DigiWork

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Repenser la place de l'individu au travail dans une société numérique


Blog de DigiWork

  • Le colloque co-organisé par la DIRECCTE IDF, la DGT et la FING le 12 mars dernier proposait un tour d’horizon des transformations du travail liées au numérique, constitué d’interventions de professionnels et d’experts ponctués de tables rondes. Le débat s’ouvrait sur les risques et les opportunités que ces évolutions impliquées pour les conditions de travail de demain. Vous trouverez le compte-rendu de ces échanges sous la forme de 4 articles – libres - analysant les propos des intervenants et les réactions-questions du public. Voici le troisième sur la thématique “L'entreprise et ses salariés face au déferlement des données : un modus vivendi est-il possible ?”, dont les intervenants étaient :

    Daniel Ratier, DGT

    François Bancilhon, Data Publica

    Sophie Vullier-Tavernier, Cnil

    Georges Epinette, CIGREF, Groupe Les Mousquetaires

     

    Une conséquence directe de l’informatisation des entreprises est que n’importe quelle organisation produit, stocke, récolte un très grand nombre de données pouvant potentiellement aider à mieux comprendre son activité. Cette deuxième partie du colloque avait pour objectif d’analyser l’impact de ce déferlement de données sur le monde professionnel. Au cours des échanges est apparue très vite une tension entre le potentiel des données en termes d'analyse et performance, et des inquiétudes concernant la vie privée, la gouvernance des données et l'identité des individus.

    Comme l'a expliqué François Bacilhon, fondateur de la Start-up Data Publica, la donnée a de plus en plus de volume, de vitesse et de variété. Cela génère de nouveaux besoins en termes de traitement de ces données,  et donc de nouveaux métiers. En effet, les datas ont un énorme potentiel. Plusieurs cas ont été exposés pendant la table ronde. Par exemple, les données des moteurs de recherche peuvent aider à prédire le taux de chômage avant même que les chiffres officiels ne soient publiés. Ou bien, les grandes surfaces peuvent utiliser les données afin de prédire des comportements très précis sur leurs consommateurs.

    Mais cela n’est pas sans soulever aussi un certain nombre de problèmes. Pour Georges Epinette directeur des systèmes d’informations du groupe Des Mousquetaires et membre du CIGREF, l'utilisation des données doit être équilibrée, c'est-à-dire que la performance pouvant être apportée par les données ne doit pas être un prétexte pour justifier tous les usages. En effet, la donnée est soumise à des enjeux juridiques, de gouvernance, de responsabilité et de protection des données personnelles. Sophie Vuiller-Travernier directrice de la prospective à la CNIL s’est questionnée quant à la préservation de l'humain dans l'utilisation des algorithmes prédictifs ou de prise de décision. Il est possible, par exemple, de se faire refuser un prêt d'après une analyse algorithmique (crédit scoring). A cela, François Bacilhon a précisé qu’il était possible de documenter, auditer ou corriger des algorithmes, à différence de certains critères « humains » de prise de décision, impossibles à analyser à cause de leur subjectivité.

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    La question de l’usage des données dans et par l’entreprise recouvre des problématiques larges et complexes, qui ne doivent pas être prises seulement sous l’angle de la régulation, des restrictions. Le pôle d'innovation et prospective de la CNIL a justement pour but d'anticiper et de comprendre les transformations numériques dans leur dimension actives et pro-actives. En ce qui concerne la donnée, la Cnil n'a pas encore pris de position tranchée. Elle remarque, cependant, une augmentation des plaintes dans le monde professionnel : 6 000 par an, soit une croissance de 10 à 15 %. En premier rang se situent les plaintes sur la vidéo-surveillance (donc pas nécessairement liées à la « data » telle qu'on l'a entend dans ce colloque). Cependant, en 2e et 3e place on retrouve les plaintes concernant la géolocalisation et le droit d'accès aux dossiers des entreprises ; on voit donc que les données font partie des inquiétudes des salariés.

    Grâce aux témoignages apportés pendant cette table ronde, on identifie un enjeu essentiel d’encadrement et de protection de certains principes de vie privée et d’identité humaine, tout en valorisant la capacité des données d'assister les entreprises dans la compréhension des comportements liés à son activité économique. Ces enjeux pourraient redoubler aussi face au développement des interfaces sensorielles et à la sophistication des interfaces homme-machine ou cerveau-machine. Si la plupart de ces outils sont encore en phase de recherche et développement, précise Daniel Ratier de la Direction générale du Travail, certains sont déjà intégrés aux entreprises, avec des effets parfois assez négatifs observés (voice picking), où l’humain devient le maillon d’une chaîne robotisée.

  • Le colloque co-organisé par la DIRECCTE IDF, la DGT et la FING le 12 mars dernier proposait un tour d’horizon des transformations du travail liées au numérique, constitué d’interventions de professionnels et d’experts ponctués de tables rondes. Le débat s’ouvrait sur les risques et les opportunités que ces évolutions impliquées pour les conditions de travail de demain. Vous trouverez le compte-rendu de ces échanges sous la forme de 4 articles – libres - analysant les propos des intervenants et les réactions-questions du public. Le premier compte-rendu a été publié hier, voici le deuxième sur la thématique "La stabilisation des frontières du temps et des lieux de travail est elle envisageable ?", dont les intervenants étaient : 

    • Anca Boboc, Orange Labs

    • Monique Boutrand, Secrétaire nationale CFDT cadres

    • Patricia Maladry, chef du service de l'inspection médicale du travail

    • Patrick Storhaye, Président de Flexity SAS

     

    "La stabilisation des frontières du temps et des lieux de travail est-elle envisageable ? ", telle était la question posée à la 2e table ronde de la matinée. L’usage observé chez les individus au travail de plusieurs comptes mails (perso/pro), de plusieurs téléphones portables, de répertoire différencié entre contacts pro et contacts perso, semble traduire la volonté explicite de séparer les sphères privées et professionnelles. Pourtant les interventions ont montré une grande disparité des profils dans la façon de gérer les temps de la journée. Ce clivage n’est pas sans rappeler celui qui existe entre les travailleurs et le patronat depuis l’instauration du travail moderne, caractérisé notamment par la mise en place de l’horloge sur le lieu de travail (le temps étant indiqué par le soleil ou les marées avant le XVIIIe siècle), l’abandon du travail à domicile, la spécialisation des taches, …

     

    Anca Boboc, sociologue du travail chez Orange Labs explique en effet que la manière dont les travailleurs appréhendent la gestion de leurs temps professionnel et personnel s’explique par différents facteurs : âge, profession, sexe, organisation du travail, temps de transport, structure familiale, niveau d’équipement… Ainsi, selon les enquêtes qu’elle a menées, le portrait type du télétravailleur, est le suivant : homme entre 30 et 49 ans, cadre dans une grande entreprise (+ de 1.000 salariés) du secteur des télécoms, vivant dans une grande agglomération. Mais paradoxalement, le débordement de la vie professionnelle dans la sphère privée (comme par exemple, regarder ses mails professionnels le dimanche soir) est plus important chez les femmes managers encadrant, précise Monique Boutrand, secrétaire nationale de la CFDT Cadres. Les femmes passeraient une grande partie de la journée à gérer les autres et termineraient alors leur “vrai” travail le soir. Cette situation n’est pas nouvelle, comme nous l’a rappelé Anca Boboc : depuis des siècles, les femmes sont en effet des “amortisseurs temporels” dans la société, selon une expression de Dominique Méda, dans le sens où ce sont elles qui gèrent la logistique du quotidien et font face aux urgences.

     Participants de la 2e table ronde

     

    Toutefois, il est important de rappeler que pour certains, la porosité des temps professionnel et personnel est vraiment très satisfaisante car elle permet de gérer leur journée et leur semaine comme bon leur semble. Le cadre voit ainsi cette autonomie comme un marqueur de reconnaissance lié à son statut. Par ailleurs, Monique Boutrand souligne qu’il faut bien voir que la notion de temps de travail dans le contrat d’un cadre n’a plus vraiment de sens puisqu’il ne fait pas 35h/semaine, que de nombreuses heures de travail ont lieu hors du cadre de l’entreprise. Par contre, il serait important de penser et de mettre en avant la notion de repos. Ce que confirme Patricia Maladry, chef du service de l'inspection médicale du travail, en précisant que toutes les enquêtes menées par ses services confirment la dictature de l’urgence, l’instantanéité, le contrôle, le suivi, … permis par les TIC et ressentis par les travailleurs depuis quelques années. Ainsi, s’il est nécessaire d’avoir 11h de repos quotidien selon la législation européenne, dormir moins de 6h par nuit provoque des troubles vasculaires, cardiaques, … Sans compter que le sommeil est souvent lui-même troublé. Selon Patricia Maladry, sur 1000 personnes, 30% gardent leur téléphone allumé sur leur table de nuit, 60% de ces 30% reçoivent des mails ou des SMS et 40% y répondent (ce qui fait 72 personnes au final).

     

    Deux autres constats sur les limites neurobiologiques ont également été faits par Patricia Maladry et Patrick Storhaye, ancien DRH et président de Flexity : les personnes qui feraient plusieurs choses en même temps seraient finalement mauvais en tout car ils mélangeraient les flots d’informations. Quant aux télétravailleurs, certains ont tendance à surinvestir, à faire plus d’heures que leurs collègues en entreprises, par peur du jugement de ces derniers, d’où du surmenage et des troubles cognitifs. Les technologies ne sont donc pas les déterminants de ces dérives, mais des révélateurs, notamment des dysfonctionnements communicationnels et relationnels de l’entreprise.

     

    Finalement comme le dit Patrick Strohaye tout est une question de limites : les limites que l’on doit s’imposer, les limites que notre corps nous impose. Il souligne que la notion de plaisir est également à prendre en compte : on rappelle souvent que le mot travail vient du latin “tripalium” (“torture”), ne devrait-on pas voir le travail comme l’“opus” (“œuvre”) ? S’il n’y a pas de projet derrière ce que l’on fait, s’il n’y a pas de sens, alors le travail est souffrance. L’équilibre entre vie privée et vie professionnelle est en fait une question d’équilibre et d’harmonie entre ce que l’on fait et ce que l’on est. Mens sana in opere sano  (un esprit sain dans un travail sain).

     

     

  • Le colloque co-organisé par la DIRECCTE IDF, la DGT et la FING le 12 mars dernier proposait un tour d’horizon des transformations du travail liées au numérique, constitué d'interventions de professionnels et d'experts ponctuées de tables rondes. Le débat s'ouvrait sur les risques et les opportunités que ces évolutions impliquent pour les conditions de travail de demain.

    Vous trouverez le compte-rendu de ces échanges sous la forme de 4 articles – libres - analysant les propos des intervenants et les réactions-questions du public.

    Voici présenté ici le premier de cette série d'articles portant sur la première table ronde et réunissant les participants suivants (l'intégralité de leur intervention en écoute) :

     

    . Philippe Vogin, Groupe Renault

    . Jérôme Introvigne, Groupe Poult

    . Olivier Jouan, Scop Port-Parallèle

     . Michel Lallement, CNAM

     

    Le thème de la table ronde inaugurale portant sur le « renouvellement du cadre de travail » était l’occasion de questionner l’intégration des outils numériques dans la sphère professionnelle. Les expériences relatées par les organisations présentes (de grande ou de petite taille, ancienne ou émergente) mettaient à jour des approches très différentes où le numérique était tantôt le vecteur, tantôt le porteur de nouvelles aspirations au travail. Les reconfigurations à l’œuvre dans le travail et son organisation ouvraient sur un questionnement plus large se rapportant aux enjeux socio-économiques qu’impliquent la diffusion et la démocratisation des TIC.  

    Les entreprises intègrent et s’approprient de manière différenciée, selon leur typologie, les outils numériques. Un groupe industriel de la taille de RENAULT n’évalue pas les opportunités et les risques que représentent les TIC comme peut le faire une Coopérative d’Activité et d’Emploi - SCOP de 150 collaborateurs, ou la biscuiterie POULT qui emploie 1300 personnes. Les trois premières interventions se présentaient donc comme des exemples saisissants de la manière dont des collectifs de tailles et de formes différentes s’approprient les TIC dans leur environnement de travail.

    Philippe Vogin, responsable des conditions de travail du groupe Renault a dressé le bilan de la réflexion interne que la diffusion progressive du télétravail avait générée chez RENAULT. L’approche se focalisait en priorité sur les conséquences de l’utilisation croissante des TIC sur la santé au travail, et évoquait la nécessité d’en cadrer les enjeux juridiques et managériaux, de stabiliser un rapport vie privée/vie professionnelle en tension, et d’accompagner au plus près les situations de télétravail.

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    Olivier Jouan, gérant de la Coopérative d’activité et d’emploi “Port Parallèle”, mettait en avant les possibilités de gestion souple et démocratique qu’autorisent les TIC pour le modèle entrepreneurial coopératif. La mutualisation des services métiers aux “coopérateurs” (i.e. membres de la scop), et la collaboration à distance s’avèrent indispensables pour rendre opérantes les valeurs du collectif et le partage des responsabilités. Pour O. Jouan, la perspective d'une économie de la contribution,  à laquelle  les principes coopératifs correspondent, est rendue envisageable par la diffusion des TIC.

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    Le groupe POULT apparaissait comme la synthèse d’une entreprise industrielle et d’une forme d’organisation souple et horizontale. Les cadres traditionnels sont largement remis en question ici : l’entreprise est vue comme une plateforme d’innovation et les outils numériques comme solutions pour parvenir à instaurer un système participatif d’amélioration continue et d’intelligence économique. Les réflexions menées sur les capacités d’adaptation du groupe dans un contexte économique concurrentiel fort ont été l’occasion de remettre à plat l’organisation du travail. Les choix du décloisonnement des silos fonctionnels, de la « déhiérarchisation » et de la démocratisation des processus décisionnels, de l’autonomisation des opérateurs, reflètent la logique d’une démarche d’hyper-innovation d’organisation et de production.

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    Enfin, à l’occasion d’une présentation sur les fonctionnements des Hackerspaces ou FabLab[1] – véritables espaces d’innovations sociales et technologiques -, le sociologue du travail Michel Lallement est revenu sur les origines de ces lieux, à la source de l’utopie numérique[2]. On peut considérer en effet que les premières expériences de bricolage informatique au fond des garages - à la façon de Steve Jobs - qui se sont développées en Californie à partir des années 70 sont fondatrices de l’idéologie de ces “nouveaux lieux de production”. Or ce sont des espaces physiquement situés (on sort de la mythologie de la dématérialisation) expérimentant des formes de partage des savoirs, d’auto-fabrication numérique, et de production flexible personnalisée, rendues envisageables par les TIC.

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    Le sociologue met en exergue les enjeux du travail du point de vue des valeurs hackers, que sont le plaisir au travail, l’efficacité (hack en anglais signifie à la fois un geste simple et efficace), et la vision de l’acte de travail comme œuvre ou ouvrage d’art (la distinction entre l’artiste et l’artisan s’estompe). Il nous rappelle notamment que l’apparition de ces initiatives aura été le lieu des premières tensions entre l’exploitation marchande des TIC et le développement d’une communauté du libre.

     

    On voit que le sujet l’inclusion des TIC dans les modes de travail, tout en nourrissant les réflexions sur les conditions pratiques de leur diffusion et de leur utilisation, ne laisse pas de questionner, à un niveau plus général, les tendances productivistes de nos sociétés et l’organisation du travail qu’elles engendrent. L’outil numérique apparaît comme le catalyseur de nouvelles aspirations individuelles et collectives dans le rapport au travail.

    Par julien camacho

    Retrouvez les articles relatant la suite des débats cette semaine sur le réseau social de la fing.

     

    [1] Voir l'ouvrage de Fabien Eychenne, aux éditions FYP 'la fabrique des possibles" :  Fab Lab : L’avant-garde de la nouvelle révolution industrielle

    [2] Voir l’ouvrage de Fred Turner, aux éditions C&F Aux sources de l'utopie numérique :
        De la contre-culture à la cyberculture,
       Stewart Brand, un homme d'influence
     http://cfeditions.com/Turner

     

  • Le 12 mars dernier s'est déroulé le colloque Risques et opportunités des transformations du travail à l'ère du numérique. Cette rencontre, co-organisée par la DGT, la DIRECCTE et la Fing, a ouvert un débat sur les effets des nouvelles technologies dans le monde du travail. La journée s'est organisée autour de deux thèmes : les transformations observées du cadre du travail et les transformations du contenu du travail.

    Vous trouverez ci-dessous l'ensemble des interventions du colloque :

    Introduction

    • Jean Denis Combrexelle, Directeur général du travail

    • Jacques-François Marchandise, Fing

     

    Témoignages : Nouvelles pratiques, innovations managériales ou organisationnelles que les TIC rendent possibles

    • Philippe Vogin, Groupe Renault

    • Olivier Jouan, SCOP Port Parallèle

    • Jérôme Introvigne, Groupe Poult

    • Michel Lallement, CNAM

     

    Table ronde : La stabilisation des frontières du temps et des lieux de travail est elle envisageable ?

    • Anca Boboc, Orange Labs

    • Monique Boutrand, Secrétaire nationale CFDT cadres

    • Patricia Maladry, chef du service de l'inspection médicale du travail

    • Patrick Storhaye, Président de Flexity SAS

     

    Eclairages : Quand le numérique transforme le contenu du travail

    • Daniel Ratier, DGT

    • François Bancilhon, Data Publica

     

    Table ronde : L'entreprise et ses salariés face au déferlement des données : un modus vivendi est-il possible ?

    • Georges Epinette, CIGREF, Groupe Les Mousquetaires

    • Sophie Vuillet-Tavernier, Cnil

     

    Table ronde : Quelles nouveautés la numérisation du travail introduit-elle pour la création de valeur et les conditions de travail ?

    • Antonio Casilli, Télécom-ParisTech

    • Romain Chevallet, Fédération Nationale du Crédit Agricole

    • Daniel Kaplan, Fing

     

    Grand témoin

    • Stéphane Distinguin, Président de Cap Digital, DG de Faber Novel et membre du Conseil National du Numérique

     

    Conclusion

    • Laurent Vilboeuf, Directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi en Ile-de-France


  • On sait bien que l’innovation et les progrès techniques ont permis d’augmenter la productivité des salariés au cours de siècles passés. En posant la question "Productivité ou innovation, faut-il choisir ?", je fais référence à la publication sur All Things D d’un mémo interne du responsable RH de Yahoo, qui a jeté un froid chez les adeptes du télétravail. En effet, à partir de juin, il est demandé à tous les travailleurs à distance de réintégrer les bureaux de Yahoo pour permettre aux salariés d’"être physiquement tous ensemble", mais aussi parce que "la rapidité et la qualité sont souvent sacrifiées quand nous travaillons de la maison" (certains voient dans cette annonce, un moyen de provoquer un certain nombre de départs, qui ne seront pas appelés "licenciements").

     

    Comme le rappelle un article du New York Times, Google et Facebook ne généralisent pas le télétravail mais le permettent au cas par cas. Ils préfèrent en effet garder captifs leurs salariés sur leurs lieux de travail, en leur fournissant plusieurs services utiles et/ou ludiques (nourriture gratuite, salle de sport, …), permettant ainsi "les interactions et les expériences" entre les salariés, souhaitées par la direction de Yahoo : "Certaines des meilleures décisions et idées viennent des discussions dans les couloirs et à la cafétéria, des nouvelles rencontres et des réunions improvisées."

     

    Mais le New York Times pose bien la question induite par cette décision ("whether the ability to work from home, and other flexible arrangements, leads to greater productivity or inhibits innovation and collaboration") : la possibilité de travailler à la maison, et les autres arrangements flexibles, mènent-ils à une plus grande productivité (du fait d’une meilleure concentration, de la non perte de temps dans les transports, d’une meilleure gestion de ses temps professionnels et personnels) ou bien freinent-ils l’innovation et la collaboration ?

     

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    C’est vrai que seul chez lui, le salarié pourra difficilement participer au tournage de la version "Harlem Shake" de son organisation, ce grand moment de créativité et de partage qui a remplacé le ringard Lip dub. Mais finalement, la principale crainte de nombreux employeurs envers leurs salariés télétravailleurs est souvent que ces derniers se la coulent douce, à regarder tous les "Harlem Shake" du monde. Or, un salarié qui a décidé de ne pas travailler saura parfaitement le faire en étant dans les locaux de son organisation (Absolument dé-bor-dée de Zoé Shépard en est un exemple). Tout n’est qu’une question de confiance entre le salarié et son employeur. Mais c'est plus facile à dire qu'à mettre en place...

     

    Bon, moi, maintenant, je vais finir de lire ce très instructif Dilbert ;-)

     

    Source image : Dilbert.com

     

  • Dans une soirée ou sur Twitter, on se présente souvent en disant où l’on travaille et ce que l’on fait. : “Bonjour, je suis Machin, je suis responsable Bidule chez Truc et compagnie.” Lors du 1e atelier de l’expédition Digiwork, une personne avait fait la remarque suivante : “Comment on se présente si on n’est plus un “métier” ?” Les personnes sans emploi peuvent en effet ressentir une gêne. Et pourtant sans emploi ne veut pas dire sans activité, cela veut seulement dire “sans activité salarié”. Allez dire aux contributeurs de Wikipedia , aux hommes et femmes au foyer qui s’occupent de leurs enfants, ou aux cuisiniers-amateurs-blogueurs-à-leurs-heures, … qu’ils sont sans activité ou qu’ils ne contribuent pas à l’économie. Et puis, un métier, une fonction ne disent pas grand-chose de ce que l’on fait au quotidien. 

     

    Dans un article intitulé “La fin du travail tel qu’on le connaît”, Josh Bersin, un spécialiste des questions RH, propose de remplacer le mot “travail” (“job”) par “rôle” et “fonction” par “série de tâches et de spécialités”.  Le mot “rôle” m’a fait spontanément penser à l’histoire de Jean-Paul Sartre sur le garçon de café, utilisée pour expliquer ses concepts d’”essence”, “existence” et de “mauvaise foi”. Selon Sartre, le garçon de café en fait des tonnes (“Il a le geste vif et appuyé, un peu trop précis, un peu trop rapide, il vient vers les consommateurs d’un pas un peu trop vif, il s’incline avec un peu trop d’empressement, sa voix, ses yeux expriment un intérêt un peu trop plein de sollicitude pour la commande du client”), car il joue à être un garçon de café, pour se persuader lui-même qu’il se confond avec sa fonction, qu’il est sa fonction. Sartre a pris l’exemple du garçon de café, mais il aurait très bien pu prendre un boucher, un publicitaire ou un manager, chacun jouerait sa fonction.

     

    Mais les slashers l’ont bien compris, ils cumulent les activités et multiplient les opportunités pour vivre plusieurs expériences en une même journée, appartenir à différents univers, s’épanouir dans un domaine qui les passionnent, développer des compétences, nourrir un profil original… Freddy Krueger, vendeur de glaces la journée et tueur psychopathe d’enfants la nuit, ne dira sûrement pas le contraire !

     

     Par contre, sur le problème sémantique autour des mots “travail”, “activité”, “emploi”, “métier”, “fonction”, “rôle”, … je ne suis pas sûre qu’il soit d’une grande aide. 

  • Comme je le disais dans un précédent billet annonçant le lancement de l'expédition Digiwork, suite à l'atelier du 13 février dernier, nous avons mis à jour la cartographie des grandes transformations du travail sous l’influence du numérique. Celle-ci est encore loin d'être exhaustive, elle doit notamment être encore complétée par des exemples, des références, …

     Cartographie des grandes transformations du travail sous l’influence du numérique

    Les prochaines étapes sont donc les suivantes :

    - si vous n’avez pu le faire lors de l’atelier, vous pouvez nous communiquer les axes de la cartographie qui vous semblent pertinents et intéressants d’approfondir lors des prochains ateliers, et ceux qui vous semblent suffisamment traités, de faux problèmes, … ;

    - nous allons poursuivre l’enrichissement de la cartographie en indiquant les ressources que nous avons repérées sur les différents axes ;

    - nous allons également la retravailler pour mieux définir les problématiques posées par chaque thématique.

     

    N’hésitez pas à la commenter, l’utiliser, la nourrir. 

  • Le numérique est au cœur des transformations du travail. C'est aussi un moteur de croissance dont il faut mieux tirer parti en veillant à la qualité des conditions de travail et de la vie au travail.

    L'équipe de la Fing vous invite à participer au colloque "Risques et opportunités des transformations du travail à l’ére du numérique", organisé avec la Direction Générale du Travail et la DIRECCTE.

    Le colloque aura lieu le 12 mars 2013, de 9h30 à 17h45 à l'ASIEM, 6 rue Albert de Lapparent 75007 Paris.

    L'inscription obligatoire sur le site de la DIRECCTE.
    Consulter le programme de la journée.

  • Le 13 février avait lieu le 1e atelier de l’expédition Digiwork chez l’un de nos partenaires, le CNFPT. L’objet de ce premier atelier était de compléter la cartographie des grandes transformations du travail sous l’influence du numérique, puis de prioriser les thématiques, étant donné qu’il est assez difficile de traiter tous les aspects du sujet.

     

     

    La cartographie que l’on avait établie avant l’atelier était la suivante :

     

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    Vous pouvez cliquer ici pour accéder au MindMap et voir la cartographie plus en détails et/ou cliquer ici pour la télécharger en PDF (document que vous retrouverez dans la section "Fichiers du groupe").

     

    La cartographie n’était pas exhaustive, bien sûr, c’est pourquoi nous avons demandé aux participants de l’atelier (très nombreux, par ailleurs) d’indiquer les sujets manquants et les sujets pour lesquels ils avaient une certaine expertise.

     

    A la fin, ceux qui avaient encore un peu de temps, devaient indiquer, d’un côté, les sujets qui leur semblaient être de faux problèmes, des poncifs ou déjà suffisamment traités ; et de l’autre, les sujets émergents, qui leur semblaient incontournables pour l’avenir.

     

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    Suite à cette 1e étape, la cartographie va être mise à jour et un sondage en ligne va permettre de terminer la partie "priorisation des thématiques". Les sujets seront alors approfondis lors d’un prochain atelier, organisé courant avril, sous forme de scénarios de rupture.

     

    Nous remercions les participants d’avoir été si nombreux à assister à ce premier atelier !

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