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Le projet de recherche "Capacity" (2014-2017) questionne le potentiel de la société numérique à distribuer plus égalitairement les capacités d’agir


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  • Suite de la série de micro-billets pris sur le vif pendant le séminaire Marsouin 2017 (18 et 19 mai) #marsouin2017

    Bénédicte Havard Duclos est sociologue au LABERS (Laboratoire d’études et de recherche en sociologie) à Brest. Dans des questionnements voisins de ceux de Capacity développés dans l’ANR Poplog, elle s’interroge sur les aspects capacitants du numérique dans pratiques de reconnaissance de l’activité des assistantes maternelles.

    Quels impacts du numérique dans les identités professionnelles ?

    Une des hypothèses de travail est que le numérique peut s’avérer révélateur du rapport au travail des individus.

    Le métier d’assistante maternelle diffère d’autres professions à vocation pédagogique : il n’y a pas d’injonction à utiliser du numérique, de type ENT. La profession se professionnalise de plus en plus, tant en matière de conditions d’accueil que d’aptitudes pédagogiques, cette dernière dimension est plus neuve.

    Mais quid des « anciennes » assistante maternelle ? Comment se sont-elles adaptées et saisies de cette injonction à être de plus en plus qualifié ?

    Quels sont les usages numériques des assistantes maternelles ?

    • Ils sont plutôt privés
    • récréatifs, à visée documentaire et communicationnelles, mais aussi expressive (prise de parole)
    • ils visent plus ou moins les pairs, mais concernent aussi les parents et les enfants

    Bénédicte a mené des entretiens longs, mais s’est aussi intéressée à des pratiques en ligne (sur le forum assistantes-maternelles.net, très vivant, des messages lus plusieurs milliers de fois, qui mobilisent beaucoup de réponses), mais aussi en « aspirant » quelques comptes Facebook.

    Les messages sont considérés dans une double « fonction » (Madeleine Ackrich) : ils sont porteurs de contenus, mais aussi de communication, d’une relation : à qui on répond ? comment les discussions s’enchaînent ?

    Le forum présente les caractéristiques assez classique de la “loi de puissance » : un petit nombre de contributeurs postent beaucoup de contributions »

    Qu’est-ce qui peut motiver les assistantes maternelles à chercher de la reconnaissance ?

    Malgré une tendance à la professionalisation plus importante de l’activité (notamment en matière de formation pédagogique) :

    • les rémunérations restent faibles, avec de grandes disparités
    • lutter contre l’isolement relationnel
    • une attention importante à ne pas déborder sur la vie professionnelle : par exemple, sous prétexte que c’est du travail à la maison, les parents arrivent plus facilement en avance ou en retard, et les individus doivent développer des stratégies fines de de partage entre activités professionnelles et personnelles, y compris dans l’aménagement de la maison.

    Sur le forum, les prises de parole en ligne sont plutôt bien écrites, respectent des codes de civilité ordinaire, sans de vulgarité : il s’agit de pratiques assez ténue, qui semble aller dans le sens de la recherche de reconnaissance.

    A quelques exceptions prêt, ça ne dérape pas.

    Au fond, à quoi sert l’internet ?

    D’abord à “faire voir” qu’on a des savoirs, mais aussi rompre l’isolement.

    De quoi parle t-on ?

    • des aspects liés au droit du travail
    • des méthodes éducatives
    • de la relation à l’agrément envers les PNI (qui sont de fait les les supérieurs hiérarchiques)
    • l’amélioration de son travail : équipement, bon plans, etc.

    Du côté des indépendantes, il y a concurrence les unes avec les autres. Les pratiques en ligne l’illustrent bien : la seule question restée sans réponse concernait une question posée par une personne qui chercher à s’installer à un endroit et se demandait s’il y avait du « potentiel client »

    Au fond, il semble que l’internet fonctionne comme un accélérateur de diffusion des nouvelles normes éducatives et comme un accélérateur de la professionnalisation du métier. Ce qui génère des inégalités pour celles qui ont du mal à prendre la parole en public « correctement »

    Sur le non usage : celles (parmi le panel) qui utilisent le moins sont paradoxalement les plus diplômées, mais qui ont assez de confiance en elles pour dealer d’égal à égal avec la PNI. On est plutôt dans non-usage « actif », en tout cas qui n’est pas subi : « je n’ai pas besoin d’internet puisque en cas de problème, je suis assez à l’aise pour passer un coup de fil pour m’expliquer avec la PNI ».

  • Suite de la série de micro-billets pris sur le vif pendant le séminaire Marsouin 2017 (18 et 19 mai) #marsouin2017

    Benjamin Agi, doctorant à IMT Atlantique en sciences de gestion, s’intéresse aux individus qui s’attachent à la protection de leurs données en ligne, en particulier à leur parcours : comment se forme l’opinion des citoyens vis-à-vis de la protection de leur vie privée au regard de la protection de leur vie ?

    Selon une enquête de la CNIL, 27% des usagers jonglent avec leurs paramètres de protection, et 45% des individus ont des pratiques d’obfuscation et diffusent de fausses informations pour protéger leur vie privée.

    La littérature en sciences de gestion s’intéresse généralement à la relation entre les organisations privées et les consommateurs. Mais on prend généralement peu en compte le type de consommateurs. En psychologie, on s’intéresse à la perception d’inquiétude vis à vis des technologies, la sociologie, elle, va s’intéresser aux parcours d’usage, aux expériences passées.

    Pour Benjamin, on ne considère pas assez l’individu dans la durée, et on ne traite pas l’individu dans ses relations avec l’acteur public.

    D’où les questions de recherche qu’il a formulé :

    • existe t-il différentes sensibilités vis à vis de la vie privée ?
    • y’a t-il des étapes dans les parcours des individus ?

    Benjamin distingue 5 attitudes vis à vis la défense de la vie privée en ligne, qu’il décrit selon 3 variables : l’attachement à la protection de la vie privée, l’implication actuelle et la diffusion et la propagation des outils et méthodes.

    Les 5 profils types :

    • Les confus, au 1er stade, assez mal à l’aise avec les enjeux et les solutions
    • les convertis
    • les propagateurs, qui transmettent les infos sans former
    • les formateurs, qui ont un rôle dans la transmission des outils techniques de protection
    • les opportunistes, qui utilisent ça à des fins professionnelles
    • les inconditionnels

    Quels éléments communs de parcours retrouve t-on ?

    Il est trop tôt pour avoir des conclusions, le travail de thèse n’en est qu’à mi-parcours.
    Reste que toutes les personnes interrogées ont cité l’ “affaire Snowden” comme déterminant dans leur parcours : est-ce la marque d’une césure, qui a marqué les comportements ? C’est à vérifier : aujourd’hui, le profil type du défenseur de la vie privée est soit actif dans le libre et ou bien provient du monde des bibliothèques.

    L’autre piste à creuser est la manière dont l’environnement social des individus affecte les perception de la protection.

  • Suite de la série de micro-billets pris sur le vif pendant le séminaire Marsouin 2017 (18 et 19 mai) #marsouin2017

    Dans un travail avec Françoise Paquienséguy, Valentyna Dymytrova s’est interrogé aux enjeux de transformation des Métropoles via l’Open Data menée dans le cadre du projet ANR OpenSensing City.

    Plusieurs facteurs ont favorisé ces dernières années la mise en place de stratégies Open Data métropolitaines : réforme territoriale (loi MAPAM), directives européennes et stratégies de marketing territoriales (projets de Smart City)

    Sur cette toile de fond, les chercheuses se sont posé deux questions :

    • A qui profite les portails Open Data des métropoles ? A quel niveau les stratégies d’Open Data renforce leur pouvoir ?
    • Que disent les portails métropolitaines des stratégies des métropoles et des acteurs et qu’elles fédèrent ?

    Le travail de recherche a abouti à établir une typologie des portails, 3 idéaux-types :

    1. L’idéal de la transparence lié à l’ouverture des données publiques
      Il s’agit le plus souvent une réponse à la directive Inspire (accessibilité des informations publiques et protection de l’environnement)
      C’est le cas des portails de Berlin et Montpellier, qui sont en train de bouger vers les deux autres catégories.
      Les caractéristiques de ces types de portail : un fort ancrage territorial du côté des contenus (les données locales sont mises en avant sur la page d’accueil), les logos mettent en avant la métropole et l’ancrage territorial.
      Egalement, ces portails sont accessibles par plusieurs entrées, et pas uniquement pour les « geeks » : les données mises en avant concernent les pré-occupations quotidiennes des individus, en proposant par exemple des visualisations (nombre de marché dans la ville, d’aires de jeux pour les enfants, etc.)

    2. L’idéal de la Smart City compétititive et attractive.
      Ici, les données privilégiées sont celles qui concernent le transport et l’économie. Les villes sont mises en avant comme des “marchés de données », le champ lexical dans ce sens est très explicite.
      Ces portails s’adresse d’abord aux acteurs économiques et aux développeurs.
      C’est le cas des portails de Londres, Bordeaux ou Lyon.

    3. L’idéal top de la Smart City citoyenne et responsable
      Parmi les portails emblématiques de cet idéal : New-York, Séoul, Rennes.
      L’accent est mis sur les données crowdsourcées. Les interfaces sont orientées vers les citoyens. Un travail sur les icônes témoigne de la volonté de baisser les barrières à l’entrée.
      Précision de l’intervenant : contrairement aux autres, le portail héberge un forum interne, mais ne propose pas de prolongement vers les réseaux socio-numériques. 
      Ici, de nombreux contenus éditoriaux cherchent à donner du sens aux données
  • Le séminaire Marsouin 2017 (18 et 19 mai) a permis de partager quelques pistes et résultats de Capacity. En voici quelques morceaux choisis. #marsouin2017

    Margot Beauchamps est géographe, et s’intéresse depuis longtemps aux usages numériques et leur inscription dans les dimensions territoriales.

    Elle coordonne le groupement de recherche Marsouin en Bretagne. A ce titre, elle a animé la réalisation de l’enquête nationale Marsouin destinée à tirer des enseignements sur le pouvoir d’Agir (le rapport d’enquête, .pdf).

    L’enjeu de l’enquête : les Français bénéficient-ils tous au même degré des potentialités offertes par l’internet en termes d’augmentation du pouvoir d’agir ?

    5 dimension de l’empowerment ont été considérées dans l’enquête :

    • La sociabilité
    • La connaissance
    • Le pouvoir d’achat
    • La participation politique
    • L’organisation de la vie quotidienne : gagner (ou perdre) du temps

    Quelques résultats tirés des premiers résultats de l’enquête autour de ces 5 « déterminants » du pouvoir d’agir — ces résultats devant être à prendre avec des pincettes puisqu’ils feront l’objet de croisement avec les autres travaux de terrain de Capacity.

    45% des internautes déclarent s’être ouverts à d’autres milieux sociaux : parmi ceux-ci, beaucoup ont des revenus faibles. Peut-on en déduire que l’internet a joué un rôle de correcteur dans les inégalités de capital ? C’est en tout cas une hypothèse à creuser.

    (…) Internet est un facteur de correction des inégalités de capital social, dont on sait qu’il est d’autant plus fort que les revenus sont élevés. (…) Le niveau d’étude, en revanche, ne joue pas sur la manière de répondre à cette question.

    Pour explorer l’accès à la connaissance, l’enquête a cherché à regarder des apprentissages formels (sanctionnés par un diplôme, une certification, etc.) et informelles (comme consulter les tutoriels à distance, chercher des informations en ligne, etc.).

    Ici, l’internet semble renforcer les inégalités : les internautes qui décident de suivre des cours en ligne sont aussi ceux qui sont le plus diplômés. Pour autant, côté modalités informelles, internet semble être un facilitateur — mais là aussi le diplôme joue.

    Le résultat le plus marquant concernant le profil des internautes suivant des cours en ligne est la très forte surreprésentation des plus diplômés (bac +3 et plus) et la sous-représentation des détenteurs d’un niveau CAP/BEP ou moindre : ainsi, ceux qui tirent le meilleur parti d’Internet pour élargir leur gamme de connaissances et compétences dans des dispositifs d’apprentissage formels sont ceux dont les compétences sont déjà reconnues à travers des diplômes (…)

    Côté pouvoir d’achat, les internautes se retrouvent plus en situation de force, mieux outillés pour comprendre, comparer, voire se proposer comme offreur (en louant une pièce, un objet, etc.). Les internautes les plus aisés déclarent d’avantage que les autres que l’internet leur a permis d’augmenter leur pouvoir d’achat.

    (…) L’âge, la catégorie socioprofessionnelle et le revenu mensuel du foyer déterminent en partie la probabilité de faire des achats sur des sites de e-commerce. Les internautes de 25 à 49 ans sont plus nombreux en proportion à le faire que les autres classes d’âge, y compris les plus jeunes (18–24 ans), dont la consommation générale est probablement moins intense.

    Quelques points d’approfondissement évoqués :

    • A qui profite le plus les usages d’internet ? Quels profils ?
    • Les différences de sexe sont à creuser.
    • Les compétences numériques sont-elles décisives ? C’est une question encore aujourd’hui sans réponse.

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