DigiWork

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Repenser la place de l'individu au travail dans une société numérique


Mars 2015

  • Début mars, dans le cadre du 2e atelier du programme "Nouvelles pratiques de travail, nouveaux usages de dialogue ?", quatre intervenants sont venus nous raconter le fonctionnement de leur structure ou collectif de travail : Anne-Laure Desgrix de la coopérative d’activités Oxalis,  Pierre-Carl Langlais, contributeur et administrateur de Wikipédia, Arthur De Grave, contributeur et rédacteur en chef du OuiShare Magazine, et Thomas Landrain, président du BioLab La Paillasse. Dans le paysage économique actuel, ces quatre entités peuvent être vues comme “atypiques” du fait de leurs processus de prise de décisions, leur management, leur fonctionnement, …  Ils ont en tout cas pour point commun le rejet du modèle économique classique - administratif, hiérarchique, fermé, lucratif, capitalistique … - et de vouloir concrétiser un projet autour de valeurs universelles d’ouverture, d’autonomie ou de partage, … Certains ont même pour objectif de proposer un nouvel modèle de société à la fois contributif, participatif, égalitaire (1 personne, 1 voix), rappelant les idéaux des sociétés utopiques des XIXe/XXe siècles de type phalanstère de Charles Fourier.

    Dans ces expériences contemporaines, le numérique a une place importante. C’est d’abord un outil facilitant le travail asynchrone, distribué, à distance. Les outils collaboratifs permettent notamment de suivre l’évolution des projets, mais aussi de prendre des décisions, via différents systèmes de vote (sondage, méthode Condorcet, …), choisis selon l’importance de la question. D’ailleurs, dans le cas spécifique de Wikipédia,  l’infrastructure logicielle mise en place permet d’automatiser l’application des nouvelles normes décidées. Les algorithmes modèlent ainsi certaines formes de travail, les bots sont un formidable gain de temps, un démultiplicateur de la communauté. Toutefois, les rencontres physiques restent des moments importants pour la bonne gestion de la communauté : au-delà des aspects festifs (faire connaissance des nouveaux membres, s’amuser, décompresser), elles permettent de souder l’équipe, élargir la communauté, initier de nouveaux projets, prendre des décisions stratégiques importantes, … 

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    Cette dernière thématique, et plus largement la gestion de tels collectifs, deviennent des sujets centraux au fur et à mesure que la communauté grandit. Au point que l’on peut se demander si le nombre n’impose pas des règles, alors même que l’autorégulation est souvent un postulat de départ de ces communautés. L’action des contributeurs bénévoles de Wikipédia (à bien différencier de la Wikimedia Foundation, structure administrative porteuse de l’encyclopédie) repose sur seulement 5 principes fondateurs : Wkipédia est une encyclopédie (1) sous licence libre CC by SA (2), avec une neutralité de point de vue (3), des règles de savoir vivre (pas d’insulte par exemple) (4) et sans autres règles (5) (mais des recommandations tout de même). 

    La Paillasse, malgré ses 750m2, sa vingtaine de “labs” thématiques (GhostCityLab, TextiLab, FlyLab, Urban Dirt Lab, PlayfullLab, ...), son développement national et international, réussit encore à garder peu de formalisation administrative et à se contenter de contrat moral. Avant de soutenir un projet, un jugement est seulement porté sur l’autonomie des individus qui le portent et le caractère légal de la recherche.

    Toutefois, la question de la rémunération des contributions émerge toujours à un moment ou un autre. Dès lors qu’il y a des subventions à gérer, de l’argent à redistribuer, des aspects administratifs et comptables entrent en jeu. C’est souvent une des premières fonctions de la structure a nécessité un poste de salarié pour s’en occuper : bénévolat, prestation externe, financement participatif sont en effet assez peu compatibles.

    Dans ces collectifs atypiques, les membres ont souvent des statuts précaires : entrepreneurs surdiplômés ayant des salaires autour du smic, slashers multipliant les activités rémunérées ou non, contributeurs bénévoles profitant de leur temps libre (période de chômage, retraite, études). La contribution et la rétribution vont donc au-delà de l’argent : plaisir de participer à un projet collaboratif qui a du sens, reconnaissance de la valeur produite. Wikipédia a ainsi créé le bouton “Merci” ou le label “Article de qualité”, qui sont des marqueurs forts de reconnaissance sociale. Le numérique est aussi un moyen pour évaluer les contributions de chacun : OuiShare teste un système de "Value accounting" tel qu’imaginé par Sensorica, pour évaluer ex-post et par les pairs, la contribution de la personne et définir sa rémunération.

    Comme il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ces quatre collectifs, voilà quelques verbatim pour finir, sur leur organisation (“chaos semi-organisé”, “la tyrannie de l’absence de structure est un risque”, “chaos créatif”, “poids/contre-poids”, “bêta permanente”), la valeur et le sens du travail (“artisanat intellectuel”, “les gens bossent mieux s’ils ne sont pas payés”, “relocaliser le travail”, “travail gratuit”, …), sur le management (“cooptation”, “transparence”, “autorégulation”, “co-gestion”), … 

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