ShaREvolution

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En 2014, la Fing et Ouishare s’unissent dans un projet-de R&D collective aux frontières de l’économie du partage-et de la consommation collaborative : ShaREvolution.


Blog de ShaREvolution

  • Premier retour sur le workshop ShaREvolution des 24 et 25 novembre

    Les 24 et 25 novembre, l'équipe ShaREvolution organisait chez Cap Digital un workshop de 2 jours, visant à imaginer des pistes d'innovation pour la consommation collaborative.

    Nous avions en amont proposé 10 "amorces" de pistes d'innovation, à enrichir, remanier, approfondir, rendre plus concrètes... 6 d'entre elles ont été travaillées par les participants au cours de ces deux journées : "Consommateurs collaboratifs, unissez-vous !", Modèles économiques hybrides, L'usager, prescripteur de l'évolution des biens partageables, le Hub de partage, Enjeux sociétaux et consommation collaborative, Le retour de la consommation coopérative.

    >> Retrouvez la première version des 10 pistes (avant atelier) 

    >> Retrouvez la présentation des enjeux, territoires et pistes d'innovation en quelques slides

     

    Merci à tous ceux qui ont joué le jeu, amenant des apports divers et variés !

    Compte-rendu du workshop à retrouver prochainement ici-même.

     

  • L'économie collaborative peut-elle dynamiser (ou dynamiter) l'économie sociale et solidaire ?

    Le jeudi 23 avait lieu au Woma, “fabrique de quartier” du 19è arrondissement, une rencontre organisée par l’Atelier de l’ESS avec pour thème “L’économie collaborative peut-elle dynamiser (ou dynamiter) l’économie sociale et solidaire ?”. Ce débat était le premier de trois rencontres autour du lien entre ESS et nouvelles économies et mettait autour de la table Valérie Peugeot (Vecam), Flore Berlingen (OuiShare), Alexandre Laing (Buld in town) et Jean Moreau (Phenix). Après un été mouvementé pour le mouvement collaboratif, cible de nombreuses critiques souvent légitimes, notamment dans les médias, le programme nous promettait des discussions stimulantes : “L'ESS est-elle en capacité à créer un Airbnb solidaire, un BlaBlaCar vert ou un Über coopératif ? Et à l'inverse, l'ESS ne peut-elle pas inciter la Sharing Economy à être plus locale, plus solidaire et plus démocratique ?” 

    Après une rapide présentation de l’économie collaborative par des étudiants de Sciences-Po Paris, le contexte était posé : l’économie collaborative et l’économie social et solidaire se parlent aujourd’hui peu. L’ESS est parfois troublé par l’ampleur de certaines plateformes de la consommation collaborative (Air Bnb en tête), quand le côté statutaire de l’ESS représente des contraintes fortes pour les innovateurs aux méthodes agiles de l’économie collaborative. Néanmoins l’ESS et l’économie collaborative sont aujourd’hui des secteurs en pointe en France et ils auraient tout intérêt à dialoguer entre eux pour se renforcer davantage. L’ESS aurait aussi intérêt à s’engouffrer dans l’économie collaborative pour que ses valeurs s’y développent.    

    Si les deux secteurs s’ignorent c’est d’abord à cause d’une ignorance mutuelle selon Flore Berlingen, justement avec une double casquette (Zero Waste France et OuiShare). Or préjugés et représentations des deux camps sont bien souvent infondés. Malgré ce que beaucoup de gens pensent, l’échange monétaire n’est pas une différence entre l’ESS et l’EC car beaucoup de projets de l’économie sociale sont en réalité marchands. De même, la lucrativité ou non des structures n’est pas un critère de différenciation, une association pouvant se revendiquer de l’économie collaborative quand une start-up faisant des profits peut quant à elle avoir des retombées sociales ou environnementales importantes. À l’inverse, l’ouverture ou non (gouvernance, gestion des données, gestion des ressources), et le partage de la valeur sont des vrais critères de comparaison de projets pouvant s’appliquer autant à l’ESS qu’à l’économie collaborative. Le numérique est à la racine dans la consommation collaborative ce qui fait que les acteurs portent certaines des valeurs du numérique. À l’inverse, l’ESS reste aujourd’hui encore en partie non numérique, mais possède une vraie valeur ajoutée sur les questions mutualisation de la production, qui sont encore pour l’instant ignorées par une majorité des plateformes de consommation collaborative. L’ESS est aussi par essence plurielle, les problématiques et les ponts ne seront pas les mêmes si l’on compare économie collaborative avec les mutuelles, ou l’économie collaborative avec les coopératives.

    Pour Valérie Peugeot (Vecam), la période actuelle est intéressante en comparaison par rapport à il y a 2/3 ans. Avant l’économe collaborative avait besoin de grandir et d’être reconnue, il y avait alors un mix volontaire entre les différents aspect et visage du secteur, “un grand écart total” reconnait Flore  de OuiShare. Aujourd’hui l’économie collaborative est une notion acquise et donc il est possible de rentrer plus profondément dans l’analyse. “Les chemins vont diverger” selon Valérie Peugeot, rappelant l’intervention de Diana Filippova (OuiShare) au LHForum du Havre affirmant “qu’il est temps de parler d’économies collaboratives au pluriel”. Si des ponts veulent être créés, il est important de faire des distinctions entre les différents mouvements de l’économie collaborative, qui est parfois plus une économie de l’intermédiation que de la collaboration. Il n’y a pas forcément de rôle social, environnemental derrière cette nouvelle économie. Aujourd’hui les différents courants doivent se différencier sur les motivations, les valeurs des entreprises, des projets. Il est rappelé par Flore Berlingen que pour chacun des modèles de plateformes de la consommation collaborative qui ne nous satisfait pas, il existe souvent des équivalents, qui sont néanmoins rarement au niveau de leurs concurrents en terme d’ergonomie, de fonctionnalité, de design. L’enjeu principal est aujourd’hui de donner de la visibilité à ces initiatives émergentes, qui ont souvent du mal à trouver un modèle économique stable.

    De son côté, l’ESS bouge aussi, l’entreprenariat social va être considéré comme de l’économie sociale. Valérie Peugeot, également prospectiviste chez Orange Labs rappelle avec justesse qu’il y a encore 15 ans, l’économie sociale ne parlait pas du tout avec l’économie solidaire. Il est alors possible d’imaginer que demain, l’économie collaborative parlera avec l’ensemble de l’ESS. Pour cela, il est important de créer dès maintenant des repères pour travailler ensemble, pour trouver des ponts entre les différents secteurs. Il y a urgence aujourd’hui à mettre en débat les différents acteurs permet de faire évoluer les choses.

    Pour les intervenants, il est important que l’ESS s’empare du numérique pour faire évoluer ses pratiques en profondeur. Aujourd’hui les acteurs du secteur comprennent que “le numérique ce n’est pas seulement une adresse mail et un site Internet” selon Valérie Peugeot, mais qu’il détient aussi une dimension politique compatible avec l’ESS.

    Intervenants et participants rappeleront à plusieurs reprises en fin de rencontre que certains besoins de l’ESS ne seront jamais couverts par le social business ou l’économie collaborative (l’exemple des associations d’aide aux migrants de Calais sera évoqué). Il faut chercher à trouver des logiques de complémentarité plutôt que logiques de concurrence pour créer des ponts. Et s’inspirer de l’économie collaborative pour se penser et travailler dans un esprit de coopération avec les autres types d’acteurs et de structures (associations, pouvoirs publics, entreprises, citoyens, etc.)

     

  • Nous organisions le 1er octobre un atelier sur “la consommation collaborative et l’environnement”, dans les locaux de La Poste.

    La seconde partie de cette atelier a consisté à travailler en petits groupes plusieurs "grands défis environnementaux", en se demandant comment le potentiel de la consommation collaborative peut être exploité pour y répondre.

    Diminuer les effets rebonds, et éduquer aux enjeux environnementaux

    L'effet rebond est un véritable enjeu pour la consommation collaborative, mais il ne lui est pas pour autant propre. Dans tous les cas, sa réduction ira de pair avec une évolution des comportements, et donc une sensibilisation aux enjeux environnementaux.

    Pour certains services, l'effet rebond est important, et l'on peut seulement tenter de le minimiser. C'est le cas avec Airbnb, qui peut permettre aux gens de plus voyager plus compte tenu d'un prix plus bas... et donc prennent souvent plus l'avion. Diminuer cet effet rebond pourrait passer par une articulation maligne avec d’autres services locaux de la conso collaborative, notamment sur les transports pour se rendre à sa location. Mais il faudrait qu'AirBnb soit proactif sur le sujet,  à minima en intégrant de l’information sur son app, en se branchant sur des systèmes d’évaluation CO2 (dont celui de l’Ademe), afin d’informer les utilisateurs des différents modes de transport à disposition pour se rendre sur place, et les émissions correspondantes. Et en allant plus loin, en mettant en place de véritables incitations (primes sous forme de bonds, etc.). Des hôtes pourraient aussi être mis en avant lorsqu’ils sont “durables”.

    Pour d'autres services, l’effet rebond est différent. Par exemple, pour des services de covoiturage tels BlaBlaCar, l'effet rebond principal consiste en la hausse des déplacements en voiture ; mais il pourrait aussi, à l'instar d'Airbnb, s’agir d’un gain de pouvoir d’achat qui sera réaffecté sur d’autres postes moins éco-friendly. Pour qu'il soit plus "durable", un tel service pourrait être couplé avec d’autres services liés aux déplacements de longue distance , afin de mettre en oeuvre une intermodalité moins polluante (un moteur de recherche qui propose de faire un bout du trajet avec Blablacar, un bout avec des vélos partagés, etc….). C'est aussi du côté des véhicules eux-mêmes que pourrait se trouver la solution... si la plateforme accordait des primes, sous forme de bonds, etc. aux conducteurs moins pollueurs (tout en évitant la forme monétaire sur ces primes, afin d’éviter que le gain ne se reporte trop sur d’autres biens ou services peu durables). Le remplissage des véhicules est lui aussi à regarder ; des tarifs degressifs en fonction du remplissage par exemple, pourraient être imaginés, incitant à remplir les véhicules.

    Les services collaboratifs n'ont pas toujours d’effet rebond visible : la Ruche qui dit Oui ! par exemple (ou à plus forte raison les Amaps) engagent des consommateurs souvent déjà sensibilisés aux problématiques du “consommer local et de saison”. Il existe cependant sans doute un effet rebond induit, à rechercher du côté du gaspillage de produits que l'on ne sait/ne veut pas cuisiner. Peut-être plus anecdotiques, les solutions pourraient être à chercher du côté d'une sensibilisation à l'utilisation des produits, mais aussi du côté d'une logistique plus durable (on sait que le bilan environnemental des circuits courts n'est pas toujours positif en ce qui concerne la logistique).

    Maintenir ou accroître la biodiversité

    Ce défi n'est pas le plus simple à résoudre via la consommation collaborative. Certains services peuvent néanmoins contribuer à y répondre. C'est le cas des services type Amap ou Ruche qui dit Oui ! , à condition :

    • Que les produits soient bios et issus de cultures privilégiant des méthodes de renouvellement des sols écologiques
    • De ne pas utiliser pour les récoltes des terres types forêts, jachères : déterminer les espaces à cultiver et à ne pas cultiver
    • Que les consommateurs en sachent plus sur les origines des produits, du type d’espace où ils ont été récoltés.
    • Des partenariats entre botanistes et agriculteurs soient mis en place pour pousser vers des modes de culture plus respectueux de la biodiversité, éventuellement en s'appuyant sur des capteurs.

    Inventer de nouveaux indicateurs "durables"

    Deux projets fictifs ont été travaillés durant cet atelier, proposant de croiser les différentes données produites par les multiples pratiques collaboratives avec les indicateurs classiques (marchabilité, accessibilité, bien-être, sécurité, etc.). Ce croisement permettrait une meilleure connaissance pour les collectivités de la perception des habitants de certains territoires, basées sur des pratiques quotidiennes. Capteurs et enregistrement anonymes et sécurisés de données possèdent en effet un potentiel important, encore largement sous-exploité dans l’économie collaborative. À l’heure où bon nombre d’études ou diagnostics représentent un coût de plus en plus important pour les acteurs publics (enquête déplacement domicile-travail en tête), ces indicateurs “collaboratifs” pourraient apporter une connaissance et une aide à la décision non négligeable pour les collectivités. Il est ici souhaité que ces indicateurs puissent à la fois outiller l’acteur public, dans un objectif d’amélioration de ses politiques publiques, mais aussi les citoyens eux-mêmes dans un esprit de capacitation. Mise en relation, lien social, mise à disposition d’informations utiles à l’engagement ou à la création de services, etc. Si les données que produisent usagers et citoyens sont utilisées par les acteurs urbains, il est alors indispensable qu’elles leur soient aussi librement accessibles dans un esprit de retour des données (ex : MesInfos et InfoLab).

    Les services travaillés : Servimarchabilité  et (M)waze Infos (à retrouver sur le CR complet)  

    Optimiser le cycle de vie des produits

    Diminuer les impacts environnementaux négatifs liés au cycle de vie des produits est un véritable enjeu, auquel la consommation collaborative se propose souvent de répondre en privilégiant l'usage sur la propriété, et en favorisant le recyclage, la réparation, etc. dans certains de ses modèles.

    Mais bien évidemment, cela dépend du service auquel on s'intéresse... Peerby, qui favorise le prêt de biens de proximité est de ce point-là assez vertueux, à condition que les objets soient durables et peu "usables", robustes, réparables... (ce qui suppose aussi de penser dans le même temps des lieux pour réparer). Il faudrait aussi, pour qu'il réponde pleinement à ce défi : 

    • Rendre les biens recyclables ou permettre à d’autres de le faire en fin d'usage. Par exemple établir des passerelles avec des associations de recyclage comme Emmaus
    • Bannir les objets “energivores” de la plateforme. Par exemple, pouvoir afficher le prix et la consommation d’énergie ainsi que les coûts de transport pour accéder aux biens.
    • A terme penser dès la conception des objets pour la réparabilité, pour qu’ils durent longtemps; cela implique de pouvoir ouvrir les objets, d’avoir accès à sa documentation mais également à tous les informations autour de l’objet (cf la Piste "aura numérique des objets", du programme ReFaire de la Fing). 

    Le défi “optimiser le cycle de vie des objets” répond également à des défis pédagogiques : sensibiliser les utlisateurs à l’environnement, à la consommation d’énergier mais également former les gens à la réparation plutôt que de recycler (cf. manifeste de makers “stop recycling, repair it”).

    Si l'on s'intéresse à un autre type de service, Instacart,  l’optimisation du cycle de vie des objets dans ce cas concerne l’optimisation du transport, de la logistique, etc. Et donc la réponse au défi du cycle de vie des objets pourrait passer par une mutualisation des courses, un élargissement des livraisons à domicile de ses courses à la reprise d'objets à réparer ou à recycler, etc. 

     

    Merci à tous les participants de cet atelier, qui nous ouvre des pistes intéressantes pour la suite du programme ! 

     

  • Nous organisions le 1er octobre un atelier sur “la consommation collaborative et l’environnement”, dans les locaux de La Poste.

    Cet atelier était introduit par l’intervention de Damien Demailly (Institut du Développement Durable et des Relations Internationales - IDDRI), qui présentait pour l’occasion l’étude Économie du partage & transition écologique, réalisée avec Anne-Sophie Novel.

    Si le potentiel en terme d’écologie que possède la consommation collaborative n’est pour les auteurs pas contestable, l’intérêt de cette étude est d’essayer de voir comment transformer ce potentiel en durabilité. Comment rendre la consommation collaborative vraiment durable ? Il est rappelé que la promesse environnementale est souvent mise en avant par les inventeurs du concept de l’économie du partage, parfois par les entrepreneurs des plateformes. Pour Damien Demailly, il est temps de passer d’un argument de durabilité à un objectif de durabilité. De la même façon, les territoires pro-actifs sur la thématique de l’économie du partage, qui misent pour l’instant davantage sur les opportunités en termes de dynamisme économique, doivent se positionner sur les enjeux environnementaux.

     

    Des pratiques aux impacts environnementaux variables

    Les auteurs se sont centrés dans leur étude sur les questions de réemploi, mutualisation et mobilité partagé, et donc sur les pratiques liées à l’excess capacity et au cycle de vie des objets. S’il est souligné que la consommation collaborative représente de “nouvelles façons de faire des choses anciennes”, l’étude va plus loin en mettant en lumière l’impact du numérique sur ces pratiques. Le réemploi est donc une pratique ancienne et courante, surtout le don, qui touche une bonne partie des français. La mutualisation est de son côté une pratique ancienne mais qui reste aujourd’hui encore peu développée. Elle tend néanmoins à se renouveler grâce à des plateformes telle que Zilok ou encore Kiwizz. La mobilité partagée est aussi une pratique ancienne, mais qui restait relativement étroite. Depuis quelques années, et surtout en France, cette pratique explose jusqu’à être présente dans notre quotidien.

    Si l’on veut mesurer l’impact écologique de ces pratiques collaboratives, il est important de s’intéresser à leurs potentialités. Concernant la mobilité partagée, il faut distinguer le covoiturage “domicile-travail” et le covoiturage occasionnel. Sur une autre pratique, un auto-partageur va diminuer de moitié la distance parcourue en voiture individuelle, au bénéfice des transports en commun, car on observe qu’on utilise différemment un objet partagé d’un bien personnel. Concernant le réemploi, le poids économique des biens partageables et faciles à réutiliser représente un quart des dépenses finales des ménages (automobile, habillement, mobilier, etc.). D’un point de vue environnemental, un tiers des déchets des ménages provient de biens potentiellement partageables...

    La mutualisation permet de partager les coûts fixes, et de laisser assumer les coûts marginaux par l’utilisateur final (cela marche bien pour le partage des véhicules).

     

    Comment rendre la consommation collaborative durable d’un point de vue environnemental ?

    La durabilité de la consommation collaborative dépend pour Damien Demailly en grande partie de la qualité des objets. En effet, si le fait de partager ma perceuse a pour conséquence une détérioration plus rapide de l’objet et un rachat dans la foulée, le bilan environnemental n’est alors pas satisfaisant. Il est donc important d’encourager la création d’objets pensés et designés pour le partage, robustes et facilement réparables, dont l’usage prime sur la possession.

    Pour l’auteur de l’étude, si la qualité des biens partagés est primordiale, ce sont bien les comportements de consommation qui détermineront in-fine la durabilité du tout… les modes de consommation étant en effet liés aux différents services. L’exemple des “fashionistas”  d’Ebay illustre bien ce paradoxe. Le fait d’avoir accès à des biens d’occasion moins chers, permet-il de mieux consommer ou de consommer davantage ? De la même façon, la baisse du besoin / de l’envie de posséder dépend sans doute des objets. Si l’on exprime aujourd’hui moins le souhait de posséder la dernière voiture à la mode, ce n’est pas forcément le cas pour le dernier téléphone portable.

    L’épineuse question de l’effet rebond a été l’occasion d’un long débat entre les participants. S’il semble bien difficile à mesurer et à éviter, dépassant largement le seul cadre de la consommation collaborative, il faut, pour l’auteur de l’étude, distinguer l’effet rebond local et global. L’effet de substitution est plus facilement repérable au niveau local, et c’est donc à cette échelle que l’on peut trouver des règlementations ou des incitations pour éviter les externalités environnementales négatives.  

     

    En bref : 

    3 grandes dimensions, conditions générales à la durabilité de la consommation collaborative :

    Qualité des biens partagés (durable, recyclable, manufacturé)

    Logistique (nécessite une meilleure optimisation du transport de biens)

    Effet rebond / modes de consommation (différencier l’effet rebond local (je voyage plus localement) / global (utiliser ailleurs), on peut trouver des réponses à l’échelle locale, mais l’effet rebond globale dépasse la simple consommation collaborative)


    Comment, concrètement, rendre les services de la consommation plus durables ? La seconde partie de l’atelier visait à travailler sur des pistes de réponse, à retrouver ici dans les jours qui viennent.

  • ShaREvolution - Les territoires d'innovation

    Après plusieurs mois de travail, la Fing et OuiShare publient les 6 territoires d'innovation de l'expédition ShaREvolution, qui nous semblent décrire les grandes problématiques du sujet de la consommation collaborative.

     

    T1 : L’expérience collaborative, consommer autrement

    La consommation collaborative permet pour beaucoup de ceux qui s’y engagent de “consommer autrement”, en entrant en contact avec d’autres particuliers ; mais alors que la consommation collaborative se développe, la spécificité de l’expérience collaborative pose question.

    • Quelles sont les attentes et les motivations des usagers qui ont recours à la consommation collaborative ?
    • Comment faire en sorte que l’expérience collaborative existe et soit satisfaisante même lorsque les modèles collaboratifs passent à l’échelle ? (quels sont les ingrédients clé ?)


    T2 : Nouveaux contributeurs, nouveaux travailleurs

    La consommation collaborative brouille les frontières entre consommateurs et producteurs en permettant aux individus de valoriser leurs ressources matérielles et immatérielles. Ces nouvelles formes d’activités nécessitent de repenser l’outillage des particuliers sur ces plateformes et les cadres juridiques et légaux, afin que ces activités ne soient pas seulement perçues soit comme du travail au noir, soit comme une nouvelle forme de travail précaire.

    • Comment s’assurer que l’engagement en tant “qu’offreur” sur ces plateformes soit un engagement choisi et non pas subi, dans une situation de dépendance totale des plateformes ?
    • Quel cadre juridique, technique, légal adéquat pour ces pratiques ?

    T3 : La disruption collaborative

    La consommation collaborative bouscule les modèles et les secteurs établis, en proposant des modèles radicalement différents car distribués. Il est important de comprendre pourquoi cette disruption est plus présente dans certains secteurs que d’autres pour imaginer les transformations de demain.

    • Comment et pourquoi les modèles existants sont-ils challengés ? (acteurs publics, privés, tiers de confiance pré-existants, etc.) Dans quels cas cette disruption transforme-t-elle positivement les modèles établis ?

    • Comment dépasser les situations de stricte concurrence avec les modèles établis, et construire des formes plus complémentaires ?

    T4 - Paysage et trajectoires des acteurs collaboratifs 

    Le paysage de la consommation collaborative est riche et divers : un grand nombre d’initiatives marchandes cohabite avec des initiatives non-marchandes, quelques “gros acteurs” cohabitent avec une multitude de petits, dessinant un paysage qui reste aujourd’hui très sectorisé (mobilité, tourisme, partage de biens d’équipement, alimentation…) et en perpétuel mouvement : mortalité des initiatives, rachat de certaines plateformes par d’autres, stratégies de diversification des acteurs emblématiques…

    • Quelles sont les caractéristiques de la pérennisation ou du passage à l’échelle des modèles collaboratifs ?
    • Y a-t-il de nouveaux modèles économiques à inventer, de nouvelles fonctions transverses qui permettront aux acteurs existants des économies d’échelle, de nouveaux modèles de financement ?

    T5 - Mesure et répartition de la valeur

    Contrairement à l’économie traditionnelle, la consommation collaborative génère une valeur économique, mais entend également produire une valeur collective et sociale.

    • Les modèles de la consommation collaborative font-ils pour autant de cette valeur une priorité ? Assiste-t-on à l’émergence de modèles réellement alternatifs, y-a-t-il des spécificités “collaboratives” en termes de valeur ?
    • Comment mieux répondre aux promesses de la consommation collaborative en matière de valeur (un mode de consommation plus durable, une valeur plus distribuée, ….) ?

    T6 : Nouvelles dynamiques et transformations territoriales 

    L’arrivée de la consommation collaborative sur les territoires est aujourd’hui regardée par certains de ces derniers avec intérêt, alors que d’autres affichent une forme de méfiance ou d’indifférence. Pourtant, déjà, de nouvelles dynamiques territoriales, de nouveaux flux et services émergent avec ces nouvelles pratiques.

    • Comment l’acteur territorial peut-il “veiller” aux dynamiques émergentes, comment choisir quoi soutenir et comment ?
    • Dans quelles mesures la consommation collaborative peut-elle transformer le territoire, et est-il possible de concevoir des territoires “pour” la consommation collaborative ?

     

    Vous pouvez retrouver ces territoires plus en détail sur cette page.

     

    A présent, place à la réflexion pour imaginer des pistes d'innovation ! 

  • Un des chantiers de l’expédition de ShaREvolution porte sur la cartographie de l’offre et des acteurs de la consommation collaborative, ainsi que l’analyse des business models existants.
    Nous vous proposons aujourd’hui une première version brute de ce travail piloté par OuiShare. Ce chantier est toujours en cours, et nous publierons prochainement un billet poussant plus loin l’analyse !

     

     

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    La Fing et OuiShare lancent la première grande enquête sur les pratiques autour de la consommation collaborative, dans le cadre de ShaREvolution.
    Quelles que soient vos pratiques, nous vous invitons à y prendre part !


    Vos réponses à ce questionnaire anonyme permettront, au-delà des effets de mode, de mieux comprendre les motivations réelles des usagers à pratiquer ces nouvelles formes de partage, ainsi que les liens éventuels entre les différentes pratiques collaboratives (transport, tourisme, hébergement, alimentation, biens de consommation, …).
    Les résultats de cette enquête seront accessibles à tous et publiés dès la rentrée de septembre.


    » Participer à l’enquête

     

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  • Quelques mois après le début de l'expédition ShaREvolution, nous publions 18 scénarios extrêmes pour la consommation collaborative !

    Ces scénarios ont été imaginés lors de l'atelier du 7 mai (qui s'est tenu durant le OuiShare Fest) ou sont issus d'éléments tirés de notre veille, dont nous avons tiré le fil...

    La suite ? Une partie de ces scénarios sera approfondie lors d'ateliers collaboratifs (le 10 juin à Lille, ou le 18 juin à Paris) : rôle, opportunités et défis pour les différents acteurs impactés, secteurs possibles d'application, tensions à l'oeuvre dans ces scénarios...

    Ce travail viendra au cours de l'été alimenter les "territoires d'innovation" de l'expédition : de nouveaux territoires à explorer, de nouvelles problématiques autour du sujet de la consommation collaborative, qui nous semblent intéressant à creuser. 

    4 "angles" ont servi de point de départ à ces scénarios : 

    • La Valeur : quelle valeur (économique, environnementale, collective,...) générée ou détruite, impacts divers et variés ?
    • Usagers : trajectoires de consommation, transformation du rôle des usagers (consommateurs producteurs, pro’am, accès, nouvelles inégalités…)...
    • Offre : positionnement et articulation des acteurs, échelle de l’offre, articulation avec les territoires, modèles d’innovation, gouvernance,...
    • Territoire : transformation des territoires, rôle des acteurs publics et nouvelles questions, transformation des écosystèmes territoriaux...

     

     

    Découvrez les scénarios extrêmes de ShaREvolution

    >> Accéder à l'intégralité des scénarios

    Angle « Territoire » 

    Scénario 1 – Laisser faire et passivité des acteurs publics territoriaux (sc. 7 mai)
    Le rôle des territoires : organisateurs, facilitateurs, laissez-faire? Les acteurs publics territoriaux décident de ne pas se mêler du développement de la consommation collaborative. Cela n’empêche pas l’offre et les usages de se développer, mais de façon totalement inégale selon les territoires et les usagers, et avec quelques effets pervers.

     

    Scénario 2 – Le développement d’une consommation collaborative au bénéfice de tous, grâce à l’action de ma collectivité ? (sc. 7 mai)
    Le rôle des territoires : organisateurs, facilitateurs, laissez-faire? Les métropoles, organisatrices et facilitatrices des pratiques collaboratives sur leur territoire : elles accompagnent l’émancipation, encourageant la décentralisation et l’empowerment… au risque d’entraîner une fragmentation du territoire et de ses habitants.

     

    Scénario 3 - Demain tous livreurs ?
    L’augmentation du prix du pétrole oblige les citoyens à de nouvelles astuces pour se déplacer, se débarassant de leur véhicule ou tentant d'en partager les frais. Le développement de start-ups Uber-like, suivi par la création par les pouvoirs publics d’un réseau de zones d’échanges de livraison, permet l'essor du colis-voiturage. Ce dernier possède un double impact : désenclaver certaines zones éloignées, et offrir un revenu complémentaire aux livreurs occasionnels.

     

    Scénario 4 - Le logement étudiant, base d’une transformation vers des habitats partagés
    Le logement étudiant se met à prototyper un logement de demain en mode logement partagé ; il réinvente les régies d’immeubles, les fonctions communes. Les programmes fonciers se mettent à l’imiter, les opérations comprennent de plus en plus de logements sociaux (ou non) partagés, (modulables, avec des services partagés, etc.)


    Angle « valeur »

    Scénario 5 – Une super compétition entre citoyens (sc. 7 mai)
    La consommation collaborative est-elle réductrice ou amplificatrice des inégalités ? La capacité de partager et de louer ses différents biens impose une nouvelle compétition entre les citoyens favorisant toujours ceux qui possèdent le plus ou le mieux.

     

    Scénario 6 – Les ShareCapitalists (sc. 7 mai)
    Afin de garantir l’activité de leurs contributeurs, les acteurs de la consommation collaborative leur permettent de devenir actionnaires, s’engageant dans un mode de fonctionnement proche de celui des grandes entreprises.

     

    Scénario 7 – Du collaboratif au contributif total
    Le passage d’une situation de captation de la valeur à une plus grande redistribution se fait en assurant la participation du plus grand nombre via des dispositifs de contribution, fonctionnant sur le modèle du don contre don.


    Scénario 8 - Les données, d’un actif concentré à un actif partagé ?
    En lien avec le développement de la consommation collaborative, les plateformes concentrent toujours plus d’informations sur leurs usagers en tentant de favoriser la confiance entre pairs. Sous la pression publique, les plateformes seront forcées à ouvrir leurs données afin de produire une valeur plus “partagée”.


    Scénario 9 - La monétisation du partage

    La location de biens entre particuliers connaît un véritable essor, alors que les formes de partage "gratuites" s'effondrent. Les utilisateurs des plateformes préfèrent tirer des revenus complémentaires plutôt que de prêter, accueillir ou rendre un service à titre gratuit, même à leurs proches.


    Angle « usager »

    Scénario 10 – Mort ou bi-polarisation des communautés (sc. 7 mai)
    Les motivations des communautés sont-elles d’ordre utilitaristes ou sociales ? On assiste à un bouleversement des communautés de l’économie collaborative par des acteurs privés qui ont totalement intégré, voir phagocyté, les pratiques collaboratives, pour les rendre très mainstream.


    Scénario 11 – Tout coopératif ? (sc. 7 mai)
    De nombreuses plateformes existent et se développent dans les années 2010 dans tous les domaines de la vie quotidienne, mais l’acteur public n’a que peu de prise sur tous ces projets. Les territoires ne parviennent pas à en capter la valeur. L’acteur public local décide de créer une coopérative métropolitaine, regroupant l’ensemble des services locaux existants, pour sortir de cette situation. 


    Scénario 12 – Abus de partage 
    Les “partageurs” de la consommation collaborative montent en puissance, maîtrisant les mécanismes du marché pour en tirer toujours plus de profit, et donnant de plus en plus lieu à des abus de partage, face auxquels les usagers-utilisateurs se retrouvent impuissants. Les nouveaux gardiens de la vertu deviennent les grands groupes traditionnels.


    Scénario 13 - La consommation collaborative, levier de l'inclusion sociale ? 
    La consommation collaborative se révèle être un outils puissant d’empowerment et de lutte contre la pauvreté dans certains territoires. Néanmoins, la difficulté de conjuguer plusieurs activités finit par remettre la question du revenu minimum universel à l’agenda politique.

     

     

    Angle « offre »

    Scénario 14 - Bienvenue sur Terre : Repenser la gouvernance d’un secteur alimentaire horizontal (sc. 7 mai)
    Comment créer de nouvelles dynamiques de coopération dans la production, distribution et consommation alimentaire ? On assiste à une modification du marché de la production alimentaire, dûe à l’émergence et l’intensification de la production collaborative, et un changement des rôles des acteurs du système économique.


    Scénario 15 - AlgoFood : les algorithmes à la base de l’optimisation d’une production alimentaire distribuée (sc. 7 mai)
    L’essor de la consommation collaborative touche le secteur alimentaire : le système alimentaire européen devient ultra-centralisé, organisé par un grand acteur issu de la consommation collaborative ; il cohabite cependant avec des productions, distributions et consommations diversifiées et distribuées.


    Scénario 16 - Sans DocTissimo
    Un système de santé né autour de la maladie chronique fondé sur la collaboration et axé sur la prévention et qui fait de l’intervention médicale le dernier recours (démédicaliser, désintermédier le médecin)

    Scénario 17 - Vers une standardisation de l’expérience collaborative ?
    Contrairement aux espérances quant au développement de la consommation collaborative, au-delà des "early adopters", les utilisateurs de la consommation collaborative recherchent des services standardisés, où laqualité du service prime sur l’aspect collaboratif ; cela précipite l’effondrement de la plupart des acteurs de la consommation collaborative misant sur l'expérience et le partage.

     

    Scénario 18 - L'industrie du Share 
    Les objets, biens d'équipements, véhicules,... mais aussi les espaces sont de plus en plus conçus pour être partagés, transformant radicalement les chaînes industrielles. Les individus se dotent de bibliothèques d'objets partagés, qu'ils peuvent aisément mettre à disposition, tout en contrôlant l'usage fait de leurs biens.

  • Dans le cadre de l’expédition ShaREvolution, en avril 2014, nous avons demandé à différents chercheurs et acteurs de terrain de nous apporter des éclairages autour de la consommation collaborative, venant de leurs travaux ou leur expérience. Comment la consommation collaborative transforme-t-elle les territoires et la manière dont les acteurs publics territoriaux les appréhendent ? 

    Le positionnement de la Région Nord-Pas de Calais face aux transformations des modèles

    Entre les 2 modèles de valeur (voir l'intervention de Laurent Gille), le cœur de la Région Nord-Pas de Calais balance, ne sachant pas tout à fait comment se positionner, explique d'emblée Ludivine Dufour (chargée de mission prospective et planification régionale à la Région). Le Conseil Régional est chef de file en matière de développement économique, privilégiant pour l’instant une approche de la consommation assez peu collaborative et assez a-territoriale, les emplois en étant un vrai sujet. Un autre volet de son action est plus qualitatif, avec des sujets plus territorialisés, tel celui des services à la personne, qui s’adressent à l’ensemble de la population du territoire, mais aussi spécifiquement à des populations fragiles, en difficulté.

    Ces deux grands volets recouvrent les principales attentes de la Région envers la consommation, et donc la consommation collaborative, selon deux approches assez différentes, que la Région a essayé de concilier via le soutien aux filières professionnelles, et l’aide à la structuration de structures et infrastructures, le tout en distinguant le centre et la périphérie. D’ailleurs, dans le cas de la consommation collaborative, qui transforme le territoire et les notions de centre et de périphérie, l’approche pourrait être différente, explique Ludivine Dufour.

    La Région a entamé depuis des années la transformation de son approche territoriale (initialement focalisée sur les oppositions périphérie/centre, ce dernier étant le lieu de concentration des infrastructures, les périphéries étant dotées de services permettant d'y arriver), passant à une approche de transition écologique et sociale, rappelle Ludivine Dufour, avec des objectifs beaucoup plus larges : sociaux, de solidarité, d’environnement, d’énergie…

    Comment la consommation collaborative transforme-t-elle le territoire ?

    Sans avoir aujourd’hui toutes les réponses à cette question, la Région investigue plusieurs pistes, identifie plusieurs opportunités pour le territoire dans la consommation collaborative. Premier aspect, la question de la gouvernance locale est essentielle : la Région souhaite aller de plus en plus vers la production de biens communs, décidés par les communautés, avec des citoyens consommateurs-producteurs. La consommation collaborative est sans doute une piste pour y arriver, par sa capacité à redonner des capacités d’action aux habitants du territoire, en leur permettant de s’émanciper.

    La consommation collaborative revoit également le rapport centre-périphérie, en renforçant les proximités et en abolissant les distances. Cela va être facteur de nouvelles hétérogénéités entre des quartiers investis par les communautés de la consommation collaborative et d’autres qui sont désertés ou encore investis par des formes de consommation plus traditionnelles ; mais c’est aussi une opportunité d’introduction de nouveaux services dans des quartiers qui en étaient jusqu’alors dépourvus, en proposant de nouveaux systèmes de mobilité ou de propriété correspondant peut-être plus aux populations locales.

    C’est aussi une opportunité pour la création de communautés et de solidarités, nous dit Ludivine Dufour ; avec des communautés non marchandes, qui pourraient réduire les inégalités d’accès aux services, en privilégiant de nouveaux modèles de consommation moins discriminants, quelque soit le pouvoir d’achat des habitants et selon un modèle moins consumériste. Et puis ce nouveau mode de consommation représente des opportunités de développement autour de l’économie de la fonctionnalité et de l’économie circulaire, qui sont pour la Région de nouvelles opportunités économiques.

     

    Mais ces pistes intéressantes ne doivent pas masquer les incertitudes et les questions encore en suspens, que se pose l’acteur Régional : comment ces évolutions réinterrogent-elle aujourd’hui son rôle? Comment appréhender ces nouvelles pratiques ? Comment parler à ces nouveaux acteurs ? La consommation collaborative ne constitue-t-elle pas une nouvelle forme de monétisation des solidarités ? Contribue-t-elle à la création ou à la destruction d’emplois ? Certaines mairies, certains territoires sont aujourd’hui dans une situation de précarité, et pourraient l’être plus demain, n’ayant pas accès aux ressources de la consommation collaborative ; comment faire en sorte, que cela ne creuse pas des inégalités entre les territoires ?

    La Région doit faire des choix peu évidents entre les modèles qu’elle soutient et accompagne ; à la question de la désirabilité d’une transition intégrale vers ces nouveaux modèles, un des premiers éléments de réponse pourrait plutôt être pour la Région de réfléchir à la complémentarité des modèles.

     

    La ville « écosystème » et la consommation collaborative

    Luc Gwiazdzinski (Enseignant-chercheur, Géographe à l'Université Joseph-Fourrier de Grenoble) propose de réfléchir à la transformation de la ville considérée comme un écosystème, un univers des possibles. Il rappelle qu'historiquement, les villes sont des lieux de maximisation de liens et d’interaction mais aussi de séparation ; elles sont aujourd’hui une forme très majoritaire du vivre ensemble.

    La consommation collaborative entre en résonnance avec d’autres figures urbaines, dont celle de la ville post-moderne, qui redonne une place à l’amateur, à l’expérimentation, au vernaculaire (bricolage, DIY…), à l’innovation ouverte et à l’hybridation, explique le géographe. Elle oblige à penser de nouvelles synchronisations.

    Pour Luc Gwiazdzinski, penser la collaboration présente de vraies difficultés. Depuis des années, des systèmes complexes de partage existent, notamment dans les villages (l’eau, l’irrigation, le four à pain), dont certains pratiquent aujourd’hui des expérimentations intéressantes (cafés de partage de savoirs, etc.). Le numérique permet une accélération des échanges, mais l’appareillement se fait aussi et surtout par le bouche à oreille, la place publique, le café… Du lien social dépend aussi la survie de l’équilibre du village et la confiance. Dans les formes de partage, l’attractivité du service dépend aussi de la surface conviviale qu’on lui donne, de l’interface… C'est aussi le cas dans les formes numériques : « appartenir » à une plateforme est valorisé, et valorisant pour l’individu comme pour la communauté.

    Quand les formes de partage transforment les systèmes urbains

    Luc Gwiazdzinski propose une décomposition systémique de la ville : quelles conséquences du mouvement et de ces transformations ? Comment la ville « écosystème » évolue-t-elle, avec et par ces formes de partage ? De fait, de nouveaux agencements, de nouvelles configurations sociales et sociétales, multitâches voient le jour : 

    • Le système de localisation se transforme : penser des espaces de partage à différentes échelle devient nécessaire, de l’aire de covoiturage (soit sauvage, soit organisée) aux jardins partagés. Les ateliers de réparation (Un petit vélo dans la tête à Grenoble), les tiers lieux à l’échelle des quartiers, comme les espaces collectifs de partage (laveries, etc.) en sont quelques figures. Aujourd’hui, les chargés de programmation urbaine sont même confrontés à des demandes de partage de choses que l’on avait re-privatisé, localisé chez soi ; les espaces regagnent également en polyvalence.
    • Le système de déplacement évolue également ; des hubs de partage, des magasins de proximité, des centres de redistribution émergent. Les dispositifs de partage essaiment, jusqu’à l’exemple des systèmes de tickets de transport partagés en Italie.
    • Le système de gouvernance est réinterrogé par ces formes collaboratives ; les acteurs urbains sont obligés de créer des espaces de participation, alors que d’autres acteurs se positionnent hors des institutions. Qui pilote ces collectifs, du public, du privé, du public-privé ? Quels risques l’arrivée de plateformes extérieures fait-elle courir à l’autonomie des territoires ? Se dirige-t-on vers une obligation de passer par des tiers ?
    • Le système des temporalités bien sûr, voit éclater les temporalités urbaines, la ville – et les communautés – se vivant de plus en plus à la carte.
    • Le système de représentation du collaboratif  évolue ; celui-ci passe par un vocabulaire, un ensemble de représentations et de valeurs partagés, qui s’incarne dans de nouvelles scènes, des tiers lieux, une nouvelle esthétique et de nouvelles figures du partage.

    Ces transformations portées par les formes collaboratives amènent sans doute au moins trois promesses nouvelles, conclut Luc Gwiazdzinski  : le lien social pourra se faire hors de la ville, une forme du village, lieu du partage, "renouvelée" dans le réseau, et la figure de la ville malléable , qui s’adapte dans ses temps et ses espaces en fonction des usages.

     

    On aurait tort de croire que les territoires ne sont (et ne seront) pas impactés par les nouvelles formes de partage présentes dans la consommation collaborative, qu'il s'agisse de grandes plateformes ou de formes plus territorialisées. L'évolution des pratiques fait évoluer le rapport à la ville et aux acteurs publics... de telle façon que cela les interroge, sans qu'ils ne sachent très bien aujourd'hui dans quelle direction aller.

    Ces interrogations nous donneront du grain à moudre, dans la démarche prospective que nous engageons dans les jours qui viennent dans ShaREvolution. Plusieurs "scénarios extrêmes" déjà imaginés (et bientôt publiés) prennent appui sur les territoires, en interrogeant le positionnement de l'acteur public, les leviers qu'il peut activer, les opportunités et les défis qui peuvent émerger si demain, la consommation collaborative est un mouvement qui prend de l'ampleur.

  • Dans le cadre de l’expédition ShaREvolution, en avril 2014, nous avons demandé à différents chercheurs de nous présenter leurs travaux de recherche faisant écho à la consommation collaborative et aux questions qu’elle pose. Ces interventions ont parfois été croisées avec un partage d'expérience d'acteurs de terrain, comme c'est le cas ici autour des sujets des écosystèmes et de la transformation des systèmes et des chaînes de valeur.

    La consommation collaborative, une transformation des modèles économiques ? 

    Laurent Gille, enseignant-chercheur à Telecom ParisTech, expliquait comment la consommation collaborative se différencie de l'économie marchande "traditionnelle" (tout en entretenant un léger flou sur ce qu'elle recouvre réellement...), au s'intéressant notamment aux super acteurs de cette nouvelle économie, les plateformes : puissance des algorithmes, des externalités de réseau importantes...

    La consommation collaborative, conciliation de deux régimes de valeur ?

       L'économiste se dit « interloqué » par l’utilisation de la notion de partage (« économie du partage), et de la terminologie souvent employée, qui n’est sans doute pas la bonne : en effet, pour lui, la notion de partage est orthogonale à la valeur d’échange. Les axes monétaire et non monétaire sont ce qu’il y a de plus pertinent pour analyser ce qui est en jeu dans cette économie. Ainsi Laurent Gilles s'interroge : « Où est le prix dans les transactions qui sont faites ? ». Cette dichotomie monétaire/non monétaire va soulever des questions de confiance, d’assurance, de sécurité...

    Le chercheur rappelle que si l’on s’intéresse aux systèmes de valeur en économie, il y a 2 grands systèmes de valeur : celui de l’économie marchande (la valeur des choses), qui réfère à un bien, une prestation, qui nécessite un régime de propriété, et celui de la valeur des êtres. Entre les deux, le rapport est délicat, voire pour partie antagoniste, alors que notre société – avec l’économie du partage - est aujourd’hui en train d’essayer de les concilier.

       Ainsi dans l’économie collaborative avant tout C2C, les individus proposent un certain nombre de prestations, mais ne sont pas des producteurs au sens classique du terme. Il y a une filiation avec la valorisation de la production propre de l’individu (la femme au foyer produit beaucoup sans en toucher de valorisation...) et produire pour autrui (Aller chercher les enfants des autres, tondre le gazon de son voisin,…). Laurent Gille cite d’ailleurs une étude de l’INSEE datant de quelques années, montrant que le cumul du temps passé en production pour autrui, dépassait les heures « d'emploi ». L’économie collaborative est aujourd’hui bien en train d’en tirer parti : dans cette économie, il y a une monétisation de ma production, au delà du troc.

       C'est le retour d’une certaine forme d’économie informelle, qui n’est pas assujettie à des règles, à la fiscalisation. On y trouve également une promotion de l’économie de la décroissance ou le partage devient roi (y compris les biens non rivaux). Or tout n’est pas partageable… même la promotion d’une économie du partage de biens non rivaux n’est pas toujours évidente. Prenons l’exemple des communications, avec le téléphone portable, objet non partagé par excellence... Qui veut partager son mobile ? Personne ne veut revenir à la cabine téléphonique !  Quelle est/sera la rationalité des individus face à ce partage ?

     

    Les plateformes de la consommation collaborative : nouveaux acteurs tout puissants ? 

      Ce qui fait l’originalité du numérique, c’est la puissance de la mise en relation rappelle Laurent Gille. Les plateformes numériques vont demander toujours plus d’informations nécessaires à la mise en relation. Elles auront besoin d'algorithmes "d’appareillement" pour outiller les utilisateurs, ce qui va probablement déformer le marché et son fonctionnement, agissant tels des filtres de la demande et de l’offre… Quelles sont ces informations nécessaires ? Comment cette déformation des marchés s’opèrera-t-elle ? Comment ces mécanismes vont se mettre en place dans le domaine marchand et non marchand ? Quel est le coût de ces informations (au regard des défis liés aux données personnelles)? Autant de questions que le chercheur laisse ouvertes. Autre force des plateformes, leur positionnement en termes de "mandatement", pour rendre un service à l'utilisateur. Elles ne sont pas neutres, et très puissantes par rapport au commerce traditionnel !

       Laurent Gille parle d'appareillement, mais aussi de ce qu'il perçoit comme un de ses corollaires, les réseaux : ces réseaux constitués dans la consommation collaborative sont-ils des communautés ? Pour l’économiste, ce n'est pas totalement certain : les plateformes génèrent surtout de très fortes externalités de réseaux (c'est à dire "des situations dans lesquelles l’utilité d’un individu pour un bien dépend du nombre de personnes qui consomment ce bien"...), les utilisateurs "s'agglutinent" sur ces plateformes, ce qui va conduire à de très fortes valorisations de ces dernières.

       Le rôle antérieur des plateformes d’appareillement était tenu par les territoires, explique Laurent Gille. Avec la consommation collaborative, les plateformes numériques montrent des "externalités de réseau" beaucoup plus fortes que les plateformes territoriales, et s’y substituent. Le basculement des plateformes territoriales à ces plateformes numériques, qui vont gérer la relation, est assez net aujourd’hui : les plateformes territoriales perdent du pouvoir au profit de ces nouvelles plateformes.

    Conséquence directe : une valorisation étonnante avec des positions de quasi monopoles, ou d'oligopole. Pour ne citer qu’un exemple, Airbnb, c'est aujourd’hui 700 salariés, 0 hôtel, 0 chambres d’hôtel, et pourtant une valorisation estimée à 10 milliards de dollars (Accor, par comparaison, représente 49000 employés, 130000 collaborateurs, 460 000 chambres, et 11 milliards de dollars de valorisation boursière). De fait, le poids économique de ces plateformes est lié à la quantité d’externalités générées, termine Laurent Gille.

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    La consommation collaborative, un affrontement des modèles ?

       Pour Philippe Durance, enseignant-chercheur au CNAM, rassembler autour de la table des acteurs (de la recherche et de terrain, de diverses disciplines) de diverses provenances est stimulant, mais le caractère flottant des concepts abordés autour de la consommation collaborative est un vrai défi : on a tendance à parler d’économie collaborative, de consommation collaborative, d’économie de la contribution, sans que cela ne soit très clair : entre Park Slope Food, la coopérative alimentaire par excellence et AirBnb, le fossé est grand, et l’on mélange des choses très différentes, rappelle le chercheur.

       Ces initiatives et projets sont néanmoins tous révélateurs d’un affrontement entre deux mondes : un ancien monde dominant, avec ses modèles, sa régulation, et un monde nouveau, plus souple et moins régulé. Plusieurs sujets cristallisent les tensions, dans cette opposition, notamment autour de la régulation. On parle beaucoup de consommation, mais si le vrai critère discriminant n’était pas la consommation, mais la production ? demande Philippe Durance. Comment des produits deviennent-ils des services ?

       Le modèle émergent challenge l’ancien, en offrant un nouveau choix : celui d’être à la fois producteur et consommateur. C’est aussi sur le terrain du modèle (marchand ou non marchand) que ces deux mondes s’affrontent : des initiatives non marchandes, ou dans lesquelles le marchand est quasi invisible (comme les coopératives alimentaires) sont en tension avec le modèle dominant. De nombreux modèles sont en fait des modèles hybrides, presque "du B2B2C" (AirBnb est dans ce cas... ), alors que les modèles existants cherchent à réagir à des modèles qui viennent du bas, plus bottom-up.

       Des grandes questions restent aujourd’hui en suspens conclut Philippe Durance, concernant les transformations que ces tensions génèrent : que va-t-il se passer dans la chaîne de valeur ? Comment le collaboratif et le numérique viennent les transformer, les remettre en question ? Nous n'en sommes sans doute qu'au début d'une transformation.

     

     

    Le positionnement de la Poste dans consommation collaborative

       A ces deux interventions, répondait le positionnement "en transition" d'un acteur pré-existant, la Poste. La Poste, explique Aymeric Raoult (Direction du Numérique de La Poste) s’intéresse en effet aujourd’hui particulièrement à la consommation collaborative, en se posant au moins deux questions : Comment peut-elle aujourd’hui aider la croissance de l’écosystème? Et quels échos ont ces pratiques en interne, notamment dans l’utilisation de ses capacités excédentaires ?

       En ce qui concerne le soutien, l’accompagnement de l’écosystème, au moins trois pistes sont explorées par La Poste. Elle s’intéresse au sujet depuis son émergence, avec son rôle de 1/3 de confiance (programme IDN). Mais elle mène aussi de vraies réflexions pour adresser les acteurs de la mise en relation : est-ce que les points de contact du réseau postal peuvent être utilisés pour faciliter les échanges collaboratifs? Quels services La Poste peut-elle imaginer pour les individus qui commencent à avoir une activité récurrente dans la consommation collaborative, d’une certaine taille ?

       En interne, La Poste est amenée à réfléchir à ses propres pratiques, notamment autour de l’exploitation de ses capacités excédentaires : peut-elle rendre accessibles les véhicules postaux à l’extérieur, pour les facteurs, voire pour d’autres personnes ? Ce sont aussi des questions autour des actifs de l’entreprise : quels sont ceux qui peuvent être exploités différemment, à quel point est-il stratégique et essentiel de s’engager dans cette voie ? Sans doute l’ouverture est-elle possible, mais le chemin est long, car il faudrait réfléchir à de nouveaux sujets comme les produits d'assurance.

       Sur ces sujets, La Poste ne mène pas des projets en tant quel tels, mais conduit des réflexions en interne pour expérimenter, notamment pour les postiers. Alors comment généraliser ces pistes et réflexions ? Là encore, cela présente plusieurs défis, notamment en matière de réglementation : est-ce que la mise à disposition de véhicules professionnels hors des heures de travail n’est pas un avantage en nature ? Comment peut-on aider les postiers à gérer leurs capacités excédentaires ? Comment peut-on inciter à ce partage? C’est enfin le sujet de la mutation du patrimoine immobilier qui est au cœur des réflexions, avec l’exemple des Bureaux de Poste : comment valoriser des actifs immobiliers inutilisés ou sous-utilisés ? Et en allant plus loin, les RH pourraient-elles être considérées comme un actif ? Comment les modèles de fonctionnement de l’économie peuvent intervenir, et évoluer ?

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    Le commencement d'une transformation plus profonde ? 

    Ce que nous disent ces interventions, c'est finalement que nous n'en sommes qu'au début d'une transformation des modèles économiques et des chaînes de valeur, qui pourrait devenir beaucoup plus conséquente. Les concepts, les périmètres sont encore flous, flottants ; on rassemble sous les mêmes termes beaucoup d'initiatives, de mouvements, de modèles qui n'ont pourtant pas grand chose en commun, si ce n'est leur caractère hybride, entre marchand et non-marchand.

    En termes de poids économique, les grandes plateformes sont certes de nouveaux super-acteurs venant bousculer des chaînes de valeur établies jusqu'aux acteurs territoriaux de façon inédite. Mais on se trompe probablement en focalisant l'attention sur ce seul versant de l'économie collaborative, car il reflète finalement peu le basculement vers un modèle beaucoup plus horizontal, où le choix est possible entre être producteur ou consommateur.

Conception & réalisation : Facyla ~ Items International

Plateforme construite avec le framework opensource Elgg 1.8

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