SoftPlace

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Penser des systèmes et stratégies de lieux partagés


Blog de SoftPlace

  • Après plus d’un an de travaux menés avec ses partenaires et contributeurs, l’expédition Softplace publie ses pistes d’innovation dans son livret final "Softplace : Une exploration des écosystèmes de lieux hybrides".

    A la croisée de plusieurs dynamiques et de l’évolution des usages du numérique, de nombreux lieux mutualisent, s’hybrident, mixent services et fonctions, maillent différemment les territoires… Nous analysions en mai 2016 ce paysage au sein du Cahier d'exploration Softplace.

    Softplace a enfin abordé ces mutations des lieux à travers trois grands angles : les nouvelles qualités de ces lieux hybrides, les nouveaux écosystèmes urbains ou territoriaux qui émergent et les évolutions qu’elles signifient pour les "gens", usagers ou agents des lieux au contact du public .

    Ce travail débouche aujourd’hui sur la publication de 6 pistes d’innovation, qui s’adressent tant à des acteurs publics territoriaux qu’à des organisations en réseau, à des porteurs de lieux ou encore à des agents travaillant au sein de ces lieux. Pour chacune, nous proposons un démonstrateur, exemple de projet de mise en oeuvre de ces pistes.

    Mais l’expédition Softplace n’est pas totalement terminée ! La Fabrique des Territoires Innovants organisera à l’automne, dans le prolongement de l’expédition, un atelier "Think Tank" autour de pistes de recherche issues des travaux de Softplace.

    > Retrouvez le cahier d'exploration Softplace (mai 2016)

    > Retrouvez le cahier "Softplace : Une exploration des écosystèmes de lieux hybrides" (septembre 2016) contenant les pistes d'innovation de l'expédition

  • “La carte, désormais partout avec vous !”

    Désormais, avec la multiplication des smartphones, la carte est partout avec vous !”. Dès le début de la conférence “Tourisme, est-il possible de réinventer la cartographie ?”, organisée dans le cadre de Futur en Seine, Fabien Apheceix, startuper co-créateur de Waynote, inaugure le débat par cette phrase qui donne le LA.

    Bernard Dupré, responsable de la recherche et de l’innovation à la RATP, confirme ces propos, précisant que pour sa société l’objectif est de multiplier la carte des transports d’Île-de-France sur un maximum de supports pour accompagner les deux grands temps de l’usager des transports en commun que sont la prévision et l’organisation du déplacement et le déplacement lui-même. Ainsi les différentes applications du réseau de transport s’appuyant sur la cartographie sont-elles “omnicanales”, des tablettes aux ordinateurs en passant par le mobilier urbain, qui, loin d’avoir été balayé par les smartphones, constitue un des axes de développement majeur de la compagnie pour son côté ludique et interactif.

    Nicolas Lambert, responsable du pôle innovation et partenariats industriels de l’Institut National de l’Information Géographique et Forestière plus connu sous l’acronyme IGN, est également l’un des intervenants de cette conférence. Au sein de cet institut, fort de 350 ans d’expérience, la numérisation croissante des cartes n’a selon Nicolas Lambert pas été vécue comme un possible chemin vers la mort de l’IGN mais bien comme un levier de renouveau. Au travers de la création de l’infrastructure Géoportail en 2006, le numérique a permis l’ouverture de la cartographie pour un nombre croissant d’individus et donc une meilleure réponse à la mission de cet établissement public en charge notamment de la diffusion des données géographiques territoriales.

    Le passage au numérique a permis un certain renouveau dans l’usage des cartes. Sorties du format papier, téléchargeables sur tout type de canal ou navigables directement par le biais d’applications, elles sont devenus un support de navigation et d’orientation au quotidien. Elles accompagnent désormais chacun dans ses trajets, peu importe le mode de transport. Mais pour l’IGN ou pour la RATP, l’innovation autour de la cartographie et de ses usages doit rester permanente pour répondre à des enjeux nouveaux de marketing territorial, de ville durable mais aussi de sécurité.

    Face aux évolutions des nouvelles technologies, notamment de modélisation en trois dimensions, de géolocalisation, d’aide à l’orientation et à la navigation, mais aussi face à l’émergence de pratiques collaboratives, quel avenir peut-on envisager pour la carte et la cartographie ?

    Un retour sur les échanges ayant eu lieu au cours de la conférence, au cours de laquelle la thématique tourisme a finalement été peu abordée, est l’occasion de questionner cet avenir.

     

     

    Réinventer la cartographie et ses interfaces

    En matière de réinvention de la cartographie, les objectifs ne sont pas les mêmes pour tout le monde et chacun des quatre intervenants porte sa propre vision.

    L’IGN, afin de favoriser l’appropriation des données qu’il diffuse et leur utilisation pour le développement de nouveaux services, a mis en place son propre incubateur : IGNFab, “l’accélérateur de projet de géoservices”. L’IGN fait ainsi profiter les créateurs d’entreprises de son expertise et de ses données. Fabien Apheceix et son associé, Nadine Pédemarie, sont deux  de ces créateurs, de la cuvée 2016. Leur application, Waynote, contribue à rendre les trajets en autoroute plus agréables et surtout plus instructifs. Finies les pauses sur les aires de repos en bord de route et les heures de voitures passées la tête dans un livre pour les passagers, “Waynote est le premier guide culturel, en temps réel, sonore et géolocalisé” qui accompagne les trajets en voiture. Mais pour qu’un tel service soit rendu possible il a fallu innover. Un système de balises situées, non pas sur les points d’intérêt eux-mêmes, mais tout au long de l’autoroute a été mis en place. Il permet le déclenchement des alertes à des endroits stratégiques pour signifier un point de vue intéressant ou une sortie vers un point d’intérêt. Le tout pouvant fonctionner sans connexion internet. “L’importance ici, c’est la précision dans la granularité de l’information, c’est de l’hyperlocal.” précise Fabien Apheceix.

    Interface de Waynote  Interface de Toot Sweet

    Interface de Waynote                                                                                             Interface de Toot Sweet

    Pour Hatem Chelbi, à l’origine de Toot Sweet l’application qui indique “tous les plans cool autour de toi maintenant (ou dans les prochaines heures)” , la cartographie a une mission toute autre, elle devient le support d’un outil de recommandation pour les sorties et loisirs de l’utilisateur, un outil d’aide à la décision. Pour en rendre l’utilisation agréable, l’innovation doit se tourner vers l’amélioration des interfaces. La navigation et la lecture d’information doivent être pensées de manière complémentaire et synchronisées pour sortir du système de “gouttes d’eau” affichant des informations au détriment de la carte. Il faut également fluidifier le continuum lors du passage d’une échelle à l’autre. Le startupeur trouve écho à ses propos au travers des attentes de la RATP, “L’amélioration des interfaces est un objectif tant technologique que commercial”.

    Les possibilités de renouveau de la cartographie sont multiples. Elles croisent même aujourd’hui, nous précise Nicolas Lambert, un autre monde inattendu, celui du jeu vidéo. En effet, certaines données IGN peuvent être téléchargées dans Minecraft, jeu vidéo où le joueur est amené à créer lui-même son propre univers, bloc par bloc.

    De ces échanges ressort une prédominance de l’utilisation de la carte comme support serviciel. Augmentée, dotée d’une interface de navigation sans cesse améliorée, elle devient outil de recommandation, d’aide à la décision pour le choix d’une activité, d’un trajet en transport en commun ou encore d’un lieu de repos pendant un voyage en voiture. Les objectifs et enjeux de la cartographie eux-mêmes évoluent pour se diriger vers l’hyperlocal, vers une connaissance complète du territoire dans ses moindres détails et d’une part des services qui y sont proposés.

    Dans l’audience une question est néanmoins soulevée concernant la temporalité, cette grande oubliée de la cartographie : “Au cours d’un séjour touristique il est important de se répérer à la  fois dans l’espace et dans le temps, qu’en est-il de la lecture temporelle des cartes ? pourquoi tant de retard ?” La réponse se situe quelque part entre la complexité technique et les problèmes économiques qui en découlent.

     

     

    Quel(s) avenir(s) pour la cartographie ?

    De ces problèmes économiques justement il est question au cours de l’échange. Pour les petits acteurs du géoservice un modèle économique viable doit-être trouvé. Les deux start-ups en présence nous en proposent deux exemples : Toot Sweet se base sur le modèle des apporteurs d’affaire, d’une commission prélevée sur une transaction lorsqu’un usager réserve un billet pour un quelconque évènement via la plateforme, tandis que Waynote travaille en collaboration avec les collectivités désireuses de voir l’application se développer sur leur territoire. Les deux applications ont ainsi élaboré des modèles qui permettent la mise en place d’un service gratuit pour l’usager. Elles s’inscrivent toutes deux face à des enjeux de marketing et de visibilité tant pour les territoires que pour le secteur événementiel. La carte augmentée devient alors élément de communication, support pour des transactions.

    Néanmoins, la cartographie, lorsqu’elle devient support serviciel fait craindre, face à la complexification des modèles (temps réel, données de plus en plus précises etc.) et le coût financier de leur mise en place technique, une monétisation abusive de la carte et de ses usages y compris pour les particuliers.

    L’évocation de Google et de son omniprésence, lors de la conférence viens faire écho à ces enjeux économiques. En effet, la multinationale rachète désormais progressivement, de manière quasi systématique, les meilleurs applications qui se développent sur le marché ou en développe sa propre version. “Le rachat par Google peut-être une fin en soi, un objectif pour les start-ups.” affirme une personne dans le public. De plus, le système API de Google Maps sert également de support pour le développement de nombreux services. Les chiffres de 2013 parlent d’eux-mêmes : 1 million de sites web intégrant une carte Google Maps et 10 millions d’utilisateurs de Google Drive. Se dirige-t-on vers un monopole des services géolocalisés et de la cartographie par la multinationale ?

    Un autre avenir, en filigrane tout au long de cette conférence, semble se profiler pour la carte, et plus précisément pour la cartographie, face à ces enjeux. Bien que ce potentiel devenir n’ait  pas été affirmé comme tel lors de la table ronde, différents éléments entendus lors de celle-ci semblent indiquer une “déprofessionalisation”, au moins partielle, de la cartographie. La création de l’IGNLab en est un des premiers indicateurs. Les chercheurs et géographes de l’institut y mettent en effet leurs expertises à disposition des startupers pour permettre à ces derniers de s’approprier les données cartographiques et leurs potentiels d’utilisation pour le développement de géoservices. L’institut travaille également à l’élaboration d’outils de cartographie appropriables par un maximum d’usagers afin de sortir du traditionnel SIG difficilement utilisable par les non-initiés. Ces outils sont développés dans une logique de complémentarité avec les interfaces de l’IGN et le géoportail. Ils ont pour vocation de “parler aux décideurs et aux usagers”.

    Mais c’est surtout au travers de l’émergence de pratiques collaboratives et ouvertes de la cartographie que cette “déprofessionalisation” s’opère. Depuis 2004, le projet Open Street Map, porte l’ambition d’une base de données géographiques mondiale extrêmement précise, sans cesse remise à jour par les usagers eux-mêmes. Avec Open Level Up cette cartographie s’étend même à l’intérieur des bâtiments recevant du public, étage par étage. On retrouve ici cette volonté d’une granularité toujours plus fine des informations. Elle est ici permise par le nombre de contributeurs et leur connaissance de leur propre territoire. Une véritable communauté s’est ainsi constituée autour d’OSM.  

    Une autre problématique vient interroger l’avenir de la cartographie. Au cours de la conférence, l’inévitable question en lien avec la Smart City est posée : “Quelles évolutions de la cartographie sont possibles en lien avec les problématiques de la ville intelligente ?”. Les réponses des participants sont unanimes, le modèle 2D à fait son temps, la 3D sera nécessaire pour “modéliser la ville de demain”. Elle servira ainsi de support aux professionnels de l’aménagement en tant qu’outil d’aide à la décision permettant la visualisation d’un plus grand nombre de données géographiques mais aussi environnementales. Bien qu’il s’agisse encore de représentation de données géographiques, peut-on toujours parler du résultat final comme d’une carte et de leur conception comme de la cartographie ? En effet, dans le monde de l’architecture et de l’urbanisme le terme de “maquette 3D” s’est déjà imposé. En tant que support pour des pratiques professionnelles de l’aménagement urbain la cartographie semble devoir se réinventer pour répondre à des enjeux toujours plus complexes.

    Cette autre problématique fait écho aux questionnements de l’expédition Softplace de la FING. En s’intéressant à la déspécialisation des lieux, à l’hybridation des services au sein d’un même espace et au découplage des fonctions et des m2, un constat a émergé concernant la cartographie urbaine. Cette dernière, lorsqu’elle prend notamment la forme d’un plan de ville, ne semble désormais plus en mesure de représenter la complexité de la ville. En effet, elle peine à tenir compte des différentes temporalités telles que les heures, les jours de la semaine, les mois etc., indispensables pour la navigation au sein d’une ville où les services au public sont en mobilité, où plusieurs usages se déroulent de manière simultanée ou se succèdent.

    Comment représenter la ville selon ces différentes temporalités et créneaux horaires, pour rendre compte de la multiplicité des usages et des fonctions au sein d’un même lieu ? Quelle(s) modalité(s) de représentation pour des temps plus courts ? En écho avec cette conférence, une solution est-elle trouvable au travers des dynamiques collaboratives ?

    La 2D est également un frein pour les enjeux énoncés dans Softplace. Le traditionnel plan masse restreint l’imaginaire urbain, pour les professionnels comme pour les usagers, à la dualité entre plein et vide, entre bâti et espace de circulation. Il tient compte du contenant mais pas du/des contenu/s (usages, fonctions, services etc.). La représentation s’émancipe parfois de cette dualité pour se tourner vers une autre opposition : celle des notions d’espace public et d’espace privé. Or, il a été démontré, au cours de la veille de Softplace, que la frontière entre ces deux notions tend à se floutter par l’hybridation croissante des fonctions au sein d’un même espace.

    Comment alors tenir compte de ce brouillage progressif dans la représentation de la ville ? Comment rendre cette nouvelle représentation “productive” ?

    Un changement de mode de représentation, de méthodes de cartographie semble nécessaire pour représenter la ville déspécialisée et permettre un changement de paradigme dans les modes de gestion et de production de la ville qui sont étroitement liés à sa représentation. Il doit permettre également une meilleure programmation des usages et des fonctions à l’heure de la déspécialisation.  C’est sur ces questionnements que s’orientent certaines pistes d’innovation de l’expédition.

    A suivre donc…

     



  • > Retour sur le scénario travaillé lors de l'atelier scénarios extrêmes du 24 novembre 2015.

    LE SCENARIO

    Alors que les frontières entre vie professionnelle et personnelle se sont peu à peu estompées, le co-living s’est généralisé comme un nouveau mode de vie. On peut désormais dormir, travailler, se divertir au sein d'un même lieu. Ces phalanstères d’un nouveau genre, qui reposent sur une communauté de vie et de travail, s’accompagnent aussi d’une couche servicielle, pour que “vous n’ayez plus à vous inquiéter de rien” , comme promettent leurs promoteurs.

     => Comment lutter au sein des espaces de co-living contre un isolement total voir un "effet de bulle" ? Comment proposer des solutions de co-living adaptées à tous les portes monnaies ? Quel fonctionnement interne à ces nouveaux lieux ?

     

    Que se passe-t-il plus précisément ? 

    Un certain nombre d’opérateurs privés proposent un tout nouveau type de lieux où il est désormais possible de vivre, de travailler, mais aussi de sociabiliser ou de se divertir : les « Cités Pirates ». Ils se proposent ainsi de répondre de manière ponctuelle à des besoins en terme de logement mais offrent également une large gamme servicielle, y compris certains services (formation, bibliothèque, équipements sportifs etc.) dont l’Etat ne peut plus assurer la gestion. Ces services ne sont d'ailleurs pas destinés aux seuls membres des cités pirates mais également, dans une nécessaire ouverture vers l’extérieur, à tout demandeur.

    Afin de pérenniser le système et de proposer une large gamme de service, les « Cités Pirates » reposent sur un système collaboratif. En effet, les membres de la communauté s’engagent au moment de leur intégration, en accord avec les valeurs du co-living, à fournir une partie de leur temps libre afin d’assurer des taches correspondant à leurs compétences. Une « banque du temps » est ainsi mise en place qui comptabilise les services rendus de pair à pair. Ce fonctionnement, de par son besoin en compétences diverses et variées, assure une certaine mixité au sein de la « Cité Pirate » et limite ainsi l’effet de « gated communities ».

    Bien qu’autonomes, ces néo-phalanstères se basent sur un fonctionnement en réseau. Les « Cités Pirates » communiquent ainsi les unes avec les autres et partagent un système de co-pass (la carte pirate) permettant la mobilité de leurs membres. Elles organisent également de manière régulière des compétitions intercités pour densifier le réseau et créer des liens entre leurs communautés mais aussi avec l’extérieur.  

     

    Les acteurs du scénario

     Les « Cités Pirates » reposent sur deux acteurs majeurs : les porteurs de lieux (opérateurs privés ou coopératives) mais aussi les habitants de ces cités qui en assurent le bon fonctionnement. L’acteur public n’a qu’un rôle de contrôle se limitant à la mise en place d’un cahier des charges et d’un label des « Cités Pirates ». Il trouve néanmoins sont intérêt dans une telle démarche au travers de la délégation d’un certain nombre de services qu’il ne peut plus assurer. 

    Des acteurs qui proposent l’offre de co-living : des opérateurs privés, type Airbnb ou des mutuelles, coopératives

     Ils créent (à neuf ou à partir d’espaces existants) des parcs de logements partagés, des offres sur étagères voire des franchises.

    Les opportunités :

    • Des possibilités énormes de développement de leur offre

     Les risques :

    • Garantir les conditions du cahier des charges élaboré par l’Etat
    • Travailler à une nécessaire mixité sociale
    • Lutter contre l’exclusion et les stigmatisations

    Les habitants-usagers

    Habitants du lieu, ils s’engagent la plupart du temps à travailler un certain nombre d’heure (et engrange ainsi des points à la « banque du temps ») pour fournir des services aux autres habitants et aux personnes externes.

    Les opportunités :

    • Un loyer plus faible
    • Accès à un service privé de solidarité compris dans le loyer
    • Participation à la gouvernance de l’espace
    • Intégration d’une communauté
    • Possibilité de travailler, vivre et se divertir au sein d’un même lieu

    Les risques :

    • Enfermement au sein de sa cité (même si la portabilité est garantie, est-elle vraiment réalisée ?)

     

     

     

    Le nouveau lieu du scénario

      

    Les « Cités Pirates » et autres lieux de co-living

     Les « Cités Pirates » proposent des gammes de services plus ou moins larges selon les publics et leur besoin. Certaines se limitent à des espaces de vie et de travail auxquels s’ajoutent certains services de conciergerie, d’autres sont de véritables lieux autonomes au sein desquels les usagers, mais aussi les personnes extérieures, peuvent accéder à l’ensemble des services de la vie courante.

    Leur fonctionnement repose sur les valeurs du co-living c’est à dire le partage d’espaces communs mais aussi l’échange de services entre habitants qui cumulent alors pour tout service rendu du « temps ». Les modalités d’accès reposent uniquement sur des conditions d’engagement à la vie commune de la cité. L’entrée dans une « Cité Pirate » n’est pas contraignante mais permet au contraire d’accéder à l’ensemble des cités grâce à la "carte pirate".

     

    De nouvelles tensions 

    Malgré leur caractère utopique les « Cités Pirates » suscitent quelques questionnements :

    • Comment lutter contre certains abus que peuvent engendrer des systèmes communautaires tel que l’exclusion possible des « amateurs » et de ceux qui ne pourraient ou ne souhaiteraient pas contribuer ? Ou encore le risque de renfermement complet de certaines communautés ?
    • Comment assurer des offres adaptées à tous les portes-monnaies ? Comment garantir la mixité sociale ? 
    • Quelle(s) architecture(s) pour les phalanstères ? Quelle intégration urbaine ? Peut-on les penser à une échelle de micro-quartier ?
    • Peut-on décloisonner, partager, faciliter la circulation des usagers ? Comment penser des phalanstères en réseau ?

      

    >> Retrouvez le détail des questions abordées (tensions, rôle d'autres acteurs, etc.) dans ce scénario dans le compte-rendu de l'atelier du 24 novembre dernier. 

  • > Retour sur le scénario travaillé lors de l'atelier scénarios extrêmes du 24 novembre 2015.

    LE SCENARIO

    Face aux importants défis de limitation de l’étalement urbain, de densification du tissu existant et plus globalement dans un contexte de crise,  une politique stricte d’occupation des espaces libres est mise en place: 0 excess capacity. Les propriétaires de lieux sont désormais obligés de trouver un usage à leurs espaces vacants. Les lieux deviennent totalement fluides, reconfigurables en permanence et pouvant accueillir différentes activités à différents créneaux… De nouvelles plateformes numériques territoriales assurent la gestion des espaces en attente d’occupation.

    => Quels types de lieux sont concernés par cette nouvelle réforme ? Quelle entité (acteur public, privé, collectif citoyen etc.) en charge du matching de la demande et de l’offre

     

    Que se passe-t-il plus précisément ? 

    Au sein de la Métropole du Grand Paris, dans un contexte de limitation de l’étalement urbain, de désertification de certains lieux et suite à la crise du Peak Sand, le sable de construction, décision est prise d’un changement de paradigme dans les politiques d’aménagement : prôner l’intensification des usages pour arrêter l’augmentation des surfaces. Cette nouvelle politique ZEC (Zéro Excess Capacity) s’accompagne d’une réglementation sévère en matière de vacance : nul lieu, à l’exception des logements, ne devra rester vacant plus d’une demi-journée. Les premières entreprises à se lancer dans l’optimisation des usages au sein de leurs locaux sont les prestataires de services urbains. Progressivement, et malgré la résistance de certains lobbies, beaucoup d’entreprises, notamment celles en réseau, voient dans le ZEC une solution viable de gestion de leur parc immobilier quitte à investir dans des travaux d’aménagements pour rendre les locaux modulables ou pour les transformer en logements.

    La mise en place de ce nouveau dispositif reste néanmoins complexe, l’urbanisme intensif devant réinventer son code et sa fiscalité. Afin de la faciliter, du point de vue de l’organisation, une plateforme numérique est progressivement créée. Elle permet la mise en relation des propriétaires ou gestionnaires d’espaces vacants avec des demandeurs d’espaces. Elle établit pour cela des fiches techniques des espaces et met à la disposition des utilisateurs un calendrier permettant la location du lieu.

    Grâce au dispositif Zéro Excess Capacity, la Métropole du Grand Paris se positionne comme pionnière en matière de reconfiguration d’un parc immobilier existant vers une intensification maximale des usages. La démarche elle-même est innovante impliquant l’ensemble des acteurs du territoire, du collectif citoyen aux multinationales en passant par les acteurs du numériques au travers d’une action publique transparente.

     

    Les acteurs du scénario

     La politique publique Zéro Excess Capacity implique une multitude d’acteurs nécessaire à sa bonne mise en place : collectifs citoyens, entreprises, bailleurs, élus locaux etc. Néanmoins, elle repose en grande partie sur l’intercommunalité du Grand Paris et son pouvoir fédérateur. Bien que pouvant être considérée comme fortement interventionniste et contraignante, cette politique offre des solutions clé en main au problème de gestion d’un parc immobilier trop important auquel se confrontent de nombreuses entreprises en réseau tel que les banques. 

    Le Grand Paris

    Le Grand Paris passe d’un urbanisme extensif à un urbanisme intensif, afin de s’adapter à des pratiques et usages radicalement différents de ceux du 20e siècle.

    La métropole met ainsi en place un modèle exemplaire de reconfiguration de son parc immobilier pour attendre le plus vite possible les objectifs du Zéro Excess Capacity.

    Les opportunités :

    • Trouver des solutions et usages aux parcs immobiliers surdimensionnés de nombreuses entreprises en réseau.
    • Une meilleure maîtrise de leur parc par les acteurs d’immobilier de bureaux.
    • Limitation de l’étalement urbain.
    • Résilience urbaine.

    Les risques :

    • S’attaquer à la propriété privée risque d’être mal perçu, par les habitants comme par les lobbys, notamment celui de la construction.
    • Réinvention nécessaire du code et de la fiscalité de l’urbanisme.

    Une banque en réseau

    Pour une banque ayant annoncé depuis quelques années la fermeture d’un certain nombre de ses agences (et tournée depuis vers davantage de services numériques) c’est l’occasion de voir ces espaces vacants enfin réutilisés.

    Fini les espaces qui lui restent sur les bras, les agences accueillent désormais toutes sortes d’activités, proposées par d’autres acteurs : associations, fournisseurs de services… et c'est pour elles une vraie opportunité pour utiliser ces locaux laissés vacants ou ces espaces inutilisés !

     

     

    De nouvelles tensions 

    Cette situation met néanmoins en exergue certaines tensions : 

    • Jusqu’où aller dans le ZEC ? (logements, jardins…) Quelle confrontation avec le droit fondamental de la propriété privée ?
    • Emergence de craintes liées à la plateforme de gestion : surveillance trop intrusive des lieux et de leurs usagers, capture intense de données personnelles, traitement et croisement des données, délais de stockage, anonymisation…
    • Quelle entité légitime pour assurer le matching de l’offre et la demande ? L’acteur public, des acteurs privés, des collectifs citoyens, une grande plateforme numérique ?
    • Comment assurer un usage multiple des lieux malgré une importante pression réglementaire en matière de sécurité, notamment pour les ERP (Etablissement Recevant du Public) ?

     >> Retrouvez le détail des questions abordées (tensions, rôle d'autres acteurs, etc.) dans ce scénario dans le compte-rendu de l'atelier du 24 novembre dernier. 

     

  • > Retour sur le scénario travaillé lors de l'atelier scénarios extrêmes du 24 novembre 2015.

    LE SCENARIO

    2025... le modèle des lieux, des maisons et  ou des relais de services au public a fait long feu. L’expérimentation des tiers-lieux mobiles mise en place dans quelques territoires ruraux au milieu des années 2015, a connu un écho inattendu. En effet, de nombreuses communes et entreprises, y compris au sein de territoires fortement urbanisés, ont adopté ce nouveau modèle mobile pour assurer certains de leurs services, en allant toujours plus près des usagers.  Ainsi, de nombreux agents de services publics et privés sont presque devenus des « colporteurs de services ». Les acteurs publics y ont vu un intérêt pour répondre aux problématiques d’accès à des services de proximité, y compris dans des quartiers urbains et périurbains.

    Les prestataires indépendants de service à la personne adoptent également ce mode de fonctionnement en mobilité proposant toujours plus de prestations à domicile.

    => Qu’advient-il des lieux laissés vides par le départ des agences en réseaux ? Comment synchroniser et organiser l’action des différents prestataires de service afin de ne pas amplifier les inégalités territoriales en matière d’accès aux services ? 

     

    Que se passe-t-il plus précisément ? 

    Deux phénomènes parallèles viennent expliquer la généralisation des services en mobilité :

    • Le premier phénomène est la conséquence de la fermeture progressive des agences en réseau qui, avec la montée en puissance des services par internet, peinent à maintenir leur réseau de lieux, en particulier en territoires ruraux et péri-urbain. Les prestataires de service optent progressivement pour des solutions mobiles. Pour pérenniser ce nouveau fonctionnement, et face aux plaintes répétées des habitants des territoires ruraux et de leurs syndicats, l’Etat et ses services déconcentrés créent le RNST (Régulateur National des Services sur les Territoires). Cette entité ministérielle sera notamment en charge de la création d’une plateforme permettant la synchronisation des services ainsi qu'une réponse efficace des colporteurs de service à la demande des usagers. Cette plateforme permet également la gestion des espaces laissés vacants en les proposant de manière temporaire, par un système de location, aux colporteurs de service ainsi que l’organisation des marchés de services. Les préfectures mettent en place un système de navette sur demande, utilisant alors les bus scolaires, afin d’acheminer vers les marchés de services les personnes les plus isolées (femmes au foyer, chômeur, personnes âgées).
    • Parallèlement, face à une demande croissante sur en zone rurale et péri-urbaine, de plus en plus de travailleurs indépendants du service à la personne se dirigent vers des prestations réalisées directement au domicile de leur client. Voyant leur nombre s’accroitre, et face aux pressions étatiques qui tentent de réguler leurs actions, ces derniers décident de s’organiser, passant à un système fédéré basé sur des coopératives thématiques (corps, maison, formation etc.) et à différentes échelles. Ils créent ainsi leur propre plateforme numérique et mettent en commun matériel et modes de transports.

     

    Les nouveaux lieux du scénario

    Un fonctionnement en mobilité n’exclut pas l’existence de lieux physiques voir l’adaptation de véhicules de transport à la délivrance de service :

    Les « Quelques-choses-trucks »

     

    Les “quelque chose-trucks” peuvent être mis en place dans tout type de véhicules, individuels ou collectifs : voiture, camionnette, bus ou même train. Basés notamment sur des plans d’aménagement en opensource, ils sont tout équipés, connectés et modulables. Ils permettent par des systèmes d'extension la mise en place d’espaces extérieurs avec un maître mot : la convivialité (système de bar, de pergola, de terrasse etc.).

     

    Un moving feel good manager s’occupe de la médiation au sein du truck.  Il possède notamment des compétences en matière de mécanique afin d’assurer l’entretien du véhicule.

     

    => Ces véhicules, afin de faciliter la venue des clients, nécessitent des lieux de stationnement et de rassemblement. C’est le but du marché de services.

    => Quels avenirs pour les espaces laissés vacants par les prestataires de services : une nécessaire mutation vers des espaces de coworking pour colporteurs de service.

    Le marché de service

     

    Des espaces d’accueils sont mis en place par les collectivités locales pour permettre l’installation des différents trucks de service : les marchés de services.

    Ces espaces sont le plus souvent les mêmes que ceux utilisés pour les marchés alimentaires mais peuvent également prendre place sur des parkings extérieurs.

     

    Au sein des marchés de services, les mairies mettent à la disposition des fournisseurs de services et des usagers un animateur qui sert à la fois de guide mais aussi de conseillé. Il est notamment le garant de la convivialité du lieu.

     

    => Afin de permettre le déplacement de certaines personnes isolées ou sans moyen de locomotion vers les marchés de services, les préfectures mettent à leur disposition, mais aussi à celle de n’importe quel usager, des navettes sur demande : le bussoservice.

     

    Espaces de coworking pour colporteurs de service itinérants :

     

    Le nombre d’espaces laissés vacants va croissant avec la montée en puissance des services en mobilité. Les collectivités se réapproprient alors ces lieux en les réaménageant afin qu’ils puissent servir temporairement à des fournisseurs de service itinérants.

    Ces espaces modulables ont ainsi été repensés dans le but d’accueillir une multitude de services différents. Y sont proposés wifi, prêt de matériel ainsi que des “services pour services” du type conciergerie.

    Un médiateur/animateur est en charge du lieu.

    Ces lieux se complètent d’une plateforme numérique pour la réservation et d’un système de carte type co-pass.

    Le « bussoservice»

     

    Les cars de ramassage scolaire sont mobilisés en dehors de leurs horaires habituelles afin d’acheminer les personnes le désirant vers les “marchés de service” ou les espaces d’accueil de services itinérants.

    La tarification des services est adaptée aux différents profils d’usagers.

    Ces bus proposent alors un accès wifi et des bornes d’information.

    Un médiateur, autre que le chauffeur de bus, aide les usagers à préparer leur démarche avant l’arrivée sur les lieux où sont délivrés les services.

     

     

    De nouvelles tensions 

     

    Cette situation met néanmoins en exergue certaines tensions : 

    • Comment éviter un désengagement total sur le territoire des agences de services en réseau ?
    • Comment éviter de nouvelles disparités, un risque de “ghettoïsation” ou même de “sédentarisation extrême” ?
    • La multiplication des services en mobilités et des marchés de services ne risque-t-elle pas d’engendrer une complexification pour les usagers de “l’emploi du temps des services publics” ?
    • Les solutions mobiles posent la question des conditions de travail des colporteurs: risque d’un sentiment de solitude, questions de sécurité, multiplication et complexification des outils…
    • Quid des lieux et friches abandonnés par les points de contact classiques et non utilisés par les collectivités ?
    • Quel bilan carbone pour les services mobiles ?

     

     

    >> Retrouvez le détail des questions abordées (tensions, rôle d'autres acteurs, etc.) dans ce scénario dans le compte-rendu de l'atelier du 24 novembre dernier. 

  • Et si tous les lieux devenaient des "tiers lieux", chacun interprétant ce concept à sa façon ? 

    > Retour sur le scénario travaillé lors de l'atelier scénarios extrêmes du 24 novembre 2015.

    LE SCENARIO

    Le succès des tiers-lieux et des nouveaux espaces de convivialité poussent les commerces et espaces de services privés et publics à adopter de nouvelles stratégies pour renouer une relation avec leurs clients ou usagers, à l’image du pionnier bancaire Umpqua. D’abord un coup marketing de la part de quelques guichets d’assurance, cette tendance à la “tiers-lieuisation” s’étend parmi les organisations en réseau, privées comme publiques. Elles décident chacune de leur côté de renouveler leurs espaces et points de contact, en faisant de leurs espaces des lieux conviviaux d’échanges et de partage, qu’elles animent sur le modèle des tiers-lieux (événements, ateliers…). Certaines mettent en place des médiathèques, d'autres des lieux de partage d’objets et de services entre leurs clients. De cette façon, elles cherchent à créer autour d’elles une véritable communauté, à l’image des tiers-lieux citoyens et entrepreneuriaux et en reprennent d’autres recettes pour les adapter à leur contexte. Ce sont bientôt des centaines de “tiers-lieux de services”, comme ils se surnomment, qui maillent les territoires.

    Certains prennent le contre-pied de cette tendance en s’extrayant de la “tyrannie du partage” : ce n’est plus l’expérience qui y prime mais bien l’accès à une connexion, des m2, des équipements ou des services plus ou moins personnalisés : services alimentaires, liés au bien-être, garde-d’enfants, etc. Chaque lieu a sa couche servicielle, qui en assure aussi une gestion fluide : affectation et réservation des espaces, gestion de l’agenda, gestion des droits des usagers, etc.

    => Qu’arrive-t-il à ceux qui ne parviennent pas à se transformer en tiers-lieux ? Comment faire la différence entre un « tiers-lieu washing » et les tiers-lieux au sens premier du terme ? 

     

    Que se passe-t-il plus précisément ? 

    Alors qu'une contrainte économique forte amène les entreprises à réseaux à repenser leurs lieux et leurs usages, les mouvements citoyens visant à se réapproprier lieux et services, se multiplient, à l'image d'Occupy your bank

    Il ne faut pas longtemps pour que désormais, tous les lieux accueillant du public (publics comme privés) se revendiquent tiers-lieux. Entre ceux qui ne parlent plus de leur clientèle mais de leur communauté, ceux qui couplent services bancaires, d’assurance, service de vente et coworking et services annexes, un grand éventail de “tiers-lieux serviciels” a vu le jour. Les acteurs pionniers des tiers-lieux, citoyens ou entrepreneuriaux, ne se reconnaissent plus dans ces nouveaux lieux....

    De fait, plusieurs lieux cohabitent :

    Les nouveaux “tiers-lieux de services”, qui recouvrent des choses et des services très divers, émergent partout sur le territoire, portés par des acteurs publics (CAF, relais de services publics...) comme privés (MSAP, banques, commerces...). Ils continuent à proposer leurs services de base, mais réinventent l’usage des m2 des points de contact, proposent des services complémentaires, voire adoptent la rhétorique des tiers-lieux ("30min de battement avant votre rdv avec votre banquier ? Venez vous détendre ou travailler au café de la banque !".)

    Les "tiers-lieux" historiques, sont partagés, dénonçant le dévoiement de la notion de tiers-lieux. Concurrencés aux yeux du grand public par les nouveaux lieux qui en copient des caractéristiques, ils adoptent alors différentes stratégies de différenciation : postures davantage militantes, recentrage sur la contribution et la production locale, lieux reposant sur la gratuité des services et des échanges…

    Les acteurs du scénario

    Plusieurs acteurs voient leur rôle évoluer dans cette situation :

    Les organisations en réseaux font évoluer leurs points de contact en s’inspirant des dynamiques et modèles des tiers lieux, afin de maintenir et renouveler leur relation client/usager. 

    Les villes accompagnent, voire nouent des partenariats avec des lieux partagés du territoire. Certaines ré-affirment un rôle de ré-équilibrage des territoires lorsque les services sont trop concentrés.

    Des collectifs citoyens bénéficient désormais dans certains lieux de m2 et de services essentiels, suite à leurs revendications. 

    Pour d'autres acteurs, cela constitue surtout de nouvelles incertitudes : les maisons de services aux publics, qui s'étaient multipliées en territoire rural mais aussi dans certains territoires urbains dès la fin des années 2010, avec l'objectif de permettre l’accès aux services de proximité à tous, se voient parfois concurrencées par le positionnement de nouveaux lieux privés comme lieux partagés (menaçant les partenariats engagés avec les fournisseurs de services depuis des années). 

    Des opportunités et des risques, zoom sur deux acteurs : 

    Une banque en réseau

    Les opportunités :

    • Rationalisation des locaux et optimisation des coûts
    • Différenciation en termes d’image et stratégie marketing
    • Nouvelles offres de services, pour toucher de nouvelles populations
    • “Marketing employeur” : une opportunité de retrouver du sens pour les agents de la société générale

    Des risques : 

    • Risque en terme d’image auprès des clients qui recherchent uniquement un service sérieux et direct
    • Des coûts supplémentaires de coordination
    • Une possibilité de se voir dépasser par des projets qui seraient nés en ses lieux

    Pour une ville

    Les opportunités :

    • Réinvestissement de lieux vides,
    • Redynamisation du territoire, attractivité et développement économique,
    • Fin des déserts serviciels

    Les risques :

    • Prédominance de porteurs de “tiers-lieux” privés : éloignement des problématiques publiques, en termes d’égalité d’accès aux services entre usagers et territoires.
    • Lecture difficile du panorama des lieux par les usagers

     

     

    De nouvelles tensions 

    Cette situation pose des questions nouvelles : 

    • Quelle cohérence du maillage territorial de l’offre et des fonctions à l'heure de l'essaimage des "tiers-lieux": vers de nouvelles concurrences ou des complémentarités ?
    • Quelle lisibilité du paysage des lieux partagés : qui assure la lisibilité du paysage des lieux ? Comment permettre aux usagers de s'y retrouver, parmi des lieux aux valeurs, aux modèles économiques, aux services et aux porteurs variés ? 
    • Comment éviter que ne s'affirment de nouvelles disparités territoriales ? Ces nouveaux lieux partagés ne verront pas le jour dans de nouveaux lieux : il s’agira probablement pour les porteurs des lieux de renouveler le positionnement et les usages de leur réseau de points de contact existants. Mais quels seront les lieux et territoires privilégiés pour mettre cette transformation en oeuvre ? Concernera-t-elle tous les lieux et tous les territoires, ou seulement ceux dans lesquels elle peut être rentable ? En captant ou en générant du flux, en proposant une palette de services à suffisamment de clients… ce développement risque ainsi de concerner avant tout des lieux suffisamment urbanisés ou peuplés, mais aussi certains quartiers spécifiques.... 
    • Comment éviter de nouvelles inégalités entre les usagers, entre ceux qui sont clients des organisations en réseau et ceux qui ne le sont pas ?
    • Au sein des lieux, quelle couche servicielle permettant un "partage" entre différents usagers et activités ?

     

    >> Retrouvez le détail des questions abordées (tensions, rôle d'autres acteurs, etc.) dans ce scénario dans le compte-rendu de l'atelier du 24 novembre dernier. 

  • Des scénarios extrêmes pour les lieux hybrides et partagés

    L'automne 2015 a été l'occasion pour le projet SoftPlace d'imaginer des scénarios extrêmes autour des lieux hybrides et partagés et des réseaux de lieux. Désormais étape quasi-inévitable des expéditions Fing, les scénarios extrêmes permettent de soulever et d'approfondir des tensions et des incertitudes nouvelles, mais aussi d'étudier l'évolution du rôle de plusieurs acteurs. 

    Ces scénarios extrêmes ont été imaginés au cours de l’automne 2015 par l’équipe Softplace, en s’appuyant sur des tendances, des signaux faibles ou des cas de lieux et de réseaux stimulants repérés dans notre veille.

    Ils ont été le matériau de base de l’atelier « scénarios extrêmes » qui s’est tenu le 24 novembre dernier, dont les enseignements suivront sous peu. Ils sont donc un point de départ utile pour la réflexion, plutôt qu’un livrable final, et ont vocation à être enrichis, détournés, complétés, etc.

    5 "angles" ont servi de point de départ à ces scénarios :

    • Nouveaux maillages territoriaux : comment les lieux hybrident maillent-ils différemment les territoires ? Comment s'intéresser et penser, au-delà des lieux, les maillages de fonctions ? 
    • Stratégies de réseau et points de contact : quelles stratégies les organisations (publiques et privées) peuvent-elles adopter en matière de lieux, à l'heure ou certains d'entre eux sont menacés d'obsolescence ? Quelles questions et solutions nouvelles se posent à elles ? 
    • Usagers et communautés : quelle évolution de leur rôle, quand de plus en plus de lieux s'appuient sur les communautés et pensent leurs usagers comme des contributeurs actifs ? 
    • Découplage des fonctions et des m2, nouveaux usages des m2 : lorsque le lieu se dé-spécialise, devient soft, comment jongler avec les horaires, l’architecture, les services, les ressources… ?
    • Nouveaux services, nouvelles relations, nouveaux métiers : comment l'évolution des lieux questionne et re-définit le rôle, le métier et la posture des personnes qui travaillent au sein des lieux, comment l'hybridation brouille-t-elle les frontières de leur activité professionnelle ? 

    Qu'y trouve-t-on

    Et si les lieux fixes disparaissaient totalement, au profit de lieux "mobiles"?

    Et si les collectivités territoriales misaient tout sur les lieux pour développer leur territoire ?

    Et si les organisations en réseau déléguaient leurs services à des "supermarchés serviciels"?

    Et si le co-living devenait la norme ?

    Et si la ville 0 excess capacity devenait une réalité ? 

    Et si finalement, tous les lieux "partagés" (tiers-lieux, etc.) ne faisaient que se re-spécialiser autour d'un secteur, d'une profession... renforçant encore davantage les silos ?

    >> Retrouvez l'intégralité des scénarios extrêmes initiaux de Softplace 

    La suite ?

    6 de ces scénarios (dont plusieurs ont été fusionnés) ont été approfondis lors d'un atelier ouvert, qui s'est tenu le 24 novembre dernier. Nous publierons prochainement une synthèse de cet après-midi. D'autres scénarios ont été travaillés au sein de l'équipe Softplace (Fing et Fabrique des Territoires innovants). A très vite pour découvrir ce qu'il en ressort !

     

     

  • Après un premier atelier en juillet dernier, nous avons souhaité explorer une nouvelle facette des lieux agiles et partagés : leur dé-spécialisation, avec tous ses aspects et les transformations qu’elle entraîne en termes de métiers, de services, de maillages territoriaux… Cet atelier rassemblait des acteurs de terrain au coeur de ces transformations et des acteurs de la recherche (dont certains, avec la double casquette !). Retour sur cet atelier.

    Les lieux d'innovation, exemple de recette pour les lieux partagés 

    Le NUMA, à plusieurs niveaux, peut être considéré comme un lieu partagé : partage de m2 et d’équipements, diversité des activités et fonctions proposées, des acteurs accueillis, « hub de communautés »... De l’expérience du NUMA, Frédéric Oru (directeur général adjoint du lieu) tire plusieurs facteurs de succès d’un lieu partagé : la centralité et l’accessibilité sont essentielles pour un lieu comme le NUMA, qui place en son coeur les communautés (les travaux sur les communautés/ classes créatives ne disaient pas autre chose). Les flux ne se prescrivent pas, il est difficile de faire venir des usagers au sein d’un territoire dépourvu d’aménités. Mais l’architecture du lieu lui-même joue un rôle dans son succès : ouverture sur le quartier, transparence, caractère reconfigurable… tout en laissant une place importante à l’indéfini et à la liberté des utilisateurs ; c’est là une clé du succès du lieu, que partageront d’autres intervenants de l’après-midi. Les services et fonctions du lieu ne peuvent totalement être décidés en amont par l’équipe du lieu. Dans l’exemple du NUMA, des utilisateurs du lieu (membres de ces communautés qui s’y croisent), identifiant un besoin d’accueil, de créer des connexions, d’animer le lieu, se sont eux-mêmes positionnés comme « connectors ». Ils contribuent ainsi à la richesse du lieu, en identifiant et alimentant les autres services proposés que celui-ci propose. L’animation via des activités diverses est un dernier axe dont les lieux partagés ne peuvent pas se passer, comme l’ont bien compris une bonne partie des porteurs de coworking ou d’autres tiers-lieux. Enfin, dernière caractéristique du NUMA, les barrières à l’entrée sont très faibles et le lieu est ouvert à tous. Mais les règles, les valeurs communes des usagers contribuent de fait à autoréguler les communautés qui utilisent le lieu.

    Maillage et ancrage territorial des lieux d'innovation

    A cette première intervention faisait écho un deuxième intervenant, du côté « recherche » cette fois : Raphaël Besson étudie depuis des années les lieux et systèmes territoriaux d’innovation, qu’il nomme systèmes urbains cognitifs (dans la veine du capitalisme cognitif de Yann Moulier-Boutang notamment). Il prend notamment le contrepied des quartiers d’innovation qui ont été développés dans le monde dans les années 2000, comme 22@ à Barcelone, Giant à Grenoble… des quartiers qui ont assez peu pris au sens urbain du terme (peu de développement social, de greffe avec le reste du tissu urbain et les activités traditionnelles, des entreprises qui ont eu du mal à s’y retrouver, des injonctions paradoxales à vouloir développer la créativité sur un seul tout petit territoire…). Alors même que ces systèmes montraient leurs limites, des lieux d’innovation se sont développés dans de nombreux territoires urbains (que Raphaël Besson nomme Systèmes urbains cognitifs de type 2) de façon plutôt ascendante et en réseau, redéfinissant la sociologie urbaine en démontrant de fortes possibilité d’interaction des technologies avec le tissu social (notamment via les living labs), un lien entre la production matérielle et la production cognitive et la forte dimension spatiale de l’innovation. La Fab City de Barcelone est un bel exemple de ces « systèmes urbains cognitifs de type 2 » : appuyé notamment sur une volonté de développer le quartier de l’innovation type 22@ et de faire en sorte que l’innovation fasse sens à l’échelle du territoire, ce projet propose de développer et d’adapter des fab labs en fonction des spécificités des quartiers dans lesquels ils s’implantent tout en repensant plus globalement des unités locales de fabrication. Dans cet exemple, c’est bien la mise en réseau qui fait la puissance des lieux, nous dit le chercheur. Un autre exemple, toujours espagnol (terrain privilégié de Raphaël Besson), montre une autre facette de ces réseaux : les laboratoires citoyens de Madrid (laboradores ciudados) ont émergé sans aucune action municipale, répondant plutôt à une situation de crise économique qui a laissé de nombreux bâtiments vacants et de contraintes. Les habitants (habitants, collectifs associatifs, artistes, innovateurs…) se les sont appropriés pour inventer de nouvelles solutions et de nouvelles activités ; dans ces cas-là, les occupations ont souvent été des temps avant d’être des espaces. C’est une vingtaine d’espaces qui ont des thématiques propres (ESS, agriculture urbaine, etc.) qui ont ainsi vu le jour, se proposant comme de véritables réponses à des problématiques sociales. Le développement de ces lieux portés par les citoyens pose aujourd’hui plusieurs questions aux acteurs publics, notamment quant à la politique urbaine à mener avec ces espaces qui ont naturellement émergé sans eux.
    Au-delà de ces réseaux constitués naturellement, Raphaël Besson s’intéresse à d’autres systèmes, d’autres articulations : celles, à une échelle plus territoriale, de l’articulation des espaces de coworking ruraux et urbains, mais aussi de l’articulation entre des lieux de savoir traditionnels (bibliothèques, etc.) et les nouveaux lieux de savoir et d’innovation. C’est d’ailleurs un sujet qui questionne le chercheur : quelles interactions ? Doit-on absolument lier, hybrider ces lieux, ou au contraire, doit-on préserver des îlots « traditionnels », déconnectés, de modes de production traditionnels ?

    De ses travaux, le chercheur tire plusieurs enseignements, qu’il partage au grès des questions. Dans tous ces exemples de lieux, le numérique et la culture numérique ont été à la base des transformations. Raphaël Besson parle même du développement d'un « droit à infrastructurer la ville », à l’image d’Henri Lefebvre et de son droit à la ville. Il partage son agacement face aux « illusions totemiques » et aux « aberrations urbaines », ces grands lieux d’innovation que l’on continue - notamment les acteurs publics - à prescrire, alors qu’en la matière, l’expérience a démontré les limites de cette approche. Enfin il aborde les difficultés d’un lieu à toucher tout un territoire et toute la population d’un territoire : chercher des publics non initiés reste très difficile pour les lieux d’innovation, répond le chercheur à une dernière question de la salle.

    Les limites de la prescription en matière de lieux d’innovation, c’est un enseignement fort que partage également Sophie Houzet, qui pilote depuis 7 ans le Pôle numérique de la Drôme, « laboratoire » accompagnant acteurs publics et privés sur le territoire du département. D’un territoire au maillage très faible (y compris en matière de pôle de services), la Drôme comprend aujourd’hui environ 43 lieux, de services publics ou tiers-lieux. De ces années sur le terrain, Sophie Houzet partage notamment le constat du décalage entre la vision et les appels à projet lancés par l’Etat et les réalités du terrain, à l’image des espaces labellisés « espaces de travail » par l’Etat, qui n’ont pas fonctionné, là où d’autres développés par d’autres voies ont fonctionné. D’ailleurs dans le montage même des projets, les dynamiques top-down et publiques ne sont pas fortes dans la durée. Seule les démarches bottom-up, ou celles articulant intelligemment collectif et collectivité (et leurs moyens respectifs), se pérennisent, ce qui n’est pas toujours simple (à l’image de la différence de vision autour des nouveaux savoirs, nouveaux biens communs qui émerge de ces lieux, que mentionne Sophie Houzet). Enfin, le maillage territorial des lieux est essentiel, mais il doit aussi prendre en compte leur diversité : lieux de services publics et tiers-lieux partagent des caractéristiques, mais présentent aussi des différences, notamment concernant les métiers que l’on y trouve (médiateurs VS développeurs d’activités ? ) et la façon dont on anime ces lieux.

    Les entreprises à réseau, engagées dans la dé-spécialisation de leurs lieux

    Cette question des lieux et de leur maillage ne questionne pas seulement les porteurs de lieux, les acteurs publics et de la recherche mais aussi les entreprises à réseaux. Pour un acteur comme La Poste, explique Solveig Courvoisier de la Direction de l’innovation du Groupe, ces questions font l’objet d’enjeux fort : entreprise à réseau, prise dans l’évolution des pratiques de travail, devant toujours assurer un rôle d’aménagement du territoire et de proximité, la Poste est multicasquette en la matière. Elle possède ou gère aujourd’hui un parc immobilier très important, plus ou moins ouvert (bureaux de Poste et agences, espaces de logistique, bureaux…). En tout, elle gère 10 000 points de contact sur les territoires, dont 43% en partenariat avec des mairies (agences postales municipales…) ou des commerçants (relais colis, etc.). Les lieux de la Poste sont-ils pour autant sous-utilisés, présentent-ils une capacité excédentaire qu’ils pourraient partager avec d’autres acteurs ? Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas vraiment le cas nous dit Solveig Courvoisier ; seul le périurbain ou le rural sont concernés. Or dans quelles mesures partager ces lieux, accueillir d’autres activités hybrides, les transformer en tiers-lieux aurait-il du sens ? Loin des transports et des communications, mais aussi des communautés, cela rend leur partage difficile à envisager.
    La volonté de la Poste d’accueillir un certain nombre de Maisons de Services au public - 500 doivent être déployées par la Poste - visent justement à permettre à La Poste de garder des points de contact dans les territoires ruraux, dans des lieux très peu fréquentés. Même si ce n’est pas le cas pour l’instant, à plus long terme, La Poste pourrait aussi développer ce genre d’activités dans des territoires plus urbains, politique de la ville. Dans chaque cas, la dynamique va au-delà de La Poste, agrégeant divers fournisseurs de services et opérateurs. Certes, la Poste est déjà engagée dans certains projets de partage et de mutualisation, mais surtout en interne. Parmi les quelques incursions de La Poste dans le sujet, on peut mentionner le dispositif des Pick-Up Stations, déjà opérationnel, mais aussi l’ouverture à venir d’un espace de coworking par la Poste à Mériadec (Gironde). Cette incursion dans le coworking n’est néanmoins pas pertinente partout, comme en Ile-de-France, territoire qui comprend déjà 140 espaces de coworking.

    L'agilité, condition de succès des lieux partagés ? 

    Un dernier intervenant clôturait le bal, faisant écho à plusieurs des interventions de l’après-midi ; Boris Chevrot, médiateur au RSP de Cluny (lieu multiservices comprenant notament un EPN et un micro coworking) et doctorant en sociologie s’intéresse à l’évolution de la relation avec les usagers et à celle des métiers de médiateur de services publics. Une de ses hypothèse fortes est que si le social décline, comme on l’entend souvent, le sociable peut se développer à partir de là. Cette évolution constitue le contexte dans lesquels évoluent de nouveaux métiers du social, aux contours parfois flous que les amènent à aller bien au-delà de la fiche de poste ; intervenants sociaux ou médiateurs doivent de plus en plus développer de qualités relationnelles, parfois même faire partie d’une communauté pour y intervenir. Boris Chevrot explique que souvent le service proposé dépendra aussi des gens qui poussent la porte, dont on ne peut connaître les requêtes et les besoins en amont ; cela nécessite pour le médiateur de sortir de la posture de travailleur social puisqu’il ne s’agit pas de reformuler les demandes pour voir quelle réponse classique correspondrait. Cela signifie aussi dé-spécialiser les approches (y compris en s’appuyant sur d’autres lieux ou équipements à proximité), afin d’identifier des réponses adaptées qui peuvent « sortir des clous » : en somme, le flou quant aux missions, aux métier et des services proposés, permet aux demandes des usagers de s’exprimer et de trouver des réponses qui ne peuvent se construire qu’en marchant. Et paradoxalement, ce flou permet aussi de gagner en efficacité. Les enseignements partagés par Boris Chevrot résonnent avec ceux évoqués précédemment autour des lieux d’innovation partagés : des métiers et des fonctions trop figés sont plutôt des obstacles au succès des lieux partagés.

    Ce constat signifie une vraie tension entre les spécificités de chaque lieu (chaque lieu devant faire de la micro-couture adaptée à chaque territoire), et les modèles économiques des organisations à réseau (notamment la Poste), qui vont être standardisés : pour ces acteurs, cela témoigne de la difficulté d’apporter des solutions clés en main. Il leur faudra probablement lancer des collaborations et des maillages de différents lieux, imaginer de nouveaux modes de fonctionnement, de gouvernance et de nouveaux modèles économiques.

    D’autres questions fortes ont émergé durant les échanges de l’après-midi : quid de la mobilité des individus entre les réseaux, comment la favoriser ? Comment évaluer, quels indicateurs imaginer, notamment afin de permettre aux agents/ médiateurs/animateurs de rendre compte de leur activité ? A quel moment un lieu a-t-il le plus besoins économiques et comment le financer judicieusement ? Autant de questions qui viendront probablement se reposer à nous durant les quelques mois de SoftPlace. 


    Quels enseignements de cet après-midi et quelles intuitions confirmées pour SoftPlace ?

    • On ne prescrit pas les lieux partagés : les besoins, les demandes, les services se co-construisent.
    • Les lieux partagés, qu’il s’agisse de lieux de services (Maisons de services au public, etc.) ou de « tiers-lieux », partagent des caractéristiques communes : peu de formalisation des métiers, des architectures, des fonctions, des usages, ces derniers émergeant souvent d’eux-mêmes.
    • Le sujet des maillage de lieux est multiple : réseaux de lieux de même type et de lieux différents, maillage de lieux partagés et d’anciens lieux, maillage de lieux multi-usages et mono-usages… la question du maillage adéquat pour un territoire reste en suspens.
    • La dé-spécialisation des lieux n’est pas absolue : elle ne concerne pas tous les lieux ou tout du moins de la même façon et n’est d’ailleurs peut-être pas souhaitable dans tous les lieux.
    • Propre à un contexte donné, un lieu dé-spécialisé n’est pas nécessairement transposable.
  • Dans nos échanges depuis le début du projet, certains points du sujet cristallisent les débats. La question de l'ouverture des lieux partagés est de celles-là : un lieu partagé est-il nécessairement ouvert ? Et ouvert à qui ? A l'inverse, peut-on dire qu'un lieu ouvert est un lieu partagé ? 

    Première chose, il serait trop simple de dire qu'il existe des lieux strictement partagés, s'opposant à des lieux qui ne le sont pas. Il y a une gradation dans le partage : entre les lieux dans lesquels seuls m2, équipements et ressources sont mutualisés entre plusieurs acteurs ayant payé un abonnement, et ceux dans lesquels les services sont proposés par plusieurs acteurs et ouverts à plusieurs publics, il existe un fossé considérable. 

    Sachant cela, on peut dire que les lieux partagés vont être plus ou moins ouverts. Il est certain qu'un lieu partagé au sein d'une petite communauté (professionnelle par exemple) ou entre des salariés payant un abonnement longue durée, n'est pas très ouvert, voire pas du tout. D'autres lieux "partagés" sont ouverts à divers publics en fonction des créneaux : de nombreux fab labs adoptent ce positionnement, en proposant par exemple des journées ouvertes au grand public aux côtés d'ateliers ou de sessions dédiées aux makers plus experts. Enfin, certains lieux partagés de notre périmètre sont franchement ouverts au grand public : c'est le cas des maisons de services publics, des bibliothèques, etc.

    En réalité, bon nombre de lieux partagés se sont construits sur une tension entre ouverture/accessibilité et sélectivité à l'entrée ; du côté des tiers-lieux, cette tension est fondatrice, elle permet la création et le maintien d'une communauté, fondée sur l'engagement de chacun. L'étude sur "Les communautés dans la fabrication des services collaboratifs", menée par Chronos en 2014 ; avant cela, William van den Broek, un des cofondateurs de Mutinerie identifiait déjà cette tension

    "Un espace dans lequel les coworkers peuvent payer à l’heure sera considéré comme étant plus accessible qu’un espace dans lequel le l’engagement minimum est d’un mois. Un espace ouvert de 8h à 22h sera plus accessible qu’un espace ouvert sur une durée plus courte. Un espace dans lequel les coworkers disposent des clés est plus accessible qu’un lieu qui ne propose pas ce service.

    En revanche, une forte accessibilité peut entrer en contradiction avec le niveau d’intimité et peut aussi affecter le niveau de proximité entre les membres."

    On comprend aussi qu'aujourd'hui, cette tension n'existe pas vraiment pour les lieux de services, pour lesquels il n'y a pas d'enjeux de communauté. Mais elle pourrait se poser à eux à l'avenir : un lieu multiservices, qui adopte certaines caractéristiques du tiers-lieux, devra nécessairement se poser la question de l'ouverture, sous ses multiples facettes : sur quels horaires ouvrir, pour quelle fonction, auprès de quel public ? Privilégie-t-on les rdv ou les permanences (cette question-là est déjà bien présente pour les porteurs de ces lieux de services), en laissant un accès ouvert à tous ?  

    A la question "Un lieu partagé est-il un lieu ouvert ?", la réponse simple serait oui, à minima. Car il est un autre aspect, qui nous semble propre aux lieux partagés : leur caractère agile. Ils doivent savoir se transformer, accueillir d'autres usagers, d'autres fonctions, sur certains créneaux ou en continu. C'est bien le sens du "Soft" de Softplace. Le centre d'affaire ou le télécentre d'aujourd'hui ne sont pas réellement des lieux partagés. 

    L'inverse est moins vrai : un lieu ouvert n'est pas nécessairement partagé. Parce qu'un lieu ouvert peut être rigide, mono-fonction : un guichet de la CAF, un petit commerce, un guichet de service... sont des lieux dédiés, dont la gestion est assurée par un acteur. 

    Bref, s'il y a toujours un peu d'ouverture dans les lieux partagés, il n'y a pas aujourd'hui nécessairement de partage dans les lieux ouverts, mais les choses sont peut-être en train de changer. 

     

     

  • Le 9 septembre, Softplace organise un second atelier "connecteur", qui s'intéressera à la dé-spécialisation des lieux : comment amène-t-elle des lieux et les services proposés à se transformer, comment modifie-t-elle le maillage des lieux et services sur un territoire ? 

    Le 2 juillet dernier, nous organisions chez SuperPublic un premier atelier "connecteur", visant à explorer différents visages des lieux partagés. Nous y avons parlé de tiers-lieux (en s'intéressant aux lieux d'expérimentations numériques, mais aussi aux lieux de travail partagés) de leur positionnement et de leur implantation géographique, de la façon dont ils re-questionnent les urbanistes et ceux qui "font" la ville. Mais nous avons aussi abordé le sujet d'autres lieux "partagés", avec une incursion dans le sujet des lieux mutualisant des services publics. 

    Le 9 septembre, nous poursuivons notre exploration du sujet, avec un atelier autour de la "dé-spécialisation" des lieux. Comment s'incarne-t-elle ? Comment les lieux et les services qu'ils proposent sont-ils amenés à se transformer ? Comment les lieux sont-ils amenés à se mettre en réseau ? Quel maillage du territoire si les lieux se dé-spécialisent, au niveau de la ville, mais aussi de territoires plus vastes et moins denses ? 

    De nouveau, cet atelier sera accueilli par nos complices de Superpublic. Il réunira des acteurs de la recherche et des acteurs de terrain divers (acteurs publics, privés, porteurs de lieux, etc.), afin de faire émerger des questionnements et pistes de recherche et d'enrichir la connaissance du sujet. 

    Interventions confirmées

    • Raphaël Besson (Laboratoire Pacte - Grenoble ) 
    • Frédéric Oru (NUMA)
    • Sophie Houzet (Pôle Numérique de la Drome) 
    • Solveig Courvoisier / Blandine Alglave (La Poste)
    • Boris Chevrot (Relais Service Public de Cluny)
    • ...

     >> S'inscrire

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