SoftPlace

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Penser des systèmes et stratégies de lieux partagés


Janvier 2016

  • > Retour sur le scénario travaillé lors de l'atelier scénarios extrêmes du 24 novembre 2015.

    LE SCENARIO

    Alors que les frontières entre vie professionnelle et personnelle se sont peu à peu estompées, le co-living s’est généralisé comme un nouveau mode de vie. On peut désormais dormir, travailler, se divertir au sein d'un même lieu. Ces phalanstères d’un nouveau genre, qui reposent sur une communauté de vie et de travail, s’accompagnent aussi d’une couche servicielle, pour que “vous n’ayez plus à vous inquiéter de rien” , comme promettent leurs promoteurs.

     => Comment lutter au sein des espaces de co-living contre un isolement total voir un "effet de bulle" ? Comment proposer des solutions de co-living adaptées à tous les portes monnaies ? Quel fonctionnement interne à ces nouveaux lieux ?

     

    Que se passe-t-il plus précisément ? 

    Un certain nombre d’opérateurs privés proposent un tout nouveau type de lieux où il est désormais possible de vivre, de travailler, mais aussi de sociabiliser ou de se divertir : les « Cités Pirates ». Ils se proposent ainsi de répondre de manière ponctuelle à des besoins en terme de logement mais offrent également une large gamme servicielle, y compris certains services (formation, bibliothèque, équipements sportifs etc.) dont l’Etat ne peut plus assurer la gestion. Ces services ne sont d'ailleurs pas destinés aux seuls membres des cités pirates mais également, dans une nécessaire ouverture vers l’extérieur, à tout demandeur.

    Afin de pérenniser le système et de proposer une large gamme de service, les « Cités Pirates » reposent sur un système collaboratif. En effet, les membres de la communauté s’engagent au moment de leur intégration, en accord avec les valeurs du co-living, à fournir une partie de leur temps libre afin d’assurer des taches correspondant à leurs compétences. Une « banque du temps » est ainsi mise en place qui comptabilise les services rendus de pair à pair. Ce fonctionnement, de par son besoin en compétences diverses et variées, assure une certaine mixité au sein de la « Cité Pirate » et limite ainsi l’effet de « gated communities ».

    Bien qu’autonomes, ces néo-phalanstères se basent sur un fonctionnement en réseau. Les « Cités Pirates » communiquent ainsi les unes avec les autres et partagent un système de co-pass (la carte pirate) permettant la mobilité de leurs membres. Elles organisent également de manière régulière des compétitions intercités pour densifier le réseau et créer des liens entre leurs communautés mais aussi avec l’extérieur.  

     

    Les acteurs du scénario

     Les « Cités Pirates » reposent sur deux acteurs majeurs : les porteurs de lieux (opérateurs privés ou coopératives) mais aussi les habitants de ces cités qui en assurent le bon fonctionnement. L’acteur public n’a qu’un rôle de contrôle se limitant à la mise en place d’un cahier des charges et d’un label des « Cités Pirates ». Il trouve néanmoins sont intérêt dans une telle démarche au travers de la délégation d’un certain nombre de services qu’il ne peut plus assurer. 

    Des acteurs qui proposent l’offre de co-living : des opérateurs privés, type Airbnb ou des mutuelles, coopératives

     Ils créent (à neuf ou à partir d’espaces existants) des parcs de logements partagés, des offres sur étagères voire des franchises.

    Les opportunités :

    • Des possibilités énormes de développement de leur offre

     Les risques :

    • Garantir les conditions du cahier des charges élaboré par l’Etat
    • Travailler à une nécessaire mixité sociale
    • Lutter contre l’exclusion et les stigmatisations

    Les habitants-usagers

    Habitants du lieu, ils s’engagent la plupart du temps à travailler un certain nombre d’heure (et engrange ainsi des points à la « banque du temps ») pour fournir des services aux autres habitants et aux personnes externes.

    Les opportunités :

    • Un loyer plus faible
    • Accès à un service privé de solidarité compris dans le loyer
    • Participation à la gouvernance de l’espace
    • Intégration d’une communauté
    • Possibilité de travailler, vivre et se divertir au sein d’un même lieu

    Les risques :

    • Enfermement au sein de sa cité (même si la portabilité est garantie, est-elle vraiment réalisée ?)

     

     

     

    Le nouveau lieu du scénario

      

    Les « Cités Pirates » et autres lieux de co-living

     Les « Cités Pirates » proposent des gammes de services plus ou moins larges selon les publics et leur besoin. Certaines se limitent à des espaces de vie et de travail auxquels s’ajoutent certains services de conciergerie, d’autres sont de véritables lieux autonomes au sein desquels les usagers, mais aussi les personnes extérieures, peuvent accéder à l’ensemble des services de la vie courante.

    Leur fonctionnement repose sur les valeurs du co-living c’est à dire le partage d’espaces communs mais aussi l’échange de services entre habitants qui cumulent alors pour tout service rendu du « temps ». Les modalités d’accès reposent uniquement sur des conditions d’engagement à la vie commune de la cité. L’entrée dans une « Cité Pirate » n’est pas contraignante mais permet au contraire d’accéder à l’ensemble des cités grâce à la "carte pirate".

     

    De nouvelles tensions 

    Malgré leur caractère utopique les « Cités Pirates » suscitent quelques questionnements :

    • Comment lutter contre certains abus que peuvent engendrer des systèmes communautaires tel que l’exclusion possible des « amateurs » et de ceux qui ne pourraient ou ne souhaiteraient pas contribuer ? Ou encore le risque de renfermement complet de certaines communautés ?
    • Comment assurer des offres adaptées à tous les portes-monnaies ? Comment garantir la mixité sociale ? 
    • Quelle(s) architecture(s) pour les phalanstères ? Quelle intégration urbaine ? Peut-on les penser à une échelle de micro-quartier ?
    • Peut-on décloisonner, partager, faciliter la circulation des usagers ? Comment penser des phalanstères en réseau ?

      

    >> Retrouvez le détail des questions abordées (tensions, rôle d'autres acteurs, etc.) dans ce scénario dans le compte-rendu de l'atelier du 24 novembre dernier. 

  • > Retour sur le scénario travaillé lors de l'atelier scénarios extrêmes du 24 novembre 2015.

    LE SCENARIO

    Face aux importants défis de limitation de l’étalement urbain, de densification du tissu existant et plus globalement dans un contexte de crise,  une politique stricte d’occupation des espaces libres est mise en place: 0 excess capacity. Les propriétaires de lieux sont désormais obligés de trouver un usage à leurs espaces vacants. Les lieux deviennent totalement fluides, reconfigurables en permanence et pouvant accueillir différentes activités à différents créneaux… De nouvelles plateformes numériques territoriales assurent la gestion des espaces en attente d’occupation.

    => Quels types de lieux sont concernés par cette nouvelle réforme ? Quelle entité (acteur public, privé, collectif citoyen etc.) en charge du matching de la demande et de l’offre

     

    Que se passe-t-il plus précisément ? 

    Au sein de la Métropole du Grand Paris, dans un contexte de limitation de l’étalement urbain, de désertification de certains lieux et suite à la crise du Peak Sand, le sable de construction, décision est prise d’un changement de paradigme dans les politiques d’aménagement : prôner l’intensification des usages pour arrêter l’augmentation des surfaces. Cette nouvelle politique ZEC (Zéro Excess Capacity) s’accompagne d’une réglementation sévère en matière de vacance : nul lieu, à l’exception des logements, ne devra rester vacant plus d’une demi-journée. Les premières entreprises à se lancer dans l’optimisation des usages au sein de leurs locaux sont les prestataires de services urbains. Progressivement, et malgré la résistance de certains lobbies, beaucoup d’entreprises, notamment celles en réseau, voient dans le ZEC une solution viable de gestion de leur parc immobilier quitte à investir dans des travaux d’aménagements pour rendre les locaux modulables ou pour les transformer en logements.

    La mise en place de ce nouveau dispositif reste néanmoins complexe, l’urbanisme intensif devant réinventer son code et sa fiscalité. Afin de la faciliter, du point de vue de l’organisation, une plateforme numérique est progressivement créée. Elle permet la mise en relation des propriétaires ou gestionnaires d’espaces vacants avec des demandeurs d’espaces. Elle établit pour cela des fiches techniques des espaces et met à la disposition des utilisateurs un calendrier permettant la location du lieu.

    Grâce au dispositif Zéro Excess Capacity, la Métropole du Grand Paris se positionne comme pionnière en matière de reconfiguration d’un parc immobilier existant vers une intensification maximale des usages. La démarche elle-même est innovante impliquant l’ensemble des acteurs du territoire, du collectif citoyen aux multinationales en passant par les acteurs du numériques au travers d’une action publique transparente.

     

    Les acteurs du scénario

     La politique publique Zéro Excess Capacity implique une multitude d’acteurs nécessaire à sa bonne mise en place : collectifs citoyens, entreprises, bailleurs, élus locaux etc. Néanmoins, elle repose en grande partie sur l’intercommunalité du Grand Paris et son pouvoir fédérateur. Bien que pouvant être considérée comme fortement interventionniste et contraignante, cette politique offre des solutions clé en main au problème de gestion d’un parc immobilier trop important auquel se confrontent de nombreuses entreprises en réseau tel que les banques. 

    Le Grand Paris

    Le Grand Paris passe d’un urbanisme extensif à un urbanisme intensif, afin de s’adapter à des pratiques et usages radicalement différents de ceux du 20e siècle.

    La métropole met ainsi en place un modèle exemplaire de reconfiguration de son parc immobilier pour attendre le plus vite possible les objectifs du Zéro Excess Capacity.

    Les opportunités :

    • Trouver des solutions et usages aux parcs immobiliers surdimensionnés de nombreuses entreprises en réseau.
    • Une meilleure maîtrise de leur parc par les acteurs d’immobilier de bureaux.
    • Limitation de l’étalement urbain.
    • Résilience urbaine.

    Les risques :

    • S’attaquer à la propriété privée risque d’être mal perçu, par les habitants comme par les lobbys, notamment celui de la construction.
    • Réinvention nécessaire du code et de la fiscalité de l’urbanisme.

    Une banque en réseau

    Pour une banque ayant annoncé depuis quelques années la fermeture d’un certain nombre de ses agences (et tournée depuis vers davantage de services numériques) c’est l’occasion de voir ces espaces vacants enfin réutilisés.

    Fini les espaces qui lui restent sur les bras, les agences accueillent désormais toutes sortes d’activités, proposées par d’autres acteurs : associations, fournisseurs de services… et c'est pour elles une vraie opportunité pour utiliser ces locaux laissés vacants ou ces espaces inutilisés !

     

     

    De nouvelles tensions 

    Cette situation met néanmoins en exergue certaines tensions : 

    • Jusqu’où aller dans le ZEC ? (logements, jardins…) Quelle confrontation avec le droit fondamental de la propriété privée ?
    • Emergence de craintes liées à la plateforme de gestion : surveillance trop intrusive des lieux et de leurs usagers, capture intense de données personnelles, traitement et croisement des données, délais de stockage, anonymisation…
    • Quelle entité légitime pour assurer le matching de l’offre et la demande ? L’acteur public, des acteurs privés, des collectifs citoyens, une grande plateforme numérique ?
    • Comment assurer un usage multiple des lieux malgré une importante pression réglementaire en matière de sécurité, notamment pour les ERP (Etablissement Recevant du Public) ?

     >> Retrouvez le détail des questions abordées (tensions, rôle d'autres acteurs, etc.) dans ce scénario dans le compte-rendu de l'atelier du 24 novembre dernier. 

     

  • > Retour sur le scénario travaillé lors de l'atelier scénarios extrêmes du 24 novembre 2015.

    LE SCENARIO

    2025... le modèle des lieux, des maisons et  ou des relais de services au public a fait long feu. L’expérimentation des tiers-lieux mobiles mise en place dans quelques territoires ruraux au milieu des années 2015, a connu un écho inattendu. En effet, de nombreuses communes et entreprises, y compris au sein de territoires fortement urbanisés, ont adopté ce nouveau modèle mobile pour assurer certains de leurs services, en allant toujours plus près des usagers.  Ainsi, de nombreux agents de services publics et privés sont presque devenus des « colporteurs de services ». Les acteurs publics y ont vu un intérêt pour répondre aux problématiques d’accès à des services de proximité, y compris dans des quartiers urbains et périurbains.

    Les prestataires indépendants de service à la personne adoptent également ce mode de fonctionnement en mobilité proposant toujours plus de prestations à domicile.

    => Qu’advient-il des lieux laissés vides par le départ des agences en réseaux ? Comment synchroniser et organiser l’action des différents prestataires de service afin de ne pas amplifier les inégalités territoriales en matière d’accès aux services ? 

     

    Que se passe-t-il plus précisément ? 

    Deux phénomènes parallèles viennent expliquer la généralisation des services en mobilité :

    • Le premier phénomène est la conséquence de la fermeture progressive des agences en réseau qui, avec la montée en puissance des services par internet, peinent à maintenir leur réseau de lieux, en particulier en territoires ruraux et péri-urbain. Les prestataires de service optent progressivement pour des solutions mobiles. Pour pérenniser ce nouveau fonctionnement, et face aux plaintes répétées des habitants des territoires ruraux et de leurs syndicats, l’Etat et ses services déconcentrés créent le RNST (Régulateur National des Services sur les Territoires). Cette entité ministérielle sera notamment en charge de la création d’une plateforme permettant la synchronisation des services ainsi qu'une réponse efficace des colporteurs de service à la demande des usagers. Cette plateforme permet également la gestion des espaces laissés vacants en les proposant de manière temporaire, par un système de location, aux colporteurs de service ainsi que l’organisation des marchés de services. Les préfectures mettent en place un système de navette sur demande, utilisant alors les bus scolaires, afin d’acheminer vers les marchés de services les personnes les plus isolées (femmes au foyer, chômeur, personnes âgées).
    • Parallèlement, face à une demande croissante sur en zone rurale et péri-urbaine, de plus en plus de travailleurs indépendants du service à la personne se dirigent vers des prestations réalisées directement au domicile de leur client. Voyant leur nombre s’accroitre, et face aux pressions étatiques qui tentent de réguler leurs actions, ces derniers décident de s’organiser, passant à un système fédéré basé sur des coopératives thématiques (corps, maison, formation etc.) et à différentes échelles. Ils créent ainsi leur propre plateforme numérique et mettent en commun matériel et modes de transports.

     

    Les nouveaux lieux du scénario

    Un fonctionnement en mobilité n’exclut pas l’existence de lieux physiques voir l’adaptation de véhicules de transport à la délivrance de service :

    Les « Quelques-choses-trucks »

     

    Les “quelque chose-trucks” peuvent être mis en place dans tout type de véhicules, individuels ou collectifs : voiture, camionnette, bus ou même train. Basés notamment sur des plans d’aménagement en opensource, ils sont tout équipés, connectés et modulables. Ils permettent par des systèmes d'extension la mise en place d’espaces extérieurs avec un maître mot : la convivialité (système de bar, de pergola, de terrasse etc.).

     

    Un moving feel good manager s’occupe de la médiation au sein du truck.  Il possède notamment des compétences en matière de mécanique afin d’assurer l’entretien du véhicule.

     

    => Ces véhicules, afin de faciliter la venue des clients, nécessitent des lieux de stationnement et de rassemblement. C’est le but du marché de services.

    => Quels avenirs pour les espaces laissés vacants par les prestataires de services : une nécessaire mutation vers des espaces de coworking pour colporteurs de service.

    Le marché de service

     

    Des espaces d’accueils sont mis en place par les collectivités locales pour permettre l’installation des différents trucks de service : les marchés de services.

    Ces espaces sont le plus souvent les mêmes que ceux utilisés pour les marchés alimentaires mais peuvent également prendre place sur des parkings extérieurs.

     

    Au sein des marchés de services, les mairies mettent à la disposition des fournisseurs de services et des usagers un animateur qui sert à la fois de guide mais aussi de conseillé. Il est notamment le garant de la convivialité du lieu.

     

    => Afin de permettre le déplacement de certaines personnes isolées ou sans moyen de locomotion vers les marchés de services, les préfectures mettent à leur disposition, mais aussi à celle de n’importe quel usager, des navettes sur demande : le bussoservice.

     

    Espaces de coworking pour colporteurs de service itinérants :

     

    Le nombre d’espaces laissés vacants va croissant avec la montée en puissance des services en mobilité. Les collectivités se réapproprient alors ces lieux en les réaménageant afin qu’ils puissent servir temporairement à des fournisseurs de service itinérants.

    Ces espaces modulables ont ainsi été repensés dans le but d’accueillir une multitude de services différents. Y sont proposés wifi, prêt de matériel ainsi que des “services pour services” du type conciergerie.

    Un médiateur/animateur est en charge du lieu.

    Ces lieux se complètent d’une plateforme numérique pour la réservation et d’un système de carte type co-pass.

    Le « bussoservice»

     

    Les cars de ramassage scolaire sont mobilisés en dehors de leurs horaires habituelles afin d’acheminer les personnes le désirant vers les “marchés de service” ou les espaces d’accueil de services itinérants.

    La tarification des services est adaptée aux différents profils d’usagers.

    Ces bus proposent alors un accès wifi et des bornes d’information.

    Un médiateur, autre que le chauffeur de bus, aide les usagers à préparer leur démarche avant l’arrivée sur les lieux où sont délivrés les services.

     

     

    De nouvelles tensions 

     

    Cette situation met néanmoins en exergue certaines tensions : 

    • Comment éviter un désengagement total sur le territoire des agences de services en réseau ?
    • Comment éviter de nouvelles disparités, un risque de “ghettoïsation” ou même de “sédentarisation extrême” ?
    • La multiplication des services en mobilités et des marchés de services ne risque-t-elle pas d’engendrer une complexification pour les usagers de “l’emploi du temps des services publics” ?
    • Les solutions mobiles posent la question des conditions de travail des colporteurs: risque d’un sentiment de solitude, questions de sécurité, multiplication et complexification des outils…
    • Quid des lieux et friches abandonnés par les points de contact classiques et non utilisés par les collectivités ?
    • Quel bilan carbone pour les services mobiles ?

     

     

    >> Retrouvez le détail des questions abordées (tensions, rôle d'autres acteurs, etc.) dans ce scénario dans le compte-rendu de l'atelier du 24 novembre dernier. 

  • Et si tous les lieux devenaient des "tiers lieux", chacun interprétant ce concept à sa façon ? 

    > Retour sur le scénario travaillé lors de l'atelier scénarios extrêmes du 24 novembre 2015.

    LE SCENARIO

    Le succès des tiers-lieux et des nouveaux espaces de convivialité poussent les commerces et espaces de services privés et publics à adopter de nouvelles stratégies pour renouer une relation avec leurs clients ou usagers, à l’image du pionnier bancaire Umpqua. D’abord un coup marketing de la part de quelques guichets d’assurance, cette tendance à la “tiers-lieuisation” s’étend parmi les organisations en réseau, privées comme publiques. Elles décident chacune de leur côté de renouveler leurs espaces et points de contact, en faisant de leurs espaces des lieux conviviaux d’échanges et de partage, qu’elles animent sur le modèle des tiers-lieux (événements, ateliers…). Certaines mettent en place des médiathèques, d'autres des lieux de partage d’objets et de services entre leurs clients. De cette façon, elles cherchent à créer autour d’elles une véritable communauté, à l’image des tiers-lieux citoyens et entrepreneuriaux et en reprennent d’autres recettes pour les adapter à leur contexte. Ce sont bientôt des centaines de “tiers-lieux de services”, comme ils se surnomment, qui maillent les territoires.

    Certains prennent le contre-pied de cette tendance en s’extrayant de la “tyrannie du partage” : ce n’est plus l’expérience qui y prime mais bien l’accès à une connexion, des m2, des équipements ou des services plus ou moins personnalisés : services alimentaires, liés au bien-être, garde-d’enfants, etc. Chaque lieu a sa couche servicielle, qui en assure aussi une gestion fluide : affectation et réservation des espaces, gestion de l’agenda, gestion des droits des usagers, etc.

    => Qu’arrive-t-il à ceux qui ne parviennent pas à se transformer en tiers-lieux ? Comment faire la différence entre un « tiers-lieu washing » et les tiers-lieux au sens premier du terme ? 

     

    Que se passe-t-il plus précisément ? 

    Alors qu'une contrainte économique forte amène les entreprises à réseaux à repenser leurs lieux et leurs usages, les mouvements citoyens visant à se réapproprier lieux et services, se multiplient, à l'image d'Occupy your bank

    Il ne faut pas longtemps pour que désormais, tous les lieux accueillant du public (publics comme privés) se revendiquent tiers-lieux. Entre ceux qui ne parlent plus de leur clientèle mais de leur communauté, ceux qui couplent services bancaires, d’assurance, service de vente et coworking et services annexes, un grand éventail de “tiers-lieux serviciels” a vu le jour. Les acteurs pionniers des tiers-lieux, citoyens ou entrepreneuriaux, ne se reconnaissent plus dans ces nouveaux lieux....

    De fait, plusieurs lieux cohabitent :

    Les nouveaux “tiers-lieux de services”, qui recouvrent des choses et des services très divers, émergent partout sur le territoire, portés par des acteurs publics (CAF, relais de services publics...) comme privés (MSAP, banques, commerces...). Ils continuent à proposer leurs services de base, mais réinventent l’usage des m2 des points de contact, proposent des services complémentaires, voire adoptent la rhétorique des tiers-lieux ("30min de battement avant votre rdv avec votre banquier ? Venez vous détendre ou travailler au café de la banque !".)

    Les "tiers-lieux" historiques, sont partagés, dénonçant le dévoiement de la notion de tiers-lieux. Concurrencés aux yeux du grand public par les nouveaux lieux qui en copient des caractéristiques, ils adoptent alors différentes stratégies de différenciation : postures davantage militantes, recentrage sur la contribution et la production locale, lieux reposant sur la gratuité des services et des échanges…

    Les acteurs du scénario

    Plusieurs acteurs voient leur rôle évoluer dans cette situation :

    Les organisations en réseaux font évoluer leurs points de contact en s’inspirant des dynamiques et modèles des tiers lieux, afin de maintenir et renouveler leur relation client/usager. 

    Les villes accompagnent, voire nouent des partenariats avec des lieux partagés du territoire. Certaines ré-affirment un rôle de ré-équilibrage des territoires lorsque les services sont trop concentrés.

    Des collectifs citoyens bénéficient désormais dans certains lieux de m2 et de services essentiels, suite à leurs revendications. 

    Pour d'autres acteurs, cela constitue surtout de nouvelles incertitudes : les maisons de services aux publics, qui s'étaient multipliées en territoire rural mais aussi dans certains territoires urbains dès la fin des années 2010, avec l'objectif de permettre l’accès aux services de proximité à tous, se voient parfois concurrencées par le positionnement de nouveaux lieux privés comme lieux partagés (menaçant les partenariats engagés avec les fournisseurs de services depuis des années). 

    Des opportunités et des risques, zoom sur deux acteurs : 

    Une banque en réseau

    Les opportunités :

    • Rationalisation des locaux et optimisation des coûts
    • Différenciation en termes d’image et stratégie marketing
    • Nouvelles offres de services, pour toucher de nouvelles populations
    • “Marketing employeur” : une opportunité de retrouver du sens pour les agents de la société générale

    Des risques : 

    • Risque en terme d’image auprès des clients qui recherchent uniquement un service sérieux et direct
    • Des coûts supplémentaires de coordination
    • Une possibilité de se voir dépasser par des projets qui seraient nés en ses lieux

    Pour une ville

    Les opportunités :

    • Réinvestissement de lieux vides,
    • Redynamisation du territoire, attractivité et développement économique,
    • Fin des déserts serviciels

    Les risques :

    • Prédominance de porteurs de “tiers-lieux” privés : éloignement des problématiques publiques, en termes d’égalité d’accès aux services entre usagers et territoires.
    • Lecture difficile du panorama des lieux par les usagers

     

     

    De nouvelles tensions 

    Cette situation pose des questions nouvelles : 

    • Quelle cohérence du maillage territorial de l’offre et des fonctions à l'heure de l'essaimage des "tiers-lieux": vers de nouvelles concurrences ou des complémentarités ?
    • Quelle lisibilité du paysage des lieux partagés : qui assure la lisibilité du paysage des lieux ? Comment permettre aux usagers de s'y retrouver, parmi des lieux aux valeurs, aux modèles économiques, aux services et aux porteurs variés ? 
    • Comment éviter que ne s'affirment de nouvelles disparités territoriales ? Ces nouveaux lieux partagés ne verront pas le jour dans de nouveaux lieux : il s’agira probablement pour les porteurs des lieux de renouveler le positionnement et les usages de leur réseau de points de contact existants. Mais quels seront les lieux et territoires privilégiés pour mettre cette transformation en oeuvre ? Concernera-t-elle tous les lieux et tous les territoires, ou seulement ceux dans lesquels elle peut être rentable ? En captant ou en générant du flux, en proposant une palette de services à suffisamment de clients… ce développement risque ainsi de concerner avant tout des lieux suffisamment urbanisés ou peuplés, mais aussi certains quartiers spécifiques.... 
    • Comment éviter de nouvelles inégalités entre les usagers, entre ceux qui sont clients des organisations en réseau et ceux qui ne le sont pas ?
    • Au sein des lieux, quelle couche servicielle permettant un "partage" entre différents usagers et activités ?

     

    >> Retrouvez le détail des questions abordées (tensions, rôle d'autres acteurs, etc.) dans ce scénario dans le compte-rendu de l'atelier du 24 novembre dernier. 

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