SoftPlace

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Penser des systèmes et stratégies de lieux partagés


Janvier 1970

  • SoftPlace, lancé au printemps, s'interroge sur les systèmes de lieux partagés de demain. Comment les différents acteurs des territoires (publics, privés, associatifs...) pourraient-ils penser une stratégie des lieux partagés de demain, qui prendrait en compte les systèmes dans lesquels ils s’inscrivent : infrastructures, maillage, réseaux, métiers…?

    S'interroger sur les lieux partagés de demain nécessite en réalité de s'intéresser aux lieux partagés d'aujourd'hui (coworking, fablabs, tiers-lieux divers et variés...) mais aussi aux lieux "partageables" : des lieux souvent mono-fonctionnels (ou offrant peu de fonctions), publics ou privés, déjà ouverts ou non au public, qui ont en commun d'avoir des m2 disponibles en permanence ou sur certains créneaux... le périmètre des lieux partageables peut être large, et nous l'aborderons sans aucun doute dans les mois qui viennent. 

    Lieux partagés ? 

    Les lieux partagés qui nous intéressent particulièrement sont ceux qui émergent avec le développement des usages du numérique. C’est une dénomination et un sujet d’étude qui nous ont déjà intéressés à la Fing dans l'expédition Alléger la Ville, achevée début 2014.

    Nous les définissions alors ainsi :  « Un lieu « partagé » accueille des usagers ayant besoin d’accéder à des services, des locaux, des équipements, des outils, à proximité. Il permet de répondre à des aspirations, des pratiques ou des besoins individuels. Il favorise également la rencontre et les collaborations,  qu’elles se déroulent dans un cadre personnel, professionnel ou associatif. Les lieux partagés sont généralement exploités et animés par des équipes bénévoles ou professionnelles afin d’assurer cohérence et articulation des temporalités et des activités qui y sont menées. »

    Un lieu partagé est un lieu physique, généralement animé ou dans lequel se trouve une médiation humaine puissante, dans lequel on peut partager uniquement des m2 et des équipements, mais dans lequel on partage souvent davantage : des compétences, des services, des expériences, du temps, des idées, projets, etc. Il est la plupart du temps un lieu multi-usages, souple, qui n'a pas une seule fonction dédiée (on ne fait pas que travailler dans un espace de coworking, on peut aussi prendre part à des événements +/- reliés à son activité professionnelle).

    Ce terme ajoute peut-être à la confusion d'un paysage sémantique déjà chargé (tiers-lieux, lieux d'innovation, lieux ouverts...), mais il nous semble que s'il recoupe en partie certains termes, il est aussi un peu autre chose. Ainsi au-delà des  « tiers-lieux », et au risque de brasser (trop) large pour commencer, il nous semble que d’autres lieux peuvent rentrer dans notre paysage des lieux partagés, parce que l’on y partage d’autre choses :

    • Des lieux dans lesquels on partage / on mutualise des ressources : les bibliothèques et médiathèques sont depuis longtemps des lieux de partage, que le numérique vient parfois bousculer, questionner… dans le récent travail sur la consommation collaborative que nous avons mené avec OuiShare, nous imaginions des « Hubs de partage » d’objets, de services divers et variés.
    • Des lieux dans lesquels plusieurs services (et plusieurs fournisseurs de services) se partagent les m2. Certes, on est bien loin des tiers-lieux et des communautés dans ce cas ! Cela peut d’ailleurs davantage être vu comme de la mutualisation que du partage, mais nous nous intéressons aussi à ces lieux-là dans SoftPlace ; qui sait si des formes d’hybridations ne verront pas le jour demain entre ces lieux et les « tiers-lieux » animés et appuyés sur une communauté ?

    Le périmètre d'étude de Softplace n'est aujourd'hui pas figé, et reste à affiner, mais il guidera ce que nous irons regarder dans les semaines qui viennent. Il se nourrira entre autres d'exemples disruptifs de lieux brouillant les cases. N'hésitez donc pas à alimenter le groupe de veille Diigo du projet, si vous en voyez passer !

     

  • Le 2 juillet, Softplace organisait un premier atelier pour se pencher collectivement sur un aspect du sujet des lieux partagés, en explorant quelques formes d’hybridation et de trajectoires de transformation qu’ils recouvrent. Des acteurs de la recherche et des acteurs de terrain y ont partagé pistes de recherche et questionnements, discutant de ces sujets avec les autres participants. 

    Ceux que l'on nomme souvent les "tiers-lieux" (voir une définition éclairante sur Movilab) ont été évoqués à plusieurs reprises durant cet atelier, à travers différentes problématiques : diversité des lieux "d'expérimentation numérique" et de leur positionnement, dynamiques de développement et d'hybridation progressive des lieux de travail partagés, réappropriation de ces dynamiques de partage par les grandes entreprises, ont fait partie des sujets abordés. Mais le périmètre des lieux partagés ne s'arrête pas à ces lieux-là ; et surtout, ces dynamiques de partage adressent de nouvelles questions aux territoires urbains et à ceux qui "font" la ville, comme l'ont démontré les regards croisés d'un géographe et d'un urbaniste. Enfin, cet atelier a été l'occasion d'aborder le sujet des lieux de services partagés, à travers un partage d'expérience de la 27e Région. 

    Retour sur cet après-midi d’échanges. 

    Les lieux "d'expérimentation numérique", des réalités diverses

    Flavie Ferchaud, doctorante en CIFRE à la ville de Rennes, ouvrait le bal en se penchant plus spécifiquement sur les « lieux d’expérimentations numériques ». Le choix de ce périmètre pour sa thèse l’a conduite à s’intéresser aux fab labs, hackerspaces et living labs, qui sont autant d’espaces encore peu constitués, et aux coopérations qui y sont à l’œuvre. Ces lieux font beaucoup parler d’eux, mais font encore peu l’objet de recherches. Flavie Ferchaud appuie notamment sa réflexion sur les travaux de Boris Beaude sur les réseaux et ceux de Raphaël Besson sur les systèmes urbains cognitifs.

    Elle analyse notamment l’approche de ces lieux, qui sont en tension entre des approches institutionnelles, économiques et libertaires : alors que fab labs et living labs apparaissent davantage en France comme des outils de l’action économique et du développement, les hackerspaces affirment une approche moins institutionnelle. Les fab labs sont soutenus par les collectivités, qui les incitent à prendre place aux côtés des startups, en développant un modèle économique, voire à se rapprocher de living labs (les objets prototypés dans les fab labs peuvent y être testés, expérimentés, comme dans l’exemple du Laboratoire des usages animé par la Mêlée à Toulouse). L’approche des hackerspaces, qui refusent d’être dépendants des collectivités, est résolument plus militante.

    Leur inscription spatiale est également différente : les hackerspaces s’inscrivent plutôt dans des friches (bien que les terrains soient parfois mis à disposition par la collectivité), alors que les lieux « institutionnels » s’implantent différemment, selon que leur finalité soit plutôt sociale ou économique. Les lieux à finalité sociale s’implantent plutôt au gré des locaux qui leur sont mis à disposition, souvent avec une vocation d’essaimage sur le territoire (une vision du « Fab lab étendu » notamment présente à Rennes). Les lieux à finalité économique vont, eux, avoir tendance à se rapprocher des écosystèmes de startups, parfois dans les bâtiments totems de la French Tech.

    Dernier aspect évoqué par Flavie Ferchaud, ce que ces lieux produisent sur la ville : ils s’aventurent en effet souvent du côté de productions urbaines (dispositifs, mobilier urbain, etc.), qui restent souvent assez peu visibles pour les acteurs publics. Néanmoins cet objet urbain est parfois un prétexte, et ces lieux peuvent être relativement hors-sol. C’est aussi intéressant d’observer que dans le même temps, nous dit Flavie Ferchaud, les méthodes des hackers sortent de ces lieux pour être utilisées par des événements du type Garemix, Museomix, etc.

    Le développement de lieux de travail partagés et hybrides, des dynamiques à double sens ? 

    Marie-Hélène Féron de la Fonderie lui succédait, apportant le point de vue de l’agence publique numérique d’Ile-de-France. Dès 2012, la Fonderie a lancé des appels à projets pour soutenir des télécentres et espaces de travail partagés. Marie-Hélène Féron souligne d’ailleurs que les télécentres ne sont pas uniquement des lieux de travail, mais aussi des lieux dans lesquels les gens vont trouver un certain nombre de services, dans un cadre de redynamisation des territoires. A partir de 2014, le périmètre des lieux soutenus s’est étendu, en intégrant les Fab Labs.

    La diversité des lieux repérés et soutenus à travers les appels à projets successifs révèle qu’il n’y a plus de lieux qui soient dédiés uniquement à une fonction. On va trouver du télécentre, du coworking-fablab, de l’incubateur-coworking… mais aussi des choses autres et hybrides, type Coworkcrèche, le FoodLab de Volumes coworking. Les lieux se diversifient peu à peu et s’ouvrent à d’autres communautés que celles du numérique ; d’autres acteurs s’emparent du sujet des lieux de travail partagé, notamment les acteurs de l’immobilier, qui ouvrent eux-mêmes des espaces, souvent en périphérie. A noter, les acteurs de ces lieux commencent pour certains à s’organiser ensemble, en menant notamment une réflexion sur un outil commun à tous, afin de se rendre visible auprès des futurs usagers.

    Marie-Hélène Féron nous adresse plusieurs questions en clôture de son intervention : quels sont les modèles économiques pérennes de ces lieux ? Comment interpréter l’engouement des créateurs de lieux pour un changement de façon de travailler, une volonté non seulement de créer son emploi mais aussi de créer un lieu pour les autres ? Et enfin, quelle est la réalité du collaboratif dans ces espaces ? Est-ce qu’on partage uniquement un lieu et du café ou autre chose ?

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    Le sujet de la transformation des espaces de travail était aussi abordé par Bruno Moriset (Lyon 3). Après quelques rappels historiques sur le développement des tiers-lieux, Bruno Moriset apporte quelques faits et chiffres sur ces lieux : des usagers qui sont aujourd’hui majoritairement des freelancers souhaitant trouver une atmosphère de communauté favorisant les rencontres, une ambition environnementale des télécentres importantes mais un impact réel à nuancer… En parallèle de l’essaimage de ces nouveaux espaces, certaines grosses entreprises (comme Apple, Facebook…) se réapproprient l’ambiance et certains codes du coworking, pour développer de tels espaces au sein de leur campus, ou réservés à leurs salariés. Le coworking attire désormais l’attention de grosses entreprises, qui financent certains lieux (comme le Numa), voire jouent un rôle dans le développement d’incubateurs et autres lieux comprenant du coworking, à l’image de Microsoft et son Venture Accelerator à Paris. Pour ces entreprises, c’est l’occasion de développer un double réseau de R&D. Ces lieux leur permettent de s’inscrire au cœur des écosystèmes d’innovation, dans une dynamique d’innovation ouverte (objectif de repérage de projets ou d’innovateurs, transplantation d’idées, etc…).

    Tous ces phénomènes amènent Bruno Moriset à nous questionner : est-ce que le cœur de l’écosystème du coworking ne serait pas encore une fois les grosses entreprises (notamment les GAFA), pour lesquelles travailleraient aujourd’hui les innovateurs, concepteurs d’applications qui utilisent les espaces de coworking ? Est-ce que ces lieux et dynamiques correspondent-elles à l’émergence d’un nouveau prolétariat ou à l’émergence d’une économie post-capitaliste ?

    Bruno Marzloff réagissait à cette série d’interventions en se questionnant sur l’importance donnée au travail et aux lieux de travail dans notre discours sur les lieux partagés ; est-ce l’expression de l’évolution de la sociologie du travail ? Ou une nouvelle réponse apportée à des problématiques urbaines, notamment de mixité, d’accessibilité à des services ? Les problématiques seront aussi probablement différentes selon le territoire que l’on observe… Avoir une approche qui va au-delà des lieux de travail est importante pour aborder des territoires moins centraux ou périurbains.

    Malléabilité, hybridations, transformations des lieux et territoires urbains

    Luc Gwiazdzinski (Laboratoire Pacte – Grenoble) abordait lui le sujet des lieux partagés à partir d’une approche de la ville malléable et des travaux qu’il mène depuis des années sur le sujet. Alors que la ville peut être vue comme « lieu de maximisation des interactions » (Claval), Luc Gwiazdzinski met en garde sur les discours souvent portés sur les « truclabs » : PMU, McDo périurbains peuvent également être des lieux d’interactions et de partage. Luc Gwiazdzinski fait par ailleurs remarquer qu’il y a aujourd’hui des lieux complètement sous-utilisés (notamment des lieux publics comme le Parlement) alors qu’il y a un manque criant de lieux ouverts à certains usages par ailleurs. Outre le partage de clés de lecture (temporalités, polyvalence, réversibilité, collectif et partage, bricolage et détournement…) et de ressources pour approfondir le sujet des lieux partagés, Luc Gwiazdzinski a émis des pistes de recherche stimulantes : dans quelles conditions le sujet permet-il de limiter l’étalement urbain et de travailler sur l’intensification urbaine ? Est-il possible pour ces lieux hybrides d’avoir une identité temporaire ? Quel rôle des labels, peut-on inventer autre chose pour ces lieux ? Des questions se posent aussi autour de l’activité des travailleurs de ces lieux, dont le précariat semble quelque peu esthétisé.

    Enfin, une grande question est posée par le chercheur autour des lieux partagés : jusqu’où, justement, va la partageabilité ?

     

    A l’approche du géographe, répondait celle de Julien Langé, urbaniste de l’agence Act’Urba. Act’urba répond souvent à des appels d’offres dans lesquels le mot hybride n’est jamais prononcé. Dans ce cadre, comment agir pour des urbanistes ? Quelle identité de l’hybride ? Dans un urbanisme « proto-totalitaire », qui prévoit, contrôle, pense les bâtiments et la ville comme du définitif… mais il y a des marges de manœuvre énorme pour la mutation des lieux et des espaces, nous dit Julien Langé, alors que la ville est celle du temps long. 70% du bâti le sera encore en 2050… et il y a actuellement une bulle spéculative autour de l’immobilier de bureau, qui ne devrait pas tarder à éclater progressivement, libérant des millions de m2 disponibles et réutilisables pour d’autres usages.

    L’exemple de l’écocampus de Reims, sur lequel Act’urba a travaillé, illustre un certain nombre d’enjeux « urbanistiques » de l’hybridation : « multifonctionnalité de la nature » (avec des espaces conçus pour divers usages et par des usagers divers : espaces dédiés à la recherche, friche plantée, potager universitaire…). Une série d’objets « hybrides » y ont vu le jour, notamment grâce au numérique. Mais les institutions ne perçoivent pas toujours les enjeux du partage et de l’hybridation, et les financements et la gouvernance restent en silo… Le projet d’un kiosque-relais – qui devrait bientôt voir le jour au sein du campus, porté par Act’urba - incarne pourtant ce que pourrait être un espace partagé au sein du campus. Ce type d’espace hybride, autoportant, autogéré, va évoluer avec le temps, sa programmation reste ouverte.

    Autre exemple, une collaboration avec Leroy Merlin a débouché sur l’installation de petites unités de plateformes de bricolage dans des quartiers, afin de laisser libre cours à l’imaginaire des usagers. Alors que l’urbanisme passe son temps à déterminer, programmer des espaces, Julien Langé parle de « vacuité contraire de l’usage ». Et de terminer avec une question : ne faut-il pas davantage réfléchir à des transformations et des adaptations qu’à du tout hybride ?

    Vers des lieux de services (publics) partagés ? 

    La 27e Région concluait enfin cet après-midi organisé au sein de son lieu, Superpublic, en partageant un retour d’expérience sur deux résidences qu’elle a menés, au sein d’une médiathèque, et au sein d’un relais de Service public. La médiathèque est selon Julien Defait un bon exemple de lieu qui ne propose plus qu’un seul usage, d’ailleurs, le projet en question avait débouché sur un plan d’usage comprenant des lieux de consultation - de convivialité et de citoyenneté, des lieux d'échanges de savoir faire/de travail - de pratiques numériques et puis aussi de services associés.

    La résidence menée sur un lieu Relais de Service public, plus récemment, a amené d’autres éléments de réflexion et de questionnement. Elle avait au départ surtout pour vocation de travailler sur l’accès aux services publics en milieu rural. L’évolution des lieux de services publics pose plusieurs questions, nous dit Nadège Guiraud de la 27e Région. La moitié des Maisons de services au public (MSAP) va se trouver dans des bureaux de Poste, qui délivrent aussi aujourd’hui des services commerciaux… comment imaginer cette cohabitation entre différents « statuts » de services ? Jusqu’où aller dans les services (jusqu’au dépôt de pain ?). Quel risque de dilution de l’identité des services publics dans le cadre d’une offre globale, comment travailler leur lisibilité ? Est-ce qu’un lieu véritablement hybride et partagé dédié au service public est envisageable ? Est-ce que l’on s’adresse toujours à des administrés/usagers de services publics ou à des consommateurs dans ces lieux ? En se projetant un peu, quel risque de marchandisation des services publics ?

    Ces questions ont bien sûr généré du débat au-delà des intervenants : va-t-on voir des lieux qui concentreront tous les services nécessaires, ou des guichets qui redirigent vers tel ou tel service ? Quel modèle économique pour ces lieux ? Comment faciliter l’utilisation de ces lieux de services qui concentrent plein de fonctions, rendant parfois - paradoxalement - le parcours usager plus dense et difficile ? Autant de questions que Softplace tentera d’explorer dans les mois à venir.

    Affaire à suivre…

    Ce premier (riche !) tour d’échange autour de divers lieux partagés – de travail, de médiation, de services… - s’est achevé sur une note de conclusion. Malgré leur diversité, ces lieux ont quelques points communs, et notamment la question de la dé-corrélation des lieux (en tant que m2) et des services : jusqu’où aller dans la multifonctionnalité ? Qu’est-ce qui est encore de l’identité du lieu ? On imagine souvent les lieux qui existent déjà et se transforment (comme les lieux de services) comme des pages blanches ; mais nos représentations symboliques pèsent souvent sur la perception et les usages des lieux. Autre enseignement de ces échanges : l’identité d’un lieu tient à sa communauté. Les m2 seuls ne pèsent pas, et un lieu fort d’une communauté pourra se déporter ou essaimer sans perdre son identité, et sa communauté, achevait Jacques-François Marchandise.

    Mais le sujet des lieux partagés est vaste, et riche de questions ; cet atelier permettait d’en défricher certaines, en en touchant d'autres du doigt. Nous y avons beaucoup parlé de lieux souvent rassemblés sous la bannière de tiers lieux (coworking, fablabs, hackerspaces, labs, etc.), mais aussi de lieux de services et de médiation partagés… De prochains échanges et ateliers devraient se pencher sur d’autres facettes du sujet : lieux multiservices, lieux de formation, modèles économiques, maillage et présence territoriale, etc.

    Merci encore à tous les participants de cet atelier ! 

    >> Retrouvez une synthèse de l'après-midi sur le storify de Sylvia Fredriksson

    >> Retrouvez et contribuez aux pistes de recherche, terrains et ressources recensés au cours de cet atelier

     

     

  • SoftPlace, 1er atelier le 2 juillet chez Superpublic : venez parler de lieux partagés !

    Le 2 juillet, Softplace organise un premier atelier public, pour se pencher collectivement sur un aspect du sujet des lieux partagés : les formes d’hybridation et les trajectoires de transformation qu’ils recouvrent. Des acteurs de la recherche et des acteurs de terrain y partageront enseignements et questionnements.

    Les lieux se transforment, bousculés par les usages du numérique, qui les poussent vers de nouvelles formes d’hybridation et de partage. C’est un des constats à la base de plusieurs travaux de la Fing ces dernières années, dont SoftPlace. Lieux de travail, lieux d’habitation, lieux de services et de médiation… s’ouvrent, se re-configurent, collaborent et partagent avec d’autres lieux. Pour autant, cette dynamique de transformation pose un certain nombre de questions : 

    • s’incarne-t-elle de la même façon dans tous les lieux et tous les territoires ?
    • va-t-elle s’étendre, et toucher demain tous les lieux, ou va-t-elle se limiter aux « lieux partagés » que nous connaissons aujourd’hui ? (tiers-lieux, co-working, Maisons de services aux publics / Relais de services publics…) Va-t-elle faire émerger de nouvelles formes d’hybridations ?
    • que signifient ces transformations pour les territoires dans lesquels s’ancrent ces lieux partagés, mais aussi pour les usagers de ces lieux ?
    • quelles collaborations, quelles formes de partage et de réseaux émergent ? lesquelles sont les plus fertiles ?

    SoftPlace s’insère dans un paysage déjà dense, dans lequel de nombreux porteurs de lieux réfléchissent à leurs pratiques, des acteurs de la recherche se penchent sur les trajectoires d'évolution de certains types de lieux (fablabs, espaces de travail, EPN...). Dans les premiers mois du projet, nous partons à la rencontre de tous ceux qui sont concernés, de près ou de loin, par les lieux partagés : porteurs de lieux, acteurs publics territoriaux, innovateurs, chercheurs... une série de deux ateliers croisera les regards des acteurs de terrain et des acteurs de la recherche, afin de faire émerger des questionnements, des controverses, des tensions, des pistes de recherche et d'action.

    Ce premier atelier du 2 juillet s’intéressera avant tout aux formes d’hybridations et aux transformations des lieux ; un second, à la rentrée, se penchera sur les questions de maillage territorial, de réseaux - formels et informels - de lieux.

    A ce titre, qui de mieux que Superpublic pouvait accueillir cet atelier ? Ce lieu, consacré à l’innovation publique, rassemble en son sein l’équipe de la 27e Région (laboratoire de l’innovation publique), des designers, une équipe détachée du SGMAP ; espace de travail partagé entre ces différents acteurs, Superpublic accueille régulièrement des ateliers, des conférences, ou d’autres événements touchant de près ou de loin au sujet de l’innovation publique.

     

    De quoi parlerons-nous le 2 ?  

    Luc Gwiazdzinsky (Laboratoire Pacte - Grenoble ), évoquera les processus d'hybridation à l'oeuvre, le caractère "malléable" de la ville et des lieux ; l'agence Act'Urba fera part de ses réflexions sur le sujet des lieux partagés, en tant qu'urbanistes. 

    Bruno Moriset (Lyon 3) parlera des dynamiques de transformation des lieux de travail et des tiers-lieux, et de leurs territorialités (quels mouvements, quelles réalités, quelles perspectives?) ; La Poste fera écho à ces questions avec ses propres problématiques de lieux (lieux de travail et lieux de services). 

    Flavie Ferchaud (doctorante ESO-Rennes) décrira les dynamiques d'évolution des lieux de pratiques numériques (fablabs, hackerspaces, living labs...) qu'elle a pu observer récemment, leur imbrication avec les territoires et leur positionnement vis à vis des acteurs territoriaux ; Marie-Hélène Feron, de la Fonderie (agence publique numérique d'IDF) apportera son regard sur ce sujet et sur l'impact du soutien de l'acteur public sur le développement de tels lieux, la Fonderie soutenant les lieux partagés depuis plusieurs années.

    Enfin, la 27e Région abordera la question des lieux de services publics : quels facteurs d'obsolescence ? quelles pratiques d'innovation ? quel rôle du partage ? 

     

    La format de dialogue de l'atelier laissera la porte grande ouverte à d'autres retours de terrain, questions de recherche, pistes de réflexion, tensions et controverses, partage de terrains, etc.

    Au plaisir de vous voir et de vous écouter à cette occasion, et en espérant que vous embarquerez à nos côtés tout au long de l’expédition !

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  • Nous inaugurons le blog Softplace avec un premier billet qui se penche sur un exemple souvent cité - mais toujours stimulant ! - de stratégie territoriale de lieux partagés. Depuis 2011, le projet FabCity propose de mailler le territoire de Barcelone de dizaines de fab labs : quels sont les enjeux, les objectifs de ce projet ? Où en est-il aujourd’hui ?  

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    Barcelone comme écosystème local de fabrication digitale

    Le projet de FabCity, lancé par le conseil municipal barcelonais, porte l’ambition de faire de Barcelone un modèle de développement urbain en maillant son territoire de dizaine de fab labs qui seraient présents dans chaque districts de la ville. Présenté en 2011 à Lima lors de la conférence internationale des fab labs, le projet fait suite a une réflexion engagée entre l’adjoint à l’habitat de la ville de Barcelone et les directeurs de l’école d’architecture (Institute for Advanced Architecture of Catalonia). Tous les trois partagent la vision que les nouvelles technologies doivent être vectrices de lien social et doivent participer à l’émergence de nouvelles formes de consommation et de production.

    Il existe aujourd’hui, à Barcelone, un véritable écosystème local autour de la fabrication digitale émanant d’initiatives tant privées que publiques et recoupant diverses typologies (makerspaces, fabcafés, fab labs d’entreprise, d’école et public). On ne recense pas moins d’une cinquantaine d’initiatives se revendiquant “fab lab” sur le territoire de la ville. Profitant de cette effervescence, Barcelone appuie une stratégie politique de développement économique et social qui accompagne le développement des fab labs. 

    Lorsque, le Fab Lab Barcelona premier fab lab de la ville voit le jour au sein de l’école d’architecture de l’IAAC en 2007, Barcelone fait figure de ville pionnière dans le domaine. Destiné aux étudiants et aux professionnels, il s’oriente principalement vers les domaines de l’habitat et de l’urbanisme ; aujourd’hui, c’est l’un des fab labs le mieux équipé d’Europe, où des projets iconiques ont pu voir le jour. Ce fab lab s’inscrit dans l’ancien quartier industriel Poblenou, aujourd’hui en pleine mutation avec le projet de rénovation urbaine “@22”. L’ambition de ce projet urbain est de faire de Poblenou le quartier référence de la création et de l’innovation de Barcelone. Un nouveau visage qui n’est pas toujours du goût des habitants et des occupants historiques, qui, regroupés au sein du collectif Salvem Can Ricart, dénoncent les choix d’implantations économiques. La mise en expérimentation de ce quartier de l'innovation a conduit à l'éviction de nombreux artistes de leurs ateliers, fragilisant le tissus social existant et favorisant un processus de gentrification. 

     

    La Fab Lab House, un projet de maison auto-suffisante du FabBarcelona primé au Solar Decathlon ©FAB10
    La Fab Lab House, un projet de maison auto-suffisante du FabBarcelona primé au Solar Decathlon ©FAB10

    Un autre symbole de la Fab City est le Green Fab Lab du living lab Valldaura, un lieu ouvert en 2011 par l’IAAC en partenariat avec de nombreux ministères espagnols et le MIT. Ce fab lab se focalise sur les thématiques de transitions et de régénération urbaine dans un cadre unique, à l’extérieur de la ville, au coeur du parc du Collserolla.

    Le choix de cet isolement permet aux étudiants et chercheurs qui y vivent toute l’année, d’expérimenter in situ des projets leur permettant de vivre en totale autarcie. Ce retour “aux sources” oriente ainsi une conception de projet qui utilise l’emploi de matériaux naturels autant que possible et qui hybride les techniques anciennes et nouvelles. L’objectif principal recherché ici est de limiter les impacts de l’activité humaine le plus possible sur l’environnement.

    Ces exemples sont représentatifs d'un dynamisme fort d'innovation existant sur le territoire de la ville. En effet, ici et comme dans de nombreuses autres ville d'Europe, la crise économique de 2008 a affaibli la puissance publique qui a réduit son action dans de nombreux domaines. Les habitants, premiers impactés par la crise, ont su s'organiser et proposer des modèles politiques alternatifs pour répondre à leurs propres besoins. La ville reconnaissante de cette prise en main par le bas, a alors mis en place une politique d'empowerment et ouvre progressivement des espaces où les barcelonais pourront inventer de nouvelles pratiques de consommation, de production et de collaboration. 

     

     

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    Valldaura ©valldauralabs                                                                Le Green Fab Lab ©Makery

     

    Les Ateneus de Fabricacio, premiers fab labs publics au monde

    Depuis 2013, la ville de Barcelone a lancé ses propres fab labs, ayant vocation à être de véritables lieux de services publics de quartier. Appelés “ateneus de fabricacio”, ils sont ouverts à tous et tendent à s’intégrer dans chacun des dix districts avec des approches distinctes qui répondent aux besoins et enjeux locaux des usagers, les habitants. L’ambition est de permettre la réalisation et le recyclage d’objets ou de services pour le quartier et de faire travailler les différentes sphères privée et publique ensemble. Un autre objectif affiché est de relier les quartiers entre eux à travers ces espaces, afin de faire émerger des communautés interconnectées, qui encourageraient l’entreprenariat et le goût pour l’innovation.

    Les ateneus de fabricacio proposent en parallèle trois programmes pour animer et développer les pratiques de ses usagers. Un programme éducatif en partenariat avec le Consortium Educatif de la ville, qui permet aux enseignants de se former aux pratiques de fabrication digitale et d’organiser des visites ou des projets avec leur classe pour sensibiliser leurs élèves à ces questions ; un programme destiné aux familles, qui vise à ouvrir ces pratiques plus largement ; et un programme d'innovation sociale qui tend à lier le fab lab à son environnement local, son quartier. Ce dernier programme, à travers l’usage de machines numériques, met en place un accompagnement de porteurs de projets qui réunis en “communauté locale” cherchent collectivement des solutions aux besoins de leur quartier.

    Pour l’instant, deux ateneus ont ouverts leurs portes et un troisième est en train de voir le jour. Le premier se situe dans le district plutôt aisé de Les Corts, s’intéressant aux questions d’ouverture sur le quartier. L’ateneus de fabricacio Les Corts est le fab lab public qui pilote l’initiative des ateneus de fabricacio et sert aujourd’hui de quartier général pour l’implantation des futurs projets de fab labs de la ville. Le second ateneu, Ciutat Meridiana, a ouvert dans un bâtiment du district de Nou Barris, un quartier isolé de la ville présentant des problématiques sociales fortes. Sa réalisation a notament été bousculée, par les habitants du quartier, qui subissant la crise économique de plein fouet, s’y sont opposés, souhaitant plutôt voir s’ouvrir à la place une banque alimentaire solidaire. Après de nombreuses discussions, le fab lab a aujourd’hui ouvert ses portes et s’est spécialisé sur les thématiques de l’emploi et de l’insertion. Le troisième ateneu verra le jour dans le centre ancien de Barcelone (la Ciutat Vella) avec une spécialisation sur la thématique du développement durable.

     

     

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    En 2013 le futur ateneu Ciutat Meridiana était occupé par les habitants du quartier en vue d’y ouvrir une banque alimentaire solidaire ©L’avanguardia

     

    La Fabcity devient peu à peu une réalité économique et sociale pour la ville de Barcelone, entrainant avec elle le développement de communautés de la fabrication numérique de plus en plus importantes. Autour des deux premiers fab lab historiques de Barcelone, le Fab Barcelona et l’Ateneu des Corts s’est développé un ecosystème de fab labs et makerspaces très dynamique. Pour Tomas Diez, responsable du Fab10 Barcelona, l’enjeu à l’avenir est le dialogue avec la municipalité et les communautés locales autour des fab labs. Il faudrait, pour lui, que le conseil municipal limite volontairement sa place dans le développement de tels lieux afin de  continuer de pouvoir librement hacker la ville.

    Les défis pour cette Fab City en devenir ne sont encore nombreux et mérite une attention particulère: comment la ville amènera-t-elle ces différents lieux, autour desquels se polarisent des communautés diverses, à dialoguer, à échanger, à se mettre en réseau ? Quels impacts culturels, sociaux et économiques de ces lieux sur le tissu local ? Comment en faciliter l’appropriation par le plus grand nombre ?

    





Sources:

    http://www.urbanews.fr/2015/03/10/48041-la-fab-city-de-barcelone-ou-la-reinvention-du-droit-a-la-ville/
    http://www.makery.info/2015/03/13/tomas-diez-tout-un-ecosysteme-emerge-autour-de-la-fab-city-a-barcelone/
    http://strabic.fr/FabLab-Barcelona-de-l-ecole-a-la
    http://sidewaysfilms.tumblr.com/post/75053340665/public-gratuit-et-resolument-tourne-vers-les
    http://www.echosciences-grenoble.fr/actualites/tiers-lieux-et-fabrique-des-villes-contemporaines
    http://new.lepetitjournal.com/barcelone/accueil/actualite/201877-fab-lab-barcelone-leader-mondial-des-technologies-numeriques-dans-un-an
    http://www.makery.info/2014/06/30/fab10-barcelone-capitale-des-fablabs/
    http://www.latribune.fr/regions/smart-cities/20150304trib9388caf8c/barcelone-l-esprit-pionnier-de-l-intelligence-urbaine.html
    http://www.lavanguardia.com/local/barcelona/20131223/54397486419/ciutat-meridiana-desalojo-banco-de-alimentos.html
    http://doc.openfing.org/ADEO/Benchmark-Fablab.pdf
    http://complexitys.com/english/44-fabbing-cities-barcelona-fab-city/
    http://owni.eu/2011/11/01/fab-labs-incubators-of-the-future/
    https://vimeo.com/53065779
    Mémoires sur les fab lab : http://appli6.hec.fr/amo/Public/Files/Docs/276_fr.pdf
     

     

     

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