n’a pas été vue depuis des générations. La bonne intention originelle finit par renforcer son contraire."
    9. … Et même quand ils ont envahi notre vie privée : plus Facebook et les autres plateformes ajoutaient de fonctionnalités, plus les utilisateurs leur donnaient volontairement, voire involontairement, de données, aux plateformes mais aussi aux courtiers en données qui gèrent la publicité numérique. >> Sandy Parakilas, ex-product manager chez Uber: "Une fois, un développeur qui avait accès aux données de Facebook était accusé de créer des profils de personnes sans leur consentement, y compris des enfants. Mais lorsque nous en avons entendu parler, nous n’avions aucun moyen de prouver que cela s’était réellement produit, car nous n’avions aucune visibilité sur les données une fois qu’elles quittaient les serveurs de Facebook. Donc, Facebook avait des politiques contre ce genre de choses, mais cela ne nous permettait pas de savoir ce que faisaient vraiment les développeurs."
    10. Puis est arrivé 2016 : l'élection de Donald Trump et le triomphe du Brexit, deux campagnes largement alimentées par les médias sociaux, ont montré aux spécialistes des technologies que connecter le monde - du moins via un système de surveillance publicitaire - ne mène pas nécessairement à cette utopie hippie.
    11. Les employés commencent à se révolter : les dirigeants de l’industrie technologique ne risquent pas de mordre la main qui les nourrit. Mais peut-être que leurs employés - ceux qui ont signé pour une mission autant que pour l'argent - peuvent se lever et provoquer un changement. >> Can Duruk, ancien développeur à Uber : "J'étais chez Uber quand il y a eu toute la folie là-bas, et cela a eu un impact sur le recrutement et les embauches. Je ne pense pas que ces entreprises vont s'effondrer parce qu’elles ne peuvent plus attirer les bons talents. Mais il y aura un impact significatif. C'est devenu moins positif sur le plan moral maintenant de travailler là-bas : vous allez à Facebook pour écrire du code et ensuite vous rentrez chez vous. Ce sont juste devenus des entreprises comme les autres."
    12. Pour y remédier, nous avons besoin d'un nouveau modèle économique… : si le problème réside dans la façon dont la Silicon Valley gagne de l’argent, elle va devoir gagner de l'argent par un autre moyen. Peut-être en essayant quelque chose de radical et de nouveau, comme demander aux utilisateurs de payer pour des biens et des services.
    13. … Et d'une réglementation stricte : alors que nous en sommes là, nous pouvons nous demander où le gouvernement a-t-il été pendant tout ce temps. >> Richard Stallman, programmateur, initiateur du mouvement du logiciel libre : "Nous avons besoin d'une loi. Putain, il n’y a aucune raison de les laisser exister si le prix est qu'il sache tout à propos de nous. Laissez-les disparaître. Ils ne sont pas importants - nos droits humains sont importants. Aucune entreprise n’est aussi importante que son existence ne justifie la création d’un État policier. Et nous nous dirigeons vers un État policier." 
    14. Peut-être que rien ne changera : la possibilité la plus effrayante est que rien ne peut être fait - que les géants du nouvel Internet sont trop riches, trop puissants et trop addictifs pour que quiconque puisse régler cela. >> Antonio Garcia Martinez, ad-tech entrepreneur : "La publicité, c'est nul, bien sûr. Mais comme le disent les gars des technologies publicitaires, « nous sommes ceux qui payons pour Internet ». Il est difficile d’imaginer un modèle économique différent de la publicité pour toute application Internet grand public qui dépend des effets de réseau."
    15. … À moins qu'à la toute fin, de nouvelles personnes prennent des responsabilités : si les problèmes de la Silicon Valley résultent d’une mauvaise prise de décisions, il serait peut-être temps de rechercher de meilleurs décideurs. Un endroit pour débuter serait en dehors du groupe homogène actuellement au pouvoir. >> Ellen Pao : "J'ai exhorté Facebook à faire appel à des personnes qui ne font pas partie de la majorité homogène de leur équipe de direction, de chaque équipe produit, de chaque discussion de stratégie. Les personnes qui sont là maintenant ne comprennent clairement pas l’impact de leurs plateformes et la nature du problème. Vous avez besoin de personnes qui vivent le problème pour en clarifier l'étendue et aider à le résoudre."

    L'article se termine avec les regrets d'autres personnalités de la Silicon Valley, qui croyaient vraiment dans le respect de la vie privée mais qui n'ont rien fait au final, qui n'autorisent pas leur famille à aller sur les réseaux sociaux, qui se demandent comment ils ont pu créer de tels monstres... Pas de doute, nous avons bien besoin d'un reset ..

  • Si vous voulez comprendre le processus qui a mené du Web créé par Tim Berners-Lee (et co-développé avec Robert Cailliau), qui se voulait ouvert, libre et collaboratif, au Web d'aujourd'hui (centralisé autour de quelques grandes plateformes qui ont basé leur modèle économique sur les publicités et les données personnelles des utilisateurs, qui les enferment dans des bulles de filtres, qui propagent des fake news, ...), l'article du NewYork Magazine "The Internet Apologizes" est celui qu'il faut lire en premier. Entrecoupé de citations des "architectes" du Web, ayant travaillé pour les plus grandes plateformes et/ou entreprises technologiques (Jaron Lanier, Ellen Pao, Tristan Harris, ...), il retrace les 15 étapes qui ont mené au monde d'aujourd'hui et finit avec les 7 inventions qui ont ruiné Internet (les cookies, le tri algorithmique, le bouton "j'aime", le rafraichissement de la page par le scroll, ...). Voilà donc les 15 étapes :

    1. Tout a commencé avec de bonnes intentions hippies... : le rêve de la Silicon Valley est né de la contre-culture, une génération de programmeurs a afflué dans la Bay Area dans les années 1970 et 1980, en voulant transformer le monde pour de bon, grâce aux nouvelles technologies.
    2.  ... Ensuite il y a eu un mélange avec un capitalisme sous stéroïdes : l’échelle et la puissance planétaires envisagées par les premiers hippies de la Silicon Valley se sont révélées être aussi bien adaptées à la création d’argent qu’à la sauvegarde du monde.
    3. Et l'arrivée des financiers de Wall Street n'a pas aidé... : alors que Facebook devenait du jour au lendemain le premier succès des médias sociaux, le marché boursier s’est effondré, envoyant des investisseurs soucieux de leur argent vers l’industrie tech. En peu de temps, une poignée de sociétés avaient créé un quasi-monopole sur la vie numérique. >> Ellen Pao, ancienne DG de Reddit : "Ainsi, en 2008, lorsque les marchés se sont effondrés, toutes les personnes de Wall Street motivées par l’argent se sont retrouvées dans la Silicon Valley pour se lancer dans la technologie. C’est à ce moment que les valeurs ont changé encore plus. L’optimisme précoce et sans fondement de l’Internet a fini par être complètement déformé dans les années 2000, ces personnes ayant des objectifs différents."
    4.  … Et nous avons payé un prix élevé pour le garder gratuit : pour éviter de payer pour Internet - tout en devenant fabuleusement riche à la fois -, la Silicon Valley s'est tournée vers la publicité numérique. Mais pour vendre des annonces ciblant des utilisateurs individuels, il faut développer son audience et utiliser des technologies avancées pour collecter des quantités de données personnelles qui permettront de les atteindre efficacement.
    5. Tout a été conçu pour être vraiment, vraiment addictif : les géants des médias sociaux sont devenus des "marchands d’attention", décidés à attirer les utilisateurs quelqu'en soient les conséquences. "Engagement" était un euphémisme de "métrique", mais en pratique, c'est devenu une machine sans précédent pour la modification du comportement. internet-3113279_640.jpg
    6. Au début, cela a fonctionné - presque trop bien : Aucune des sociétés n'a caché ses projets ou menti sur la façon dont son argent était gagné. Mais alors que les utilisateurs étaient empêtrés plus profondément dans ce réseau de surveillance de plus en plus addictif, les principales plateformes numériques sont devenues extrêmement populaires. >> Roger McNamee, spécialiste du capital risque : "Si vous remontez aux débuts de la théorie de la propagande, Edward Bernays a émis l’hypothèse que pour implanter une idée et la rendre universellement acceptable, il fallait que le même message apparaisse dans tous les médias, tout le temps, pendant une très longue période de temps. L'idée était que cela ne pouvait être fait que par un gouvernement. Ensuite, Facebook est arrivé avec cette capacité de faire de la personnalisation pour chaque utilisateur. Au lieu d'être un modèle de diffusion, c'était désormais 2,2 milliards de chaînes individualisées. C'était le produit le plus efficace jamais créé pour tourner autour des émotions humaines."
    7. Personne dans la Silicon Valley n'a été tenu responsable… : personne au sein du gouvernement - ou, d’ailleurs, dans la base des utilisateurs de l’industrie tech - n'a semblé vouloir faire rentrer dans le rang un secteur aussi riche et dynamique.
    8. … Même lorsque les réseaux sociaux sont devenus dangereux et toxiques : les entreprises évoluant à un rythme sans précédent, la sécurité des utilisateurs a été mise au second plan, après la croissance et l’engagement. Les ressources sont allées à la vente de publicité, sans protéger les utilisateurs contre les abus. >> Jaron Lanier, pionnier de la réalité virtuelle  : "Chaque fois qu’il ya des mouvements comme Black Lives Matter ou #MeToo, vous avez cette période initiale où les gens ont l’impression d’être sur un tapis magique. Les médias sociaux leur permettent d'atteindre les gens et de s'organiser plus rapidement que jamais. Ils pensent, "Wow, Facebook et Twitter sont ces merveilleux outils de la démocratie". Mais il s'avère que les mêmes données qui créent un processus positif et constructif comme le Printemps arabe peuvent être utilisées pour irriter d'autres groupes. Ainsi, chaque fois que vous avez un mouvement comme Black Lives Matter, les médias sociaux réagissent en renforçant les néonazis et les racistes d’une manière qui n’a pas été vue depuis des générations. La bonne intention originelle finit par renforcer son contraire."
    9. … Et même quand ils ont envahi notre vie privée : plus Facebook et les autres plateformes ajoutaient de fonctionnalités, plus les utilisateurs leur donnaient volontairement, voire involontairement, de données, aux plateformes mais aussi aux courtiers en données qui gèrent la publicité numérique. >> Sandy Parakilas, ex-product manager chez Uber: "Une fois, un développeur qui avait accès aux données de Facebook était accusé de créer des profils de personnes sans leur consentement, y compris des enfants. Mais lorsque nous en avons entendu parler, nous n’avions aucun moyen de prouver que cela s’était réellement produit, car nous n’avions aucune visibilité sur les données une fois qu’elles quittaient les serveurs de Facebook. Donc, Facebook avait des politiques contre ce genre de choses, mais cela ne nous permettait pas de savoir ce que faisaient vraiment les développeurs."
    10. Puis est arrivé 2016 : l'élection de Donald Trump et le triomphe du Brexit, deux campagnes largement alimentées par les médias sociaux, ont montré aux spécialistes des technologies que connecter le monde - du moins via un système de surveillance publicitaire - ne mène pas nécessairement à cette utopie hippie.
    11. Les employés commencent à se révolter : les dirigeants de l’industrie technologique ne risquent pas de mordre la main qui les nourrit. Mais peut-être que leurs employés - ceux qui ont signé pour une mission autant que pour l'argent - peuvent se lever et provoquer un changement. >> Can Duruk, ancien développeur à Uber : "J'étais chez Uber quand il y a eu toute la folie là-bas, et cela a eu un impact sur le recrutement et les embauches. Je ne pense pas que ces entreprises vont s'effondrer parce qu’elles ne peuvent plus attirer les bons talents. Mais il y aura un impact significatif. C'est devenu moins positif sur le plan moral maintenant de travailler là-bas : vous allez à Facebook pour écrire du code et ensuite vous rentrez chez vous. Ce sont juste devenus des entreprises comme les autres."
    12. Pour y remédier, nous avons besoin d'un nouveau modèle économique… : si le problème réside dans la façon dont la Silicon Valley gagne de l’argent, elle va devoir gagner de l'argent par un autre moyen. Peut-être en essayant quelque chose de radical et de nouveau, comme demander aux utilisateurs de payer pour des biens et des services.
    13. … Et d'une réglementation stricte : alors que nous en sommes là, nous pouvons nous demander où le gouvernement a-t-il été pendant tout ce temps. >> Richard Stallman, programmateur, initiateur du mouvement du logiciel libre : "Nous avons besoin d'une loi. Putain, il n’y a aucune raison de les laisser exister si le prix est qu'il sache tout à propos de nous. Laissez-les disparaître. Ils ne sont pas importants - nos droits humains sont importants. Aucune entreprise n’est aussi importante que son existence ne justifie la création d’un État policier. Et nous nous dirigeons vers un État policier." 
    14. Peut-être que rien ne changera : la possibilité la plus effrayante est que rien ne peut être fait - que les géants du nouvel Internet sont trop riches, trop puissants et trop addictifs pour que quiconque puisse régler cela. >> Antonio Garcia Martinez, ad-tech entrepreneur : "La publicité, c'est nul, bien sûr. Mais comme le disent les gars des technologies publicitaires, « nous sommes ceux qui payons pour Internet ». Il est difficile d’imaginer un modèle économique différent de la publicité pour toute application Internet grand public qui dépend des effets de réseau."
    15. … À moins qu'à la toute fin, de nouvelles personnes prennent des responsabilités : si les problèmes de la Silicon Valley résultent d’une mauvaise prise de décisions, il serait peut-être temps de rechercher de meilleurs décideurs. Un endroit pour débuter serait en dehors du groupe homogène actuellement au pouvoir. >> Ellen Pao : "J'ai exhorté Facebook à faire appel à des personnes qui ne font pas partie de la majorité homogène de leur équipe de direction, de chaque équipe produit, de chaque discussion de stratégie. Les personnes qui sont là maintenant ne comprennent clairement pas l’impact de leurs plateformes et la nature du problème. Vous avez besoin de personnes qui vivent le problème pour en clarifier l'étendue et aider à le résoudre."

    L'article se termine avec les regrets d'autres personnalités de la Silicon Valley, qui croyaient vraiment dans le respect de la vie privée mais qui n'ont rien fait au final, qui n'autorisent pas leur famille à aller sur les réseaux sociaux, qui se demandent comment ils ont pu créer de tels monstres... Pas de doute, nous avons bien besoin d'un reset ...

  • Cet été, dans un entretien à Vanity FairTim Berners-Lee, l'inventeur du web, expliquait combien il était dévasté par ce qu'était devenue son invention : "Nous avons démontré que le Web avait échoué au lieu d’être au service de l’humanité, comme il était censé l’avoir fait, et a échoué dans de nombreux endroits. [La centralisation croissante du Web] a fini par produire - sans action délibérée des personnes qui ont conçu la plateforme - un phénomène émergent à grande échelle qui est anti-humain. (...) L'esprit était très décentralisé. L'individu était incroyablement mis en capacité. Tout était basé sur le fait qu'il n'y avait pas d'autorité centrale à laquelle vous deviez demander l'autorisation. Nous avons perdu ce sentiment de contrôle individuel, cette responsabilisation."

    L'écrivain et artiste James Bridle, auteur de "New Dark Age : Technology and the End of the Future" dresse le même constat quant à l'évolution des technologies. InternetActu a fait une revue très détaillée de cet ouvrage, en voilà un extrait : "nous n’arrivons plus à penser en dehors ou sans technologie. Pire, la technologie s’est fait la complice de tous les défis auxquels nous sommes confrontés : à la fois d’un système économique hors de contrôle qui ne cesse d’élargir les inégalités, la polarisation politique comme le réchauffement climatique. Pour Bridle, la technologie n’est pas la solution à ces défis, elle est devenue le problème. Il nous faut la comprendre plus que jamais, dans sa complexité, ses interconnexions et ses interactions : mais cette compréhension fonctionnelle ne suffit pas, il faut en saisir le contexte, les conséquences, les limites, le langage et le métalangage."

    Face à cette perte de contrôle et aux injonctions liés à "l’impact du numérique sur..." nos métiers et nos emplois, nos villes et territoires, l’information, l’éducation, etc., il est donc grand temps d’affirmer des intentions, de formuler les impacts souhaités de la société sur le numérique, et de retrouver des espaces de choix politiques, économiques et sociaux.

    C'est dans cet optique que nous lançons notre nouveau cycle de prospective Questions numériques, intitulé "RESET - Quel numérique voulons-nous ?". Nous avons identifié une première liste de défis : prendre soin des biens communs numériquesconstruire un cadre de négociation collective sur les données personnellespartager de façon plus équitable la valeur produite sur les plateformesrendre concrètement les algorithmes responsables et équitables, ... Afin de compléter cette liste, qui est loin d'être exhaustive, mais aussi le contenu des fiches défis, nous souhaitons vous mettre à contribution, en vous demandant sur quelles thématiques en particulier le numérique a besoin d'un reset, d'une réorientation profonde ? Qu'est-ce qui ne peut plus durer ? Quelles directions devrions-nous explorer ?

    Vous pouvez soit contribuer en réponse à cet article, soit remplir ce formulaire. Nous utiliserons vos réponses et contributions en enrichissant les fiches défis publiés dans ce groupe. Cette matière sera ensuite retravaillée lors d'ateliers contributifs (auxquels vous serez bien sûr conviés) et donnera lieu à la publication d'un cahier d'enjeux à l'été 2019.

    Par avance merci pour vos contributions !

  • Cet été, dans un entretien à Vanity Fair, Tim Berners-Lee, l'inventeur du web, expliquait combien il était dévasté par ce qu'était devenu son invention : "Nous avons démontré que le Web avait échoué au lieu d’être au service de l’humanité, comme il était censé l’avoir fait, et a échoué dans de nombreux endroits. [La centralisation croissante du Web] a fini par produire - sans action délibérée des personnes qui ont conçu la plateforme - un phénomène émergent à grande échelle qui est anti-humain. (...) L'esprit était très décentralisé. L'individu était incroyablement mis en capacité. Tout était basé sur le fait qu'il n'y avait pas d'autorité centrale à laquelle vous deviez demander l'autorisation. Nous avons perdu ce sentiment de contrôle individuel, cette responsabilisation."

    L'écrivain et artiste James Bridle, auteur de "New Dark Age : Technology and the End of the Future" dresse le même constat quant à l'évolution des technologies. InternetActu a fait une revue très détaillée de cet ouvrage, en voilà une extrait : "nous n’arrivons plus à penser en dehors ou sans technologie. Pire, la technologie s’est fait la complice de tous les défis auxquels nous sommes confrontés : à la fois d’un système économique hors de contrôle qui ne cesse d’élargir les inégalités, la polarisation politique comme le réchauffement climatique. Pour Bridle, la technologie n’est pas la solution à ces défis, elle est devenue le problème. Il nous faut la comprendre plus que jamais, dans sa complexité, ses interconnexions et ses interactions : mais cette compréhension fonctionnelle ne suffit pas, il faut en saisir le contexte, les conséquences, les limites, le langage et le métalangage."

    Face à cette perte de contrôle et aux injonctions liés à "l’impact du numérique sur..." nos métiers et nos emplois, nos villes et territoires, l’information, l’éducation, etc., il est donc grand temps d’affirmer des intentions, de formuler les impacts souhaités de la société sur le numérique, et de retrouver des espaces de choix politiques, économiques et sociaux.

    C'est dans cet optique que nous lançons notre nouvel cycle de prospective Questions, intitulé "RESET - Quel numérique voulons-nous ?". Nous avons identifié une première liste de défis : prendre soin des biens communs numériques, construire un cadre de négociation collective sur les données personnelles, partager de façon plus équitable la valeur produite sur les plateformes, rendre concrètement les algorithmes responsables et équitables, ... Afin de compléter cette liste, qui est loin d'être exhaustive, mais aussi le contenu des fiches défis, nous souhaitons vous mettre à contribution, en vous demandant sur quelles thématiques en particulier le numérique a besoin d'un reset, d'une réorientation profonde ? Qu'est-ce qui ne peut plus durer ? Quelles directions devrions-nous explorer ?

    Vous pouvez soit contribuer en réponse à cet article, soit remplir ce formulaire. Nous utiliserons vos réponses et contributions en enrichissant les fiches défis publiés dans ce groupe. Cette matière sera ensuite retravaillée lors d'ateliers contributifs (auxquels vous serez bien sûr conviés) et donnera lieu à la publication d'un cahier d'enjeux à l'été 2019.

    Par avance merci pour vos contributions !

  • Ce storify est composé des écrans de la Musette, tels que la Fing, Plausible Possible et l'ensemble des participants aux ateliers l'imaginent, ainsi que des photos illustrant des fonctions de la Musette, imaginées lors des différents ateliers de l'automne 2016. Il permet de découvrir deux usages de la Musette numérique. Lors de semaines qui viennent, des focus groupes vont être organisés pour approfondir ses usages.
    Le livrable final est téléchargeable ici.
    Bonne découverte !
  • Ce storify est composé des écrans de la Musette, tels que la Fing, Plausible Possible et l'ensemble des participants aux ateliers l'imaginent, ainsi que des photos illustrant des fonctions de la Musette, imaginées lors des différents ateliers de l'automne 2016. Il permet de découvrir deux usages de la Musette numérique. Lors de semaines qui viennent, des focus groupes vont être organisés pour approfondir ses usages.
    Le livrable final est téléchargeable ici.
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  • Après un premier atelier organisé fin juin 2016 pour établir une cartographie collaborative de la Musette numérique de l’actif, trois ateliers ont été organisés en septembre et octobre pour imaginer des fonctions selon différentes thématiques :

    • la Musette quotidienne et pratique,
    • la Musette réflexive, prédictive, préventive et
    • la Musette sociale et communautaire).

    Voici la nouvelle cartographie de la Musette numérique de l’actif, incluant les fonctions imaginées :  Cartographie des fonctions de la Musette numérique de l'actif

    Afin d’avoir une idée plus précise de ces fonctions, vous pouvez télécharger les différentes fiches fonctions : 

    Fonctions de la Musette quotidienne (ouvrir Musette_Fiches_Fonctions_Quotidienne.pdf, 1.28 M) 

    Fonctions de la Musette réflexive (ouvrir Musette_Fiches_Fonctions_Reflexive.pdf, 1.94 M)

     

    Fonctions de la Musette sociale (ouvrir Musette_Fiches_Fonctions_Sociale.pdf, 1.52 M)

     

    Les prochains ateliers d’approfondissement des scénarios d’usage autour de ces fonctions sont prévus le 24 novembre et le 6 décembre. Un atelier spécial "Musette numérique de l'agent public" est également prévu le 17 novembre à la Gaité Lyrique. N’hésitez pas à vous inscrire en cliquant sur les dates des évènements.

     

  • Après un premier atelier organisé fin juin 2016 pour établir une cartographie collaborative de la Musette numérique de l’actif, trois ateliers ont été organisés en septembre et octobre pour imaginer des fonctions selon différentes thématiques :

    • la Musette quotidienne et pratique,
    • la Musette réflexive, prédictive, préventive et
    • la Musette sociale et communautaire).

    Voici la nouvelle cartographie de la Musette numérique de l’actif, incluant les fonctions imaginées :  Cartographie des fonctions de la Musette numérique de l'actif

    Afin d’avoir une idée plus précise de ces fonctions, vous pouvez télécharger les différentes fiches fonctions :

    Fonctions de la Musette quotidienne (ouvrir Musette_Fiches_Fonctions_Quotidienne.pdf, 1.28 M)

    Fonctions de la Musette réflexive (ouvrir Musette_Fiches_Fonctions_Reflexive.pdf, 1.94 M)

     

    Fonctions de la Musette sociale (ouvrir Musette_Fiches_Fonctions_Sociale.pdf, 1.52 M)

     

    Les prochains ateliers d’approfondissement des scénarios d’usage autour de ces fonctions sont prévus le 24 novembre et le 6 décembre. Un atelier spécial "Musette numérique de l'agent public" est également prévu le 17 novembre à la Gaité Lyrique. N’hésitez pas à vous inscrire en cliquant sur les dates des évènements.

     

Conception & réalisation : Facyla ~ Items International

Plateforme construite avec le framework opensource Elgg 1.8

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